LA GRADIVA de Marine Atlan : la critique du film

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Nom : La Gradiva
Mère : Marine Atlan
Date de naissance : 21 octobre 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h25 / Poids : NC
Genre : Drame, Comédie dramatique

Livret de Famille : Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerinn…

Signes particuliers : Une pépite !

Synopsis : Un groupe de lycéens français part en voyage scolaire à Naples pour découvrir les ruines de Pompéi et ses corps pétrifiés par le Vésuve. C’est là que le vertige les saisit brutalement. L’un après l’autre, ils se laissent submerger par le désir et la colère jusqu’à s’y abandonner complètement.

 

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NOTRE AVIS SUR LA GRADIVA

Il y a toujours une part d’admiration un peu plus exacerbée quand un ou une cinéaste impressionne dès son premier long-métrage. On ne pénètre pas dans la salle en sachant que l’auteur est bourré de talent car il l’a précédemment démontré. On arrive un peu plus curieux, un peu plus méfiant aussi, prêt à se dire que c’est « un premier film » comme excuse à d’éventuelles maladresses ou petits défauts d’immaturité artistique. Et quand on tombe sur une pépite renversante, le vertige énamouré est encore plus fort. C’est ce qui se passe avec La Gradiva, premier long-métrage de l’ancienne directrice de la photo Marine Atlan (Le Ravissement par exemple) désormais réalisatrice. Comédie dramatique aux allures de film choral, La Gradiva chronique le voyage scolaire d’une classe de terminale en Italie, pour aller visiter le site historique de Pompéi et ses alentours. D’une professeur passionnée à ses élèves plus ou moins impliqués, le film dresse des portraits bouleversants.

Un premier film, des comédiens non-professionnels, une esthétique visant le réalisme brut, beaucoup de warning étaient au rouge, annonçant ce que l’on pourrait presque préjuger comme une caricature d’un certain cinéma d’auteur français. Et c’est dommage car si ces clichés artistiques sont parfois devenus sujets à moqueries par un certain public biberonné au « spectacularisme à l’américaine », ils sont ici les symboles d’un film qui bouillonne de vie et d’envie. Un grand film de cinéma, pas loin de l’odyssée fleuve avec ses 2h25 bien tassées, qui convoque des souvenirs de Rohmer, de Pialat, de Kechiche, de Téchiné, du documentariste Nicolas Philibert…

Parce qu’il adopte le ton de la chronique chorale papillonnant entre les points de vue (d’une professeur et de quelques élèves choisis), La Gradiva va osciller entre des instants de comédie coupés par des moments de drame. C’est l’homogénéité de ces regards qui va former un équilibre complémentaire dressant un formidable portrait de la jeunesse d’aujourd’hui. Une jeunesse qui vit, qui vibre, qui se passionne, qui est dure, qui rit, qui croit, qui a peur, qui s’interroge, qui angoisse, qui se perd, qui se cherche, qui trouve ou qui ne trouve pas. Une jeunesse qui n’est plus enfantine, qui s’éveille mais qui n’est pas encore complètement formée ou formatée. Une jeunesse qui se débat, qui (sur)nage dans les eaux d’un entre-deux âge, le fameux passage de l’adolescence à l’âge adulte où se confrontent des rêves, des espoirs, des mal-êtres, des réussites et des désillusions.

Dans ce bain mijotant, sorte de bouillon de culture de la population lycéenne de 2026, Marine Atlan montre des échantillons sans jamais les réduire à des clichés. C’était le danger quand on compose un groupe avec les esquisses du beau-gosse ténébreux, du gay cool, de la timide rejetée, des jolies filles du bahut, des intellos impopulaires… Mais avec une grâce étourdissante, Marine Atlan évite d’en faire des simples représentations archétypales. Ils sont plus des visages-facettes qui se réunissent derrière des moteurs communs : exister, trouver son chemin, être heureux. Derrière chaque façade-visage, la cinéaste dévoile des histoires, des douleurs, des inconforts, des aspirations, des personnalités, des existences. Et ces vies qui traversent notre regard l’espace de deux heures et demi, ne sont pas là pour sonner creux dans un récit sans envergure. À travers elles et à cet instant de vie où elles sont approchées, Marine Atlan discute de la difficulté à se construire et à se définir, parle de quête identitaire, du clivage entre méritocratie et déterminisme, du système éducatif français, de la dureté du métier d’enseignant, des peurs des futurs hommes et femmes de demain, des visions du monde qui s’affrontent, mais aussi de l’amour, de l’amitié, du harcèlement scolaire, de la puissance de l’art… Tant de sujets qui auraient pu former un magma informe et désordonné s’ils n’étaient pas cadrés par un sujet qui réunit justement tout cela : la jeunesse qui mûrit aux forceps.

Passionnant de bout en bout (assez pour que l’on ignore certains tours d’écriture un peu prévisibles), La Gradiva est assurément l’un des grands films de l’année, une révélation étincelante qui avait été saluée à Cannes (et récompensée à la Semaine de la Critique). Admirable de densité et d’intensité, souvent drôle, parfois cruel, interrogateur ou déchirant, ce premier long remarquablement porté par de nouveaux visages (peut-être du cinéma de demain) n’en oublie pas (cerise sur le gâteau) de sublimer son vertige avec des ambitions artistiques fortes où des fulgurances romanesques secouent et magnifient un naturalisme quasi-documentaire dès plus somptueux. Un film fort, un film ambitieux, un film qui nourrit.

 

 

Par Nicolas Rieux

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