DIGGER d’Alejandro González Iñárritu : la critique du film

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Nom : Digger
Père : Alejandro González Iñárritu
Date de naissance : 30 septembre 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : USA, Mexique, Angleterre
Taille : 2h09 / Poids : NC
Genre : Comédie

Livret de Famille : Tom Cruise, Sandra Hüller, Riz Ahmed, John Goodman…

Signes particuliers : Tom Cruise en mode « Oscars »

Synopsis : L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.

THERE WILL BE BLOOD DISASTERS

NOTRE AVIS SUR DIGGER

Ce n’est pas le réalisateur le plus prolifique du monde mais chacun de ses longs-métrages suscite toujours une énorme attente. Plus de dix ans après le succès de The Revenant, l’oscarisé Alejandro González Iñárritu revient illuminer les salles obscures (Bardo en 2022 n’était sorti que sur Netflix) avec Digger, une comédie noire aux allures de farce complètement frappadingue, emmenée par Tom Cruise que l’on avait plus vu aussi déjanté à l’écran depuis Tonnerre sous les Tropiques. Grimé jusqu’au méconnaissable, l’acteur de Mission : Impossible y incarne un magnat du pétrole, Digger Rockwell, l’un des hommes les plus puissants du monde. Quand l’un de ses forages provoque une gigantesque catastrophe écologique en Alaska, Digger est embarquée dans la cellule de crise gouvernementale. Malheureusement, les problèmes vont s’enchaîner en cascade…

Iñárritu avait permis à Leonardo DiCaprio de décrocher enfin son premier Oscar après de nombreuses nominations. Et s’il offrait maintenant la même opportunité à la superstar Tom Cruise, certes titulaire d’un Oscar d’honneur mais jamais récompensé pour un film malgré quatre citations ? On peut d’ores et déjà prendre les paris, Tom Cruise sera nommé en 2027 et pour le coup, ce ne sera que justice. Souvent moqué pour son jeu sans finesse que ne masquent pas ses exploits physiques répétés, il livre sa performance la plus impressionnante depuis… Magnolia ? Tout en grandiloquence géniale et en hystérie hilarante, Tom Cruise est clairement l’attraction numéro un de ce surprenant Digger, qu’il porte littéralement et totalement.

Après la rudesse harassante de l’Amérique sauvage, c’est un Iñárritu proche du Kubrick de Docteur Folamour (et pas loin non plus du Fellini de La Nave Va) que l’on retrouve pour son retour dans le cinéma américain. Le cinéaste signe une comédie aussi follement fantasque que puissamment politique où se mêlent engagement écologique, anticipation pré-apocalyptique, mise en abîme, portrait acerbe de la géopolitique mondiale et des puissants qui la dirigent, critique du libéralisme effréné et des super-patrons sans foi ni loi, hystérie tordante, création artistique et plein d’autres choses. Peut-être même trop. C’est l’un des défauts de Digger, il veut voir tellement grand qu’il flirte avec l’overdose et finit même par fatiguer sur la durée. D’autant que les quasi deux heures dix se ressentent un peu…

Mis à plat, Digger a pourtant tout du très grand film. Des comédiens en mode géants (Tom Cruise en tête, mais aussi Sandra Huller, Riz Ahmed ou John Goodman), une intrigue savoureuse, une écriture à l’humour inspiré et désopilant, un propos fort intelligemment déployé, une direction artistique originale qui trouve du répondant dans une mise en scène virtuose, un premier tiers absolument brillant, une scène finale qui tient du génie… Voilà qui ressemble bien à un plan sans accroc comme les aimait le Hannibal de L’Agence Tout Risque. Sauf que voilà, un accroc, il y en a un et il est suffisamment massif pour freiner des quatre fers l’élan du film tout entier. L’ennui, c’est qu’il est difficile d’en parler… sans dévoiler ce que le distributeur (Warner Bros) juge comme étant un « spoiler » à ne surtout pas dévoiler, au point de le stipuler dès un carton d’introduction comme si on allait découvrir le Psychose d’Hitchcock. On le taira donc par respect mais disons simplement que Digger nous réserve une surprise narrative inattendue qui va apparaître pour la première fois au bout de trois quart d’heure et ainsi modifier tant la perception que l’on a du film que sa manière d’être raconté.

Pourquoi en avoir fait une « surprise », on cherche encore à comprendre tant elle ne relance pas grand-chose en soi. Mais toujours est-il que ce twist mystère (si tant est que l’on puisse le qualifier ainsi) va changer la suite de la narration en ouvrant une seconde intrigue parallèle chevillée à la première. Or c’est cette seconde intrigue qui va poser problème. D’où l’idée de demander au public de ne pas en parler ? Commode. Pas nécessairement intéressante ni même pertinente, elle va en tout cas parasiter ce que le film avait de meilleur, en plus d’alourdir le récit et de ralentir copieusement son rythme effréné. Son intérêt ? Amener la scène finale (géniale cela dit, force est de l’admettre)… et c’est à peu près tout. A se demander s’il n’y avait pas de manière plus adroite que celle-ci pour parvenir au même résultat, car clairement on se retrouve avec un long-métrage brillant au deux tiers mais gâché par le brouillon tiers restant. D’autant qu’une fois dévoilé, Iñárritu va passer son temps à revenir faire joujou avec son gimmick agaçant signifiant au marqueur la singularité de son scénario aux réels contours dévoilés sur le tard. Clairement, Digger aurait gagné à se passer de ce chemin de traverse pénible qui n’est pas loin d’abîmer le film tout entier en l’abandonnant à une sensation de plaisir mitigé. Probablement le film le plus frustrant de son auteur.

 

Par Nicolas Rieux

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