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L’ODYSSÉE de Christopher Nolan : la critique du film

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Nom : The Odyssey
Père : Christopher Nolan
Date de naissance : 15 juillet 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h52 / Poids : 250 M$
Genre : Péplum, Aventure, Fantastique, Historique

Livret de Famille : Matt DamonTom HollandAnne Hathaway, Robert Pattinson, Charlize Theron, Elliot Page, Jon Bernthal, Lupita Nyong’o, Zendaya, Samantha Morton, John Leguizamo, Mia Goth, Benny Safdie, Logan Marshall-Green, James Remar, Travis Scott…

Signes particuliers : Un Nolan hors normes, le meilleur depuis longtemps !

Synopsis : L’Odyssée est une épopée mythique tournée à travers le monde qui suit le retour d’Ulysse vers Ithaque. Pour la première fois, la saga fondatrice d’Homère est portée sur les écrans de manière spectaculaire avec la toute dernière technologie IMAX..

HOMÉRIQUE !

NOTRE AVIS SUR L’ODYSSÉE

Nous voilà déjà de retour dans l’univers de L’Odyssée d’Homère, et après la tragédie théatralo-minimaliste avec Le Retour d’Ulysse de l’Italien Uberto Pasolini sorti l’an passé, place à l’emphase du blockbuster à la sauce Christopher Nolan. S’il s’est souvent mesuré à des œuvres aux ambitions démesurées, adapter L’Odyssée représentait une sacrée gageure, même pour le père de The Dark Knight, Interstellar ou Oppenheimer. Réputé quasi inadaptable par son gigantisme gargantuesque et la complexité de son aventure étalée sur des décennies, L’Odyssée requérait de surmonter de nombreux défis. Mais Nolan est le genre de bonhomme qui n’a peur de rien. Avec le concours de l’un des plus grands castings jamais réuni hors Marvel et d’un budget pharaonique de 250 millions de dollars, Nolan a foncé tête baissée dans la mythologie grecque en relevant des paris assez fous. Comme tourner son film entièrement en IMAX 70 mm et essentiellement en décors naturels pour éviter l’artificialité des prises de vues en studio. Six mois de tournage aux quatre coins du monde plus tard, Nolan livre enfin son épopée d’action mythique longue de 2h52. Et le vertige commence…
Le récit de L’Odyssée est très vaste et à la force d’un long travail d’écriture, Nolan a trouvé le moyen de le raconter de manière compacte sans pour autant trop sacrifier de sa sève. Le film raconte le voyage parsemé d’embûches du héros Ulysse pour revenir chez lui à Ithaque auprès de sa Penelope, après avoir fait tomber l’imprenable citadelle de Troie. Par un ingénieux système de flashbacks, le récit revient sur les raisons de la guerre, sur la légendaire chute de Troie, sur le périple du retour qui a vu Ulysse et les siens s’égarer dans les mers déchaînées de Poseidon, puis sur le fameux retour à Ithaque où les prétendants au trône le considérant mort, cernent la reine Pénélope et le prince Télémaque.
Matt Damon est Ulysse, Tom Holland est Télémaque et Anne Hathaway est Pénélope. Déjà, la tête de la distribution en jette. Mais derrière eux, Robert Pattinson, Charlize Theron, Elliot Page, Jon Bernthal, Lupita Nyong’o, Zendaya, Samantha Morton, John Leguizamo, Mia Goth, Benny Safdie, Logan Marshall-Green, James Remar, le rappeur Travis Scott… Excusez du peu. Avouons que la distribution donne elle-aussi le vertige.
Mais ce débordement d’intentions et d’ambitions ne garantissait en rien la réussite du projet, surtout avec un cinéaste aussi clivant que Nolan, admiré des uns pour les velléités d’intelligence de ses « blockbusters d’auteur », source de crispation pour d’autres souvent agacés par sa capacité à sur-complexifier inutilement ses films et à les surcharger d’une mise en scène démonstrative qui en fait des tonnes, parfois pour rien. Pour le coup, avec L’Odyssée, Nolan signe enfin un vrai film intelligent, pas faussement intelligent, pas qui se croit plus intelligent qu’il n’est, juste un film profondément brillant, déchargé de son habituelle esbroufe artistique. À coup sûr, son meilleur depuis longtemps, son plus humble aussi !
