Nom : Backrooms
Père : Kane Parsons
Date de naissance : 17 juin 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h51 / Poids : NC
Genre : Epouvante, Enigme
Livret de Famille : Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass…
Signes particuliers : Mi-brillant, mi-décevant.
Synopsis : Une étrange porte apparaît dans le sous-sol d’un magasin de meubles.

DANS UNE QUATRIÈME DIMENSION
NOTRE AVIS SUR BACKROOMS
20 ans seulement et déjà un premier long-métrage de cinéma, avec des vedettes (Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve) et produit par le prestigieux studio A24. Question précocité, on peut dire que le (très) jeune Kane Parsons fait fort. Il faut dire que le garçon s’est déjà fait un nom et que le petit monde hollywoodien s’intéresse à lui depuis… ses 16 ans ! À cet âge juvénile, certains ados scrolle des conneries sur Tik Tok, drague les midinettes ou prennent leur première cuite à la bière. Pendant ce temps là, Kane Parsons, lui, réalisait déjà une série de vidéos qui cartonnaient sur YouTube sous le pseudonyme de Kane Pixels. S’ensuit un court-métrage (censé être un test) qui allait devenir un phénomène viral et attirer instantanément les yeux d’Hollywood appâtés comme des guêpes autour d’un verre de sirop de grenadine. On en arrive à Backrooms, le saut dans le grand bain du long-métrage. Et à 20 ans seulement (on le répète tellement c’est dingue), Kane Parsons a tout fait ou presque. Il l’a coécrit, il le réalise, il a supervisé les décors, les effets spéciaux, la musique…
Fort de son invraisemblable succès sur la toile, la web-série Backrooms devient donc aujourd’hui un long-métrage. On comprend mieux le control freak obsessionnel exercé par le jeune réalisateur sur ce premier long. Pour lui, ce n’est pas juste un simple premier film mais la matérialisation au cinéma d’une œuvre qu’il a minutieusement élaboré au préalable et Parsons était désireux d’en préserver l’essence et l’identité. Fidèle à l’univers de sa série, le scénario nous replonge dans un dédale labyrinthique caché derrière une mystérieuse porte découverte au sous-sol d’un magasin d’ameublement par son propriétaire. En la franchissant, il va pénétrer dans un authentique cauchemar fait d’une infinie enfilade de pièces vides ou presque, aux allures de bureaux désaffectés. Avec son lot de choses terrifiantes.
Backrooms ou le petit phénomène horrifique qui fait parler le tout-Hollywood en ce moment. Ken Parsons peut être fier de lui, il a créé une mythologie digne de La Quatrième Dimension qui a prise sur internet, puis il a su la transposer de manière convaincante au cinéma… du moins si l’on s’en tient à ses résultats au box office qui défient la raison. Tenez-vous bien, le film a coûté 10 petits millions de dollars, il en a déjà engrangé (à l’heure de ses lignes) plus de 250 ! Backrooms est bien la sensation de l’année, un coup improbable à la Blair Witch ou Paranormal Activity. Mais est-il aussi bien que successfull ? Là, les choses se corsent un peu.

Dans un premier temps, Backrooms réussit à faire ce qu’il cherchait à accomplir : hypnotiser le spectateur en le piégeant dans un univers à la fois fascinant et effrayant. Comme le malheureux héros du cauchemar à l’écran, l’on est suspendu à la découverte d’un monde étouffant, anxiogène, mystérieux. Et le pari du concept fonctionne plutôt bien. Backrooms tient en haleine, intrigue et crispe. Les épatants décors imaginés renforcent le sentiment d’étrangeté et de claustrophobie. Parsons joue avec des lieux communs qui créent le malaise. Par définition, des bureaux sont habités par des employés et des objets universels. Mobiliers, chaises, papeterie, moquettes au sol, néons au plafond, tableaux velleda, ordinateurs… En vidant ses bureaux fictifs pour n’en garder que l’essence sans le sens, Parsons nous enferme dans des espaces emplis d’une gêne dérangeante. Tout est vieillot, les murs sont jaunâtres, les moquettes usées, des objets abandonnés traînent inexplicablement, les plafonds sont bas et écrasants, les lumières éclairent avec des teintes poisseuses… Le décorum absurde de Backrooms est sa principale force, l’énigmatique savamment entretenu sur cette sorte d’au-delà bizarre happe, inquiète puis angoisse. C’est bien simple, on ne regarde pas Backrooms, on se sent aspiré par Backrooms. Surtout que Ken Parsons joue plutôt intelligemment avec ses allers-retours entre une réalisation classique et le ressort de la caméra subjective façon film de found footages. Tout n’est pas toujours logique dans la gestion de ce parti pris de mise en scène, mais le principe marche et booste le sentiment d’immersion. D’autant que pour son adaptation, Parsons imagine un background psychologique plus ou moins torturé à son personnage, conférant ainsi à l’expérience qu’il va vivre, un côté cauchemar vertigineusement existentiel. Et c’est peut-être là le noeud du problème.

Parsons devait passer de petits courts-métrages sur internet au long-métrage de cinéma. Et si le néo-cinéaste avait des idées pour nourrir les abords de la route, il s’est retrouvé face à une problématique inévitable : construire le chemin à suivre. Et on sent qu’il a dû meubler pour tenir la durée d’un film. Au bout d’un moment, comme le personnage, on se perd un peu dans Backrooms avec la sensation que le film s’embourbe dans un début d’explication sans trop vouloir y aller pour préserver le mystère, mais un peu quand même car il faut plus de consistance pour tenir jusqu’au-bout. Au final, on est loin de l’intelligence et de la perfection imparable d’un Cube par exemple, autre classique jouant avec les mystères d’un espace labyrinthique terrifiant. En son temps, Vincenzo Natale n’avait pas eu besoin de quoique ce soit pour captiver, aucun gras narratif ne venait remplir son concept fort. Cube était une terreur pure, sans prémices, sans finalité. C’est en voulant donner un semblant de sens à sa folie que Parsons et son scénariste Will Soodik (la série Westworld qui -oh bah coïncidence- avait un peu le même souci).

Dans un premier temps, Backrooms jouent avec ses personnages principaux (le gérant mélancolique du magasin pris dans les backrooms et sa psy, elle-même peu heureuse et souffrant de traumas de l’enfance) mais en les tenant à distance l’un de l’autre. Le film fonctionne sur ses silences, sur son économie de tout, sur l’observation. Puis vient le moment de les réunir et Backrooms déraille en perdant de vue les qualités qui le portaient, en se coupant de son épure radicale. En y repensant, c’est souvent le souci avec les films-concepts, ils démarrent forts sur la ligne de départ puis tirent la langue quand il s’agit de boucler le marathon. Et en voulant rendre un brin compréhensible son univers à la base délicieusement incompréhensible, Parsons affaiblit sa proposition, la rendant moins viscérale, moins mythologique, alourdie par un amoncellement de symbolismes pénibles. Le trop est l’ennemi du bien et si le film parvient à se boucler pas trop mal au final, il aura connu un ventre mou, écrasé par trop d’écriture et quelques conventions maladroites (dont un « monstre » mal géré et pensé). Semi-brillant pour son univers visuel dérangeant, semi-décevant dans son scénario et parce qu’il ne fait pas aussi peur qu’escompté (alors que le potentiel était dément), on cherche encore où arrêter le curseur de cet intriguant Backrooms.
Par Nicolas Rieux