Nom : Minotaur
Père : Andreï Zviaguintsev
Date de naissance : 14 octobre 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France, Allemagne, Lettonie
Taille : 2h20 / Poids : NC
Genre : Drame
Livret de Famille : Dmitri Mazourov, Iris Lebedeva, Boris Koudrine…
Signes particuliers : Plus intéressant dans l’idée que sur la forme.
Synopsis : Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

GRAND PRIX DU FESTIVAL DE CANNES
NOTRE AVIS SUR MINOTAURE
Un prix d’interprétation pour Le Bannissement, celui du scénario pour Leviathan, le prix du Jury pour Faute d’amour, sans compter celui glané dans la section Un Certain Regard par Elena, le russe Andreï Zviaguintsev est ce que l’on peut appeler un collectionneur de récompenses cannoises. Celle qui lui échappait encore, c’est la plus prestigieuse de toute, la si convoitée Palme d’Or. Ça n’a pas été pour cette année mais c’était pas loin puisque Minotaure est reparti de la Croisette avec le Grand Prix. Le cinéaste y raconte les tourments d’une famille russe dont la façade se fissure. Gleb dirige une entreprise qui prospère, il est marié à la très belle Galina, ils ont un fils modèle, une superbe maison, en apparence tout est parfait. Mais quand la Russie attaque l’Ukraine, le gouvernement mobilise des soldats en piochant dans les effectifs des entreprises. À l’épineux problème de devoir fournir une liste de noms, s’ajoute la découverte de la liaison de sa femme. Gleb vacille…

À travers sa chronique de l’effondrement d’un couple, Andreï Zviaguintsev poursuit son œuvre de cinéaste contestataire critiquant les failles et dérives de la Russie contemporaine de Poutine. Celui qui vit désormais en exil en France adapte librement La Femme Infidèle de Claude Chabrol (1969) en réorientant l’histoire vers une radiographie de la société russe actuelle. La place de la femme, les conséquences de la politique guerrière en Ukraine, la corruption étatique, le pouvoir des oligarques… Minotaure est un catalogue qui effeuille une à une les images controversées de la société russe d’aujourd’hui. Des sujets que l’on a déjà vu traités ailleurs, et que Zviaguintsev compile dans un film arcquebouté sur une intrigue qu’il ne rend jamais vraiment passionnante.
Pourtant, les idées sont là. Zviaguintsev associe le général à l’intime, liant l’effondrement d’un couple et celui d’un pays en dressant de multiples parallèles sur le fond avec le principe de la lente décomposition, ou sur la forme avec sa mise en scène froide et austère doublant le propos. Une atmosphère viciée gangrène en sourdine ce foyer en pleine désagrégation, la même qui gangrène tout un pays dicté par son dérèglement et les humeurs de ses dirigeants. Dans ce cadre où les règles sont changeantes, où le droit est aléatoire, où l’on affronte les problèmes « à sa manière », il n’est pas étonnant de voir des hommes vaciller et des monstres naître. Finalement, le plus intéressant dans Minotaure tient dans la théorie de sa démonstration, plus que dans son exécution freinée par les longueurs.
Par Nicolas Rieux
