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INVISIBLE MAN de Leigh Whannell : la critique du film

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Invisible Man
Père : Leigh Whannell
Date de naissance : 2019
Majorité : 26 février 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h05 / Poids : 9 M$
Genre : Epouvante

Livret de famille : Elisabeth Moss, Oliver Jackson-Cohen, Harriet Dyer…

Signes particuliers : Une réussite !

LEIGH WHANNELL DÉPOUSSIÈRE LE MYTHE DE L’HOMME INVISIBLE

L’AVIS DE FRED SUR INVISIBLE MAN

Synopsis : Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente. Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille… 

Il a beau avoir le moyen ultime de se cacher aux yeux de tous, L’Homme Invisible n’en demeure pas moins une des créatures les plus connues de la culture populaire tant les itérations de son histoire se sont multipliées à travers tous les supports possibles depuis sa première apparition dans le roman de H.G. Wells en 1897. À vrai dire, à part voir le don d’invisibilité utilisé comme un énième pouvoir de super-héros, on en était venu à croire que le personnage et ses variations n’avaient plus un très grand potentiel à exprimer. Certes, Hollow Man de Paul Verhoeven en 2000, la dernière version la plus connue, avait réussi à le tourner en figure déviante, mais en majeure partie grâce au génial mauvais esprit de son réalisateur. Depuis, hormis le vague espoir de voir un autre grand nom s’approprier totalement le mythe de L’Homme Invisible, il était difficile d’imaginer une nouvelle version apportant quoi que ce soit de pertinent à cette figure mythique. Et autant dire que ce n’était pas sa possible résurrection au sein du « Dark Universe » imaginé par Universal (l’équivalent du MCU pour les créatures-piliers du cinéma horrifique) qui allait nous faire croire le contraire… Seulement voilà, entre-temps, ce Dark Universe a (logiquement et heureusement) périclité dans le trou noir de son univers, laissant le projet d’un nouveau Invisible Man aux mains d’un cinéaste plus que prometteur : Leigh Whannell. On le connaissait surtout comme le compère/scénariste de James Wan dans ses meilleures œuvres mais depuis, Whannell est désormais passé à la réalisation de ses propres longs-métrages, et après un premier essai avec Insidious 3, il a même joliment marqué les esprits avec à Upgrade, une belle réussite d’anticipation à la mise en scène audacieuse. Accompagné de l’inévitable Jason Blum à la production (capable du meilleur et trop souvent du pire) et de la remarquable Elisabeth Moss devant la caméra, cet Invisible Man 2020 avait de quoi intriguer… même si sa bande-annonce donnait vraiment l’impression d’en dévoiler bêtement trop.

Déjà, on vous rassure, le trailer en racontait beaucoup mais, paradoxalement, il ne trahit pas tant que ça le film et ses plus belles qualités. La première d’entre elles est bien évidemment la façon en elle-même d’utiliser L’Homme Invisible dans un contexte qui lui est inédit. Certes, il est ici encore une figure maléfique comme dans le film de Verhoeven, et ce de manière plus immédiate, mais il sert avant tout à traduire métaphoriquement l’emprise d’un mari violent sur son épouse/victime. Lorsque l’on découvre Cecilia (Elisabeth Moss), elle est en train de dégager la main de son mari de son propre corps pour le fuir et, première surprise, la mise en scène de Invisible Man ne se fixe non pas physiquement sur la vision de cet homme pouvant potentiellement la poursuivre mais sur le bruit que sa victime menace à tout moment de provoquer dans sa course. Extrêmement malin, ce pied de nez introductif aux attentes forcément un brin figées concernant un énième retour de l’Homme Invisible annonce à lui seul la roublardise avec laquelle Whannell va mener sa barque et l’intelligence de la réappropriation de la créature, pour traduire la douleur d’une héroïne restée trop longtemps sous la coupe de son bourreau. À travers cette seule séquence, c’est en effet tout le poids de cette vie de couple chaotique, de cette domination constante exercée sur la femme, qui se ressent dans la montée d’angoisse partagée entre elle et le spectateur durant sa fuite. Cecilia tente de briser la bulle de terreur psychologique dans laquelle elle vivait en s’échappant mais elle ne la quittera jamais totalement. Même lorsque l’horizon paraîtra s’éclaircir, toutes ces années de violence passées seront vouées à rester à jamais gravées en elle. Au mieux, elle ne pourrait que réapprendre à vivre avec l’omniprésence du souvenir de ce traumatisme. C’est justement là qu’intervient toute la nouvelle symbolique de cette variation autour de L’Homme Invisible, celui-ci devient l’incarnation physique parfaite pour exprimer le fantôme cette douleur qui l’habite. Ici, le spectre de cette emprise devient bien sûr littéral, Cecilia est persuadée que son défunt mari est de retour sous une forme invisible et ne peut même plus prétendre à la simple survie face à une présence prenant son pied à la torturer mentalement.

