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HELL’S GROUND de Omar Ali Khan : la critique du film

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Spectateurs

Carte d’identité :
Nom : Zibahkhana
Père : Omar Ali Khan
Date de naissance : 2020
Majorité : 31 mai 2019
Type : Sortie DVD
Nationalité : Pakistan
Taille : 1h18 / Poids : NC
Genre : Horreur

Livret de famille : Kunwar Ali Roshan, Rooshanie Ejaz, Rubya Chaudhry…

Signes particuliers : Fait avec trois brindilles, un film gore pakistanais porté par la sincérité et l’amour de son auteur pour les classiques du genre.

LE PREMIER FILM GORE PAKISTANAIS

NOTRE AVIS SUR HELL’S GROUND

Synopsis : Prétextant un voyage scolaire, cinq jeunes citadins traversent la campagne pakistanaise pour se rendre à un concert de rock. Lors d’une halte, un personnage loufoque les invite à se préparer pour la prière du soir sous peine de voir leur périple virer au cauchemar… Aux alentours, l’eau polluée semble transformer les pauvres paysans en zombies tandis qu’un mystérieux assassin en burqa sévit dans la forêt. 

Qu’est ce qui peut bien pousser un spectateur vers un slasher-zombie gore de série B pakistanais ? L’ennui si l’on vit en Bretagne et qu’il pleut depuis trois semaines ? L’envie de se faire du mal ? De tester une nouvelle forme de drogue hallucinogène ? Non, tout simplement cette curiosité cinéphile qui mène par le bout du nez le mordu de cinéma et le pousse continuellement à explorer de nouveaux terrains cinématographiques, méconnus voire inconnus. Cela peut-être un drame péruvien, un film engagé iranien, une comédie roumaine, un blockbuster ricain, une tragédie familiale française, un western japonais ou… un slasher-zombie gore de série B pakistanais. Peu importe, cette soif perpétuelle de « découvrir » est intarissable et c’est la toute la beauté de la chose, elle nous perd parfois sur des sentiers obscurs révélant au bout du chemin, du rire, de l’émotion, du charme, de la réflexion ou de l’incroyable. Avec Hell’s Ground, c’est encore un grand moment que cette curiosité boulimique va nous faire vivre.

Dans l’ombre de Lollywood (le surnom de l’industrie pakistanaise à ses belles heures), il y a Omar Ali Khan. Féru de cinéma d’horreur depuis sa plus tendre enfance, le trublion a signé avec Hell’s Ground un film transgressif devenu culte après s’être offert un tour du monde des festivals où il a été ovationné à chaudes mains. Non pas parce qu’il réinvente le genre ou qu’il saisit par ses impressionnantes qualités formelles, mais parce qu’il se dégage une sincérité tellement touchante de ce film confectionné avec trois fils de bambou, une vