LES MISÉRABLES de Fred Cavayé : la critique du film

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Nom : Les Misérables
Père : Fred Cavayé
Date de naissance : 14 octobre 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : Australie
Taille : 2h58 / Poids : NC
Genre : Drame, Historique, Aventure

Livret de Famille : Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin, Benjamin Lavernhe, Noémie Merlant Megan Northam, Vassili Schneider, Marie Colomb, Louis Peres, Frédéric Pierrot…

Signes particuliers : Un grand spectacle lardé d’outrances.

Synopsis : Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui. Sous une fausse identité, il devient avec le temps un notable respecté de tous. Venant en aide à Fantine, une ouvrière mourante, il promet de sauver sa fille, Cosette, des griffes des cruels Thénardier. Mais son passé le rattrape : l’inspecteur Javert, un policier implacable au passé lui aussi tourmenté, le traque sans relâche afin de le renvoyer au bagne. Dans un Paris en pleine révolution, Valjean doit lutter pour protéger Cosette et achever sa rédemption, entre sacrifices et quête de justice.

 

PARI IMPOSSIBLE ?

NOTRE AVIS SUR LES MISÉRABLES

Le cinéma français s’est trouvé un nouveau filon qui marche fort : les fastueuses adaptations épiques de nos grands classiques de la littérature. Après les succès renversants du Comte de Monte-Cristo ou des Trois Mousquetaires, c’est au tour des célèbres Misérables de Victor Hugo de s’incarner à nouveau à l’écran. Réalisé par Fred Cavayé (les thriller A bout portant ou Mea Culpa, la comédie Radin !) cette épopée fleuve de trois heures réunit des moyens colossaux couplés à un casting clinquant destiné à rendre attrayante cette énième adaptation de l’histoire imaginée il y a plus de 160 ans par Hugo. Après Jean Gabin, Lino Ventura, Gérard Depardieu, c’est au tour de Vincent Lindon de prêter ses traits au mythe éternel qu’est Jean Valjean. Autour de lui, Tahar Rahim est l’inspecteur Javert, Camille Cottin et Benjamin Lavernhe sont les Thénadier, Noémie Merlant est Fantine, Megan Northam est Cosette, Marie Colomb (la Loana de la série Culte) est Eponine etc…

Les Misérables est-il vraiment adaptable au cinéma ? Certains diront que oui puisque cela a déjà été fait. D’autres diront que non puisque l’adaptation la plus mémorable à ce jour n’est pas un film mais la mini-série de Josée Dayan avec Depardieu… et elle faisait six heures. C’est précisément tout le problème du blockbuster pondu par un Fred Cavayé certes volontaire dans son entreprise, mais qui ne peut faire rentrer des carrés dans des ronds. Imaginez un peu, récemment Eric Besnard adaptait juste les premiers chapitres du copieux roman de 2500 pages de Victor Hugo (la rencontre avec monseigneur Myriel) et son film (Jean Valjean) durait déjà près de deux heures. Deux heures qui deviennent dix minutes ici. Alors raconter toute l’histoire en 3 heures, cherchez l’erreur. À cela s’ajoute un second problème, la question du « blockbuster »…

Si court et si long à la fois. Tel est le credo des Misérables 2026. Fred Cavayé voulait servir un grand spectacle intense avec du rythme et aucun temps morts. C’est gentil de soigner notre ennui mais le souci, c’est que cette ambition va composer le cercueil du film tout entier. Les Misérables a été écrit en mode fast & furious. Et de fait, il est trop court pour embrasser la richesse intellectuelle du roman et développer intelligemment ses angles serrés et ses subtilités. Mais d’un autre côté, il est beaucoup trop long pour être digeste en tant qu’épopée spectacle. Les Misérables emboîte à la chaîne les grandes lignes du roman, résume les personnages à des fonctions narratives, et tabasse le spectateur de péripéties resserrées et d’action haletante. Jamais on ne se pose sur quoique ce soit, l’objectif est de tout faire rentrer au chausse-pied en forçant un peu pour que ça passe. Le pire, c’est qu’on attendait d’une telle démarche que Cavayé néglige le propos social du roman au profit du spectacle tonitruant. Même pas ! Sans doute conscient voire apeuré à l’idée d’être fusillé sur place s’il procédait de la sorte, le cinéaste ne vide pas le roman de sa dimension sociologique. Mais pour se montrer bon élève cherchant à éviter les reproches, Cavayé va alors la matraquer jusqu’à la caricature. Il ne suggère jamais, il surligne au marqueur. Il n’appelle pas à la réflexion, il assène jusqu’à écraser sous les évidences. Les riches créent les pauvres, la misère génère la violence et 160 ans plus tard, rien n’a changé. Voilà, on vient de résumer le roman vu par le film en moins de vingt mots. Merci, bonsoir.

Les Misérables, c’est donc tout. Le bagne, l’odyssée de Jean Valjean, la pauvre Fantine, le méchant et tenace Javert, Gavroche sur les barricades, l’histoire d’amour entre Cosette et Marius, les crasseux Thénardier, et cette idée générale d’une fable sur l’écrasement des classes qui provoque la colère, et la colère qui engendre le chaos. Les riches feront toujours leur richesse sur les dos cassés des miséreux, lesquels se débattront inlassablement pour s’en sortir dans un principe éternel de lutte des classes. Tandis que le monde se devise entre les humanistes pour qui la bonté est le remède aux maux, et les chiens enragés qui opteront pour le chemin de l’égoïsme. Timing parfait, le film sort dans une période de révolte sociale, entre la crise économique, la gronde des lycéens et le spectre d’un mouvement des Gilets Jaunes 2.0.

Les Misérables est probablement le roman le plus éternel dans son propos inusable, immuable, toujours brûlant d’actualité même 150 ans après sa parution. Fred Cavayé tenait de l’or entre les mains, il y avait de quoi faire. Mais encore fallait-il faire bien et ce n’est pas à la portée de tout le monde de s’attaquer à un tel monument. Deux idées peu conciliables s’affrontent au cœur de cette nouvelle adaptation, l’envie de tout garder sans choisir un angle propre et celle de livrer une super-production à grand spectacle calibrée pour générer des millions d’entrées. Plein de bonnes intentions, Fred Cavayé ploie sous l’écrasante tâche semblable à un Everest artistique. Des trahisons à un roman, c’est normal. On l’a toujours dit. Une adaptation, c’est une transposition, une vision d’un matériau originel qui doit être un peu déformé pour être remodeler. L’ennui, c’est que les idées de Cavayé sont trop souvent risibles. Le cinéaste réussit l’exploit de rendre grotesques à l’écran plusieurs ressorts ou passages emblématiques de l’histoire de Victor Hugo. Parce que dans sa version des Misérables, tout est trop. Le jeu de certains comédiens, l’écriture, les dialogues, la morale, l’emphase, les métaphores, la mise en scène… Ce n’est vraiment pas la subtilité qui étouffe ce gros kouglof étouffe-chrétien constamment dans l’outrance sur-appuyée jusqu’à l’overdose. C’est dommage mais n’était-ce pas couru d’avance ? Au moins, le grand public en aura pour son argent avec cette philosophie du « spectacle spectaculaire ». C’est déjà ça. Mais avec une vision, Les Misérables 2026 aurait pu être un grand film, plutôt qu’un gros film.

 

 

Par Nicolas Rieux

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