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SOUDAIN de Ryūsuke Hamaguchi : la critique du film [Cannes 2026]

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Nom : All of Sudden
Père : Ryūsuke Hamaguchi
Date de naissance : 12 août 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France, Japon
Taille : 3h15 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de Famille :  Virginie EfiraTao OkamotoGabriel Dahmani

Signes particuliers : Prix d’interprétation féminine à Cannes.

Synopsis : Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.

LE (LONG) VOYAGE POÉTIQUE D’HAMAGUCHI

NOTRE AVIS SUR SOUDAIN

Réalisateur du magnifique Drive My Car, Ryusuke Hamaguchi s’invitait cette année dans la prestigieuse Compétition cannoise avec Soudain, un drame fleuve et bilingue de 3h15 porté par Virginie Efira et Tao Okamoto. Le duo de comédiennes franco-nippon est d’ailleurs reparti de la Croisette avec un prix d’interprétation féminine ex-æquo, récompensant leur formidable alchimie à d’écran. Et au passage, une forme de clin d’œil à Thelma & Louise, le classique mis à l’honneur par l’affiche 2026 du festival.

Soudain, c’est l’histoire d’une rencontre et d’un coup de foudre amical. La directrice d’une maison de retraite de banlieue parisienne tentant de mettre en place les préceptes de « l’humanitude », une nouvelle façon de considérer les résidents/patients, fait la connaissance d’une metteuse en scène de théâtre japonaise en phase terminale d’un cancer. Une amitié bouleversante va instantanément les lier. Durant quelques semaines, les deux femmes vont partager ensemble leurs visions du monde.
Soudain, où le film qui a les qualités de ses défauts et inversement. 3h15, c’est long. Très long. Trop long entend t-on murmurer ça et là… Et c’est pas faux. Très verbeux, le film, construit sur des actes quasi théâtraux, a parfois tendance à se répéter, à sur-appuyer un discours ou des idées que l’on avait déjà parfaitement comprises et intégrées. De quoi le rendre par moments pesant, pour ne pas dire lourd comme une brique. Mais c’est aussi dans cette dilatation extrême du temps que Ruysuke Hamaguchi sublime son œuvre. Soudain n’est pas conditionné au devoir de rythme ou au besoin de provoquer constamment l’attention du spectateur, pas plus qu’il ne se soumet aux lois du cinéma narratif fabriqué. Le film s’écoule dans sa propre temporalité, et dans cet élan naturaliste privilégiant les longues séquences en temps réel, que l’impression d’ennui initiale finit par s’estomper tant on est pris par la grâce du partage de discussions passionnantes, par l’alchimie fusionnelle de son tandem de comédiennes, par la richesse de ces réflexions philosophiques ou existentielles sur la marche du monde, sur nous-mêmes, sur l’humanité, sur notre rapport aux autres.

Dans le fond, Soudain est un grand film qui bouscule nos pensées et nous emmène dans ses méditations poétiques, sociétales ou humanistes. Inspiré par le cinéma des Godard, Rohmer, Rivette ou Eustache, Hamaguchi déploie de longues scènes de dialogues filmées à l’épure (plans fixes ou champ/contrechamp) desquelles jaillissent des échanges approfondis ou des beaux instants de cinéma. Comme ce coup de foudre amical à l’exécution improbable, comme ce long (et passionnant) argumentaire professoral sur l’essence et les mécanismes du capitalisme, comme ces allers-retours entre le français et le japonais, comme ce bref et superbe voyage de Paris à Kyoto, comme cet apprentissage de l’humanitude ou comment repenser différemment les malades, les anciens diminués ou les mourants. Soudain, c’est un peu l’idée douce et bienveillante qu’un autre monde est possible.

À la fois fastidieux mais fascinant, comme il peut être antinomiquement lourd et gracieux à la fois, Soudain offre un certain regard sur le monde. Dans le sillage de cette belle rencontre comme le seul le cinéma peut en offrir, Ruysuke Hamaguchi nous propose un voyage à sa manière lyrique, sincère, émouvant d’humanité et surtout clairvoyant dans son appréhension intellectuelle de l’univers contemporain dans lequel nous évoluons.

 

Par Nicolas Rieux

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