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THE NIGHTINGALE de Jennifer Kent : la critique du film

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Carte d’identité :

Nom : The Nightingale
Mère : Jennifer Kent
Date de naissance : 2018
Majorité : 15 avril 2021
Type : sortie Blu-ray / DVD / VOD
Nationalité : USA
Taille : 2h16 / Poids : NC
Genre : Thriller, drame, historique

Livret de Famille : Aisling Franciosi, Sam Claflin, Baykali Ganambarr…

Signes particuliers : Âmes sensibles, s’abstenir.

 

 

ŒIL POUR ŒIL, VIE POUR VIE

NOTRE AVIS SUR THE NIGHTINGALE

Synopsis : 1825, dans l’Australie sous domination anglaise. Après avoir purgé sa peine, Clare, une jeune bagnarde irlandaise, va bientôt pouvoir vivre librement auprès de son mari et de son bébé. Mais son officier de tutelle n’en a pas fini avec elle: rossée et laissée pour morte, Clare assiste impuissante au massacre de sa famille par des soldats britanniques. A son réveil, au bord de la folie, elle se lance à leur poursuite au travers des terres vierges de Tasmanie. Dans cette région sauvage et isolée, où les lois des hommes ne s’appliquent plus, elle ne reculera devant rien pour se faire justice.

  

L’adage est bien connu, le plus dur après un premier film réussi qui a enthousiasmé public et critique, est de parvenir à enchaîner avec le second alors que l’attente est logiquement forte. L’australienne Jennifer Kent en sait quelque chose. Il y a 7 ans, la jeune cinéaste éclaboussait les écrans de son talent avec le drame d’épouvante Mister Babadook, modeste péloche aussi terrifiante qu’intelligente. La réalisatrice aura pris son temps pour revenir et elle l’a fait en 2018 avec The Nightingale, drame historique à consonance horrifique primé à la Mostra de Venise après une projection houleuse qui aura vu un public très divisé entre applaudissements et insultes à la criée. Deux plus tard et Sundance entre temps, le film sort enfin chez nous directement en vidéo.

Violences extrêmes, viols à répétition, meurtres de nouveaux nés ou d’enfants, population indigène torturée et massacrée dans la Tasmanie colonisée du XIXeme siècle… il faut dire que The Nightingale ne nous épargne rien de l’horreur d’une page sombre de l’histoire australo-britannique. Et c’est en partie ce qui explique sa présentation orageuse à la Mostra. Le film retrace de Kent le chemin de croix d’une irlandaise expatriée de force (comme beaucoup) par l’empire anglais vers la Tasmanie sauvage. Sous la coupe d’un horrible Lieutenant sans scrupule, elle assiste impuissante au meurtre de son mari et de son bébé pendant qu’elle est violée par plusieurs hommes. Démarre un voyage violent à travers la forêt pour rattraper ses bourreaux et se venger en compagnie d’un « noir » qu’elle utilise comme guide/esclave.

Changement de style pour Jennifer Kent. Si Mister Babadook jouait beaucoup la carte de l’indicible, de l’horreur nichée dans l’ombre et de la suggestion, The Nightingale est bien plus radical, démonstratif, jusqu’au-boutiste. Au risque de flirter avec l’excès. Car bien souvent, la violence sauvage qu’il dépeint est insoutenable au regard, éprouvante à l’âme et particulièrement dure pour les tripes. Âmes sensibles s’abstenir, c’est le moins que l’on puisse dire. Cette extrême noirceur viscérale qui tapisse constamment l’image aurait presque pu en devenir contre-productive à force de rendre le film trop douloureusement mal-aimable. Tobe Hooper disait « Je déteste le gore car je ne comprends pas l’intérêt de pousser le public à tourner la tête. Au contraire, je veux qu’il regarde mon film, pas qu’il ferme les yeux« . Et pour le coup devant The Nightingale, on serait souvent tenté tant l’insoutenable est de mise. Mais le geste de Kent caractérisée par cette absolue radicalité rentre-dedans est sauvé par le fond, par l’intelligence du propos. The Nightingale est une saillie furieuse questionnant la thématique du racisme autrement que via les innombrables drames actuels en mode « un coup de poing basé sur des faits réels ». Ici, le racisme est partout et plus il est exercé, plus il en produit. Comme un puits sans fond où il se nourrit de lui-même. Blancs contre Noirs, Noirs contre Blancs, Blancs contre Blancs… L’héroïne blanche irlandaise est victime du racisme des dominateurs anglais. Elle exerce à son tour son racisme envers ces indigènes noirs, doublement victimes puisque aussi massacrés par les colons britanniques. Et cet état de servitude sur leurs propres terres volées, les mène à leur tour vers un profond racisme anti-Blancs, conséquence logique des sévices subis par ces divers tortionnaires. Tout le monde se déteste dans cet univers au bord de l’implosion et la haine dévore tout avec horreur.

Cet univers au summum de l’atroce est matérialisé par un langage d’une austérité tout aussi terriblement radicale. Ratio 1:33, couleurs froides, ambiance naturaliste, absence de toute poésie, The Nightingale est aussi radical formellement qu’il ne l’est visuellement. Tout participe à créer un choc à tous les niveaux. Brûlot formulé dans l’âpreté, ce nouveau Jennifer Kent est une furie destructrice, organique, une réflexion sur la violence comme forme de domination totale sur autrui… Mécanique vouée à l’échec tôt au tard quand la haine et la rancœur deviennent l’essence même d’un tissu social.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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