L’ambiance diablement pesante d’Invisible Man nous plonge ainsi dans le même état de paranoïa que sa victime, Whannell nous amène à scruter chaque plan, chaque potentiel mouvement de son agresseur que l’on sait pourtant imperceptible. Dans un premier temps, même s’il est logique vu les enjeux, le jeu du chat et de la souris qui s’organise entre Cecilia et son Homme Invisible va quelques fois s’avérer frustrant, on aimerait que le film aille toujours plus loin dans les manifestations de l’agresseur vu la manière dont son atmosphère nous enveloppe pour ne plus nous lâcher. Mais Whannell construit savamment son jeu sur la durée et, au moment où l’on s’y attend le moins, nous gratifie toujours d’une montée en puissance folle et abrupte (à noter l’utilisation de quelques jump-scare extrêmement réussis mais ils ne sont ici qu’un outil pour parfaire l’ambiance et non la définir). À chaque fois que l’on pense voir le film faiblir, c’est pour mieux se prendre un nouveau coup d’éclat de violence de la part de son Homme Invisible. Et, ne vous faites pas de souci, le bonhomme ne va cesser de pousser le curseur de la folie de ses agissements dans des proportions de plus en plus grandes… Peut-être même un peu trop car, arrivé à un certain stade (juste avant la toute dernière partie pour être exact), son comportement n’aura plus grand chose de rationnel vis-à-vis des objectifs qu’il poursuivait jusqu’alors, mais là encore, l’ensemble sera mené avec une telle frénésie et une jubilation manifeste à aller toujours plus loin dans l’action proposée, que l’on ne pourra que fermer les yeux sur cette fin de parcours rocambolesque et simplement apprécier le spectacle qui en découle.

Au-delà de sa radicalité que l’on imagine être sujette à débat, le point le plus clivant du film sera son ultime acte. De prime abord, il arrive finalement à un moment où l’on pense que le film aurait mérité de se conclure et laisser le champ libre à un épilogue. De fait, Invisible Man commence ainsi à nous apparaître trop long et la manière artificielle dont ces derniers événements se raccrochent au reste (le manque de ressenti du temps s’écoulant entre notamment) renforce ce sentiment. Cependant, comme un dernier sourire à nos a priori que l’on pensait certitudes, Leigh Whannell nous donnera tort de façon assez magistrale et ne nous laissera plus aucun doute possible sur le fait que cette conclusion était la seule issue possible à toute histoire, c’est dire l’impressionnante habilité dont il aura toujours su faire preuve durant la totalité du long-métrage pour déjouer nos attentes.

Comme prévu, et dans une espèce de version actuelle de son personnage de The Handmaid’s Tale (durant la première saison), Elisabeth Moss tirera elle aussi Invisible Man vers le haut en devenant une de ces rares actrices capables de vous arracher des frissons alors qu’elle parle simplement à un mur. Un autre des multiples points forts de ce décidément très surprenant et réussi troisième film de Leigh Whannell. Et, pour ceux qui ne le connaissaient pas encore, le nom de ce réalisateur-scénariste ne sera définitivement plus invisible après ça.

BANDE-ANNONCE :

Par Frédéric Serbource

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