Il est des films comme ça qui intriguent de loin, et encore plus de près.
est de ceux-là. Deuxième long-métrage du réalisateur Andrew Patterson après son auto-financé
est une comédie, un drame mais aussi un thriller (ou l’inverse), le tout doublé d’un film à consonance musicale dans lequel Matthew McConaughey joue les apiculteurs exalté dans une Amérique profonde marquée par les rivalités. On n’est pas loin d’un énorme kamoulox sur le papier, on n’est pas loin d’un petit chef-d’oeuvre dans les faits.
Amziah King (Matthew McConaughey) est une figure locale. Fou de musique, une passion à laquelle il s’adonne religieusement avec sa petite bande de marginaux, il s’occupe par ailleurs de son exploitation apicole avec une ferveur touchante. Lorsqu’il recroise fortuitement Kateri (Angela Lookingglass), une jeune femme dont il s’était occupé quand elle était gamine en tant que famille d’accueil, Amziah la reprend sous son aile et imagine lui enseigner toutes les ficelles du métier. Mais le monde de l’apiculture n’a pas la douceur du miel qu’il produit et Kateri va découvrir un milieu sans pitié, dominé par des businessmans sans foi ni loi comme le redoutable Dob McCoy (Kurt Russel)…
Oklahoma Honey est venu nous rappeler qu’on était un peu en manque de gros cœurs inattendus ces temps-ci. De ce genre de films qui vous prennent par surprise quand vous vous y attendez le moins et qui vous renversent avec une planche d’émotions, avec du rire côté pile et des larmes côté face. À vrai dire,
Oklahoma Honey n’est pas qu’un film, c’est une invitation dans un grand voyage au fin fond d’un sud de l’Amérique sur lequel Andrew Patterson ouvre une fenêtre pour nous en dévoiler ses élans de magies et ses gestes de rudesse. Improbable mélange du cinéma de Chloé Zhao, de la folie ubuesque des frères Coen et du style d’une Andrea Arnold ou d’un Jeff Nichols,
Oklahoma Honey est un film hybride où l’on passe de la ballade musicale à la drôlerie loufoque, du drame bouleversant au thriller vengeur… Le tout sublimé par une mise en scène surprenante, une écriture qui maîtrise son allure de bazar foutraque, des personnages truculents, une atmosphère fiévreuse et délirante, une grosse dose de poésie humaniste ou encore le suspense d’une enquête haletante.
Dès les premières minutes, on sent que Oklahoma Honey va être une expérience séduisante et singulière. Andrew Patterson ouvre son film sur le parking d’un dinner en bord de route. Une ambiance particulière rôde dans l’air, des personnages armés d’instruments se regroupent, la musique démarre, la mise en scène s’autorise des arrêts sur images presque tarantinesques, et puis un flow musical nous emporte au pays de la country et des cowboys modernes à pickups. Patterson parvient à nous faire sentir la chaleur de ces nuits d’été où tout est possible, la fraternité d’une communauté, les notes entraînantes qui émanent des guitares, les sourires des spectateurs de cette communion musicale improvisée. D’emblée, ça transpire le coup de cœur insaisissable et attachant. Et ça tombe bien, du cœur, Oklahoma Honey en a à revendre.

À la croisée de la comédie déjantée, du thriller rural et du western contemporain,
Oklahoma Honey est un mix hétéroclite dans lequel on se perd un peu par moments (les détails de son intrigue peuvent être parfois un brin tarabiscotés) mais l’idée générale nous porte d’un départ enivrant vers une destination émouvante. Et en chemin, Patterson multiplie les scènes magiques, des jam session fabuleux, des instants paternalistes bouleversants, d’autres complètement loufoques. Et le récit avance avec une fluidité enivrante jusqu’à oser des ruptures franchement audacieuses. Il fallait bien un projet excitant pour entrainer un Matthew McConaughey qui a décidé de se faire plus rare ces temps-ci (
The Lost Bus récemment). Le comédien sort son talent des grands soirs pour assurer une performance mémorable, sans nul doute l’une de ses meilleures depuis longtemps. Figure de proue d’une distribution formidable (Angelina LookingGlass est une belle révélation, Kurt Russell impose sa stature charismatique). Balancé entre onirisme d’une ambiance, authenticité d’un monde et délicatesse du geste,
Oklahoma Honey est un film qui parle d’amour, d’honneur, d’héritage et de transmission, de revanche et de joie de vivre. On en ressort balbutiant, le coeur en miettes mais en même temps à moitié reconstruit, avec la sensation d’être parti très loin pendant deux heures. Sublime !