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AUTOFICTION de Pedro Almodovar : la critique du film [Cannes 2026]

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Nom : Amarga Navidad
Père : Pedro Almodovar
Date de naissance : 20 mai 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : Espagne
Taille : 1h51 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique

Livret de Famille : Bárbara LennieLeonardo SbaragliaAitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo…

Signes particuliers : Almodovar parle encore de lui.

Synopsis : Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?

CONFIDENCES SUR CONFIDENCES

NOTRE AVIS SUR AUTOFICTION

Moins en vu depuis le début de la décennie 2020 avec successivement les déceptions Madres Paralelas puis La Chambre d’à Côté (ou son moyen-métrage Strange Way of Life), Pedro Almodóvar se relance avec un sujet qui rappelle fortement son dernier grand film en date. Comme dans son sublime Douleur et Gloire en 2019 (primé Cannes, sacré aux Goyas, nommé aux Oscars), le cinéaste espagnol culte parle… de lui. Le titre est d’ailleurs très clair : Autofiction. En l’occurrence, ce nouveau long-métrage, présenté en compétition à Cannes, suit un célèbre réalisateur qui tente de surmonter sa panne d’inspiration en écrivant un scénario empruntant beaucoup de choses à sa vie et celles de ceux qui l’entourent, comme son petit-ami Santi ou son assistante Monica. Parallèlement, dans une autre temporalité, on suit l’histoire (qu’il imagine dans son scénario ?) d’une réalisatrice soudainement sujette à des crises d’angoisses…

Almodóvar allait-il retrouver le feu sacré en signant un film très proche d’un précédent pas si lointain ? Lui qui a toujours flirté avec la redondance plus ou moins assumée dans son cinéma prenait un risque. Sa réponse est une sacrée pièce de cinéma, peut-être la plus audacieuse que l’ibérique ait jamais signée. Car Autofiction est à la fois très singulier et très périlleux. Pendant plus d’une heure, le cinéaste navigue entre ses deux histoires sans que l’on puisse vraiment distinguer leur lien, sans que l’on puisse cerner ce qu’il cherche à dire ou à raconter. Autofiction paraît alors à la fois mineur, vain, ennuyeux, creux, fade, sans inspiration. Comme si le cinéaste était en train de signer l’un de ses plus mauvais films, un petit geste sans grand intérêt élaboré sur les cendres de son passé créatif. Et puis vient cette dernière demi-heure exceptionnelle. D’un coup, la lumière éclaire tout. Almodóvar emboîte les pièces de son puzzle, huile son semblant de chaos, donne du sens à ce désordre, et tout devient limpide. Pendant plus d’une heure, Almodóvar positionnait ses pions sans que l’on perçoive une seule seconde l’échec et mat qui allait arriver.

Dans une dernière demi-heure assez géniale, le cinéaste dit tout de lui, il se livre intimement comme jamais. Il ne nous offre pas à voir l’image devenue posture du cinéaste que l’on connaît si bien, il s’analyse (ou se psychanalyse) en profondeur, il se confesse, se réfléchit, lui et son travail depuis toujours. Sa manière de travailler, son amour de l’autofiction, les codes immuables de son cinéma, sa manière de piquer dans son réel et celui de ses proches au risque de les froisser, son statut de cinéaste culte qui a gagné son droit de se reposer sur ses acquis et son glorieux passé mais qui s’y refuse… En creux, on sent presque un mea culpa exprimé envers son entourage. Almodóvar prendrait-il conscience qu’il est parfois allé égoïstement trop loin dans les emprunts aux vies des autres sans leur consentement ? À moins qu’il ne cherche à dire qu’une nouvelle page s’ouvre : désormais il le fait et l’assume plus que jamais.

Film sur la passion et la fougue artistique, Autofiction est un bon Almodóvar, mais un Almodóvar qui se dessine au long cour et qui requiert la patience de son public. Avant d’asséner toute son intelligence d’écriture, il se passe un long temps qui pourrait en perdre plus d’un en route. Ce serait dommage car quand les clés arrivent, la porte ouverte nous emmène sur un film vraiment passionnant.

 

Par Nicolas Rieux

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