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TEDDY de Ludovic et Zoran Boukherma : la critique du film

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Carte d’identité :

Nom : Teddy
Père : Ludovic et Zoran Boukherma
Date de naissance : 2019
Majorité : 10 mars 2021
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h28 / Poids : NC
Genre : Épouvante, Drame, Comédie

Livret de Famille : Anthony Bajon, Ludovic Torrent, Christine Gautier, Noémie Lvovsky…

Signes particuliers : Un loup-garou labellisé « Cannes 2020 ». A la croisée des tons et des genres, un premier film très intéressant.

 

SORTIE DÉCALÉE EN RAISON DE LA FERMETURE TEMPORAIRE DES CINÉMAS

 

LOUP-GAROU, OÙ ES-TU ?

NOTRE AVIS SUR TEDDY

Synopsis : Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois.Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales…

Rares sont les films de genre français qui parviennent à s’exprimer dans les plus grands festivals du monde en dépassant leur statut de « film de genre » justement. On se souvient précédemment du Grave de Julia Ducournau par exemple, qui avait su séduire aussi bien Cannes que Gérardmer. Teddy a suivi (ou presque) un chemin un peu similaire. Sélectionné pour figurer sur la Croisette avant l’annulation du festival, le film s’est vu décerner en remplacement le label « Cannes 2020 » avant de faire un tour par Deauville où il a été ovationné. De quoi installer un peu plus le buzz autour de ce film de loup-garou made in France, premier long-métrage des frangins Ludovic et Zoran Boukherma. Porté par l’étoile montante Anthony Bajon (Au Nom du Père, La Prière), Teddy nous catapulte dans un village paumé des Pyrénées où a grandi le jeune Teddy, un marginal de 19 ans très tôt déscolarisé. Quand il se fait mordre une nuit par une bête mystérieuse, il développe d’étranges pulsions animales qui vont d’autant plus le confronter à sa propre marginalité…

Teddy est une bizarrerie, un film atypique qui a eu de la chance de trouver des producteurs courageux pour le mener à bien. Si le cinéma de genre est déjà réputé difficile en France (alors que pourtant, on se débrouille très bien !), le duo Ludovic et Zoran Boukherma y ajoute de surcroît des éléments de comédie décalée et de drame social, faisant ainsi de leur film de loup-garou, un cocktail méchamment original où le fantastique vient s’insérer dans un réalisme tangible mais néanmoins entiché d’un ton presque lunaire. Comme si Dupontel rencontrait John Carpenter.

Ludovic et Zoran Boukherma importent le mythe du lycanthrope dans une bonne vieille campagne française à tendance plouc. L’originalité du cadre va alors impacter l’originalité des personnages et surtout l’originalité de l’irruption du fantastique, sa progression et sa destination. Surtout, elle va permettre à ce Teddy de s’offrir une patte (velue), différente des traditionnelles séries B inspirées du cinéma des 80’s. Teddy s’en inspire bien évidemment car ses auteurs ont été biberonnés à ce cinéma là, mais il parvient à trouver sa propre voie et à s’incarner comme un ofni sans cesse balancé entre le grotesque amusant, le frisson tapi dans l’ombre et le portrait sociologique et politisé de ces contrées profondes enfermées dans leurs jugements moraux. Car c’est là l’un des multiples visages de Teddy, il est aussi un film à discours (mais sans aucun esprit prétentieux). Le fantastique a toujours été un vecteur pour dire des choses. Les réalisateurs y évoquent ces campagnes profondes où la différence est mal vue voire peu acceptée, où le traditionalisme donne lieu à un curieux mix de population entre anciens rétrogrades et jeunes formatés dans leur moule obtus rejetant la marginalité de toutes sortes. Le regard sociologique est d’autant plus malin qu’il s’insère parfaitement dans un film de genre aux allures de petite pépite métaphorique, certes imparfaite (pas mal de seconds rôles jouent comme des panards atrophiés) mais très attachante.

L’équilibre de Teddy réside dans sa capacité à jongler avec ses thèmes, ses tons et ses moyens. D’abord, les personnages, Teddy en tête, qui est comme les loups des Pyrénées, rejeté et mal aimé par sa contrée où il fait tâche car il trouble l’ordre public. Mais plutôt que de suivre le canevas classique du film de loup-garou, les frères Boukherma le prennent à l’envers. Teddy est d’abord rage et colère, il fait chier sa communauté, il est bruyant, voyant, enfermé dans son animalité inclassable. Quand il devient « loup », c’est là qu’explose sa tendresse, sa douceur, sa volonté de normalité, alors qu’il tente de réprimer ses pulsions violentes. Et le film de jouer avec ce ressort en traversant autant la comédie que le drame ou le pur film d’horreur privilégiant l’économie à la démonstration, la malice et l’inspiration au déversoir sensationnaliste facile. A l’arrivée, un film qui est autant frisson, qu’émotion et réflexion.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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