Nom : L’Objet du Délit
Mère : Agnès Jaoui
Date de naissance : 27 mai 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h13 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique
Livret de Famille : Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Claire Chust, Oussama Kheddam…
Signes particuliers : Vraiment gênant ou juste maladroit, on n’a toujours pas tranché.
Synopsis : Dans les coulisses d’une production de l’opéra « Les Noces de Figaro », les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril le projet et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour…

AGNÈS JAOUI S’EMBOURBE DANS LE MOUVEMENT #METOO
NOTRE AVIS SUR L’OBJET DU DÉLIT
Agnès sans Jean-Pierre. L’Objet du Délit est un film à qui il semble manquer une aile pour voler droit. Présenté hors compétition à Cannes, ce nouveau long-métrage d’Agnès Jaoui est son premier sans son fidèle complice Jean-Pierre Bacri, tristement disparu en 2021 en laissant derrière lui un vide incommensurable. Un vide que ne comblent d’ailleurs pas les quatre auteurs venus épauler l’artiste dans l’écriture de cette comédie dramatique parlant d’opéra et du mouvement #MeToo.

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé clame l’expression consacrée. C’est exactement ce que l’on ressent devant L’Objet du Délit, comédie qui se veut dans l’air du temps en ouvrant un débat questionneur sur la tempête générée par le mouvement #MeToo et ses conséquences heureuses ou malheureuses (ou dit autrement, progressistes ou plus regrettables). L’absence du grand Bacri se ressent dans le genre dont se réclame L’Objet du Délit. Par définition, une comédie est censée être drôle, comme un drame est censé émouvoir ou un film d’horreur est censé faire peur. Et si le film soutire quelques rires éparses, la farce sociétale d’Agnès Jaoui manque cruellement de mordant, d’équilibre et d’un esprit drolatique vif et aiguisé. Fort dommage car il y avait clairement matière pour rire intelligemment des points de vue radicaux qui s’affrontent sur la question. Fort dommage aussi car côté propos, la cinéaste essaie de viser juste, mais décoche souvent hors cible.

L’Objet du Délit veut forcer un peu le trait pour discourir par la caricature burlesque voire l’absurde. Mais alors que l’humour est un peu mou, un peu trop sage, insuffisamment grinçant, ne reste que la caricature… et elle interroge. Les personnages sont si stéréotypés dans l’incarnation de leurs points de vue qu’ils en viendraient presque à desservir l’ensemble. À l’image de celui de la cantatrice révoltée joué par Eye Haïdara, à la lisière de la caricature de la féministe hystérique réagissant pour trois fois rien. On en viendrait presque à douter des intentions des auteurs, qui ne trouvent pas toujours le juste milieu entre le débat questionneur pertinent et la critique moqueuse -à la limite du mauvais goût- sur un sujet pourtant sérieux mais trop souvent traité avec une désinvolture qui frôle l’irrespect. Reste le débat lui-même. A défaut de réussir ce qu’il souhaitait entreprendre sur la forme, il eut été bon d’être au moins intelligent et clairvoyant sur le fond. Non dépourvu de quelques réflexions pertinentes, L’Objet du Délit souffre toutefois d’un déséquilibre de traitement, comme si la finalité était de dire « Oh mais c’est bon, faut arrêter d’en faire des tonnes avec tout ça, c’est pas si grave« . Dix minutes de plus et on tombait dans le « j’en ai pris des mains au cul et je suis pas morte pour autant« . Si c’est le discours voulu, c’est aussi choquant que scandaleux. Si là n’était pas l’intention, alors il y a eu (grosse) maladresse dans le potage car on a vraiment la sensation d’un film réac davantage anti-féministe plutôt que pertinent dans ses interrogations.
Et le propos ambigu mis à part, le film patine un peu sur la durée, en plus de tourner en rond, d’avancer de manière poussive en assénant son propos avec une lourdeur que l’humour ne désamorce pas toujours, ni assez. En bref, un exercice raté.
Par Nicolas Rieux