Première chose, Christopher Nolan réussit précisément ce qu’il avait loupé sur Oppenheimer, à savoir choisir le bon angle d’approche de son vaste sujet. Au coeur de L’Odyssée, le cinéaste scrute le douloureux trauma moral d’un personnage tourmenté par les conséquences de son succès l’ayant érigé en héros. Dans Oppenheimer, Nolan s’était embourbé dans un récit de chasse aux sorcières en pleine Amérique maccarthyste pourchassant les communistes ou supposés comme tels. Un sous-récit qui en venait à supplanter le réel enjeu passionnant d’un homme ayant engendré la pire création humaine en voulant faire avancer l’humanité par la science. Cette fois, Nolan cible juste. En ayant remporté la Guerre de Troie par son intelligence (la fameuse ruse du cheval de Troie), Ulysse a -sans le savoir- précipité la fin de l’empire grec. Parce que, sans même s’en rendre compte, sa malice a bafoué les immuables « lois de Zeus », et avec elles une philosophie au fondement de toute la société grecque. Sa ruse opportuniste était de profiter du principe ancestral selon lequel on ne refuse pas l’offrande d’un peuple. Sauf que son offrande perçue comme le cadeau d’un vaincu s’est avérée la ruse bien connue d’une armée ayant réussi à pénétrer les murs de la citadelle imprenable qu’elle assiégeait depuis si longtemps pour la détruire, elle, son peuple, son temple d’Athéna. Les lois ayant été bafouées pour un succès retentissant, l’empire grec pouvait alors sombrer dans une culture du sans foi ni loi, précipitant la fin d’une civilisation désormais privée de morale, de repères et de principes inviolables.
Sur ce tableau passionnant de la détresse d’un héros acteur sans le vouloir de l’effondrement progressif de son propre monde, Nolan coule la formidable épopée mythologique qu’est L’Odyssée, où l’on croise des créatures, des cyclopes, des sirènes, la sorcière Circée, la nymphe Calypso, les pouvoirs ou le courroux des dieux tels que Poseidon… Une épopée d’une intensité folle, qui fonctionne par à-coups parfaitement gérés par une narration tragique à cheval entre le drame introspectif et l’aventure spectaculaire. Entre temps posés conférant de la profondeur au récit intimiste, séquences d’action impressionnantes et remarquable gestion des différents récits parallèles (le voyage d’Ulysse, la position difficile de son fils Telemaque ou de la Reine Pénélope), L’Odyssée est narrativement construit avec une habileté d’écriture sidérante, le présent où Ulysse revisite son passé en compagnie de la nymphe Calypso et les flashbacks conteurs fonctionnant avec une admirable fluidité dans le tumulte d’un rythme optimal. Jamais l’on ne sent une seule seconde les quasi trois heures du très long-métrage.
Même si l’on pourra toujours ergoter sur certaines réinterprétations ou petites trahisons au matériau littéraire (les costumes, certains personnages ré-imaginés autrement), Nolan prouve qu’il a bien compris l’essence de L’Odyssée et ce que raconte le récit mythologique d’Homère. Le cinéaste embrasse avec plus ou moins de consistance tous les sujets sociétaux, philosophiques ou politiques nichés en creux du récit légendaire. De la place de femme aux idéaux du mouvement féministe défiant le patriarcat, de l’accueil des étrangers (que l’on doit impérativement respecter car ils peuvent être des dieux déguisés) aux thèmes du mensonge, de la tromperie, de la transmission, de l’arrogance des hommes, de la vengeance, de la perte d’une forme d’innocence, des ravages de l’après-guerre et ses conséquences dévastatrices… L’Odyssée d’Homère est l’un des récits les plus riches jamais imaginés. L’Odyssée de Nolan parvient à en être digne en s’imposant comme l’un des films les plus riches du cinéaste car, sans sacrifier l’intensité et l’émotion du spectacle, il réussit l’exploit d’incorporer à son aventure les sens des chapitres littéraires. De quoi largement composer avec ses fameuses « réinterprétations » qui rappellent parfois celles d’un 300 de Zack Snyder dans cette volonté de sublimer le mythe.
Et puis il y a l’artiste Nolan, celui qui en fait si souvent trop au point d’exaspérer, celui dont le cinéma ressemble parfois à de l’enfumage faussement brillant. Ici, on retrouve un Nolan peut-être plus discret, moins adepte des grigris de mise en scène, tout en étant pourtant plus virtuose que jamais. Le cinéaste signe un film visuellement à tomber, subjuguant de beauté, portée par une puissance visuelle extraordinaire au service d’un imaginaire fantastique. On pourrait louer la photo sublime d’Hoyte van Hoytema (Interstellar, Spectre, Ad Astra), la musique envoûtante de Ludwig Göransson ou les décors de Ruth de Jong mais en finalité, cette somme de talents (au même titre que la direction d’acteurs ou les effets spéciaux impressionnants) est au service de la mise en scène immersive et hypnotique d’un Nolan en état de grâce. Son Odyssée est un péplum mythologique phénoménal et monumental qui adapte avec passion l’œuvre d’Homère tout en lui insufflant une modernité bienvenue. Film immense et vertigineux qui épouse la grandeur de son matériau originel, L’Odyssée est d’ores et déjà l’un des concurrents de poids pour les prochains Oscars. Et ce ne sera que justice tant il s’impose déjà comme l’un des meilleurs blockbusters de l’année.

 

Par Nicolas Rieux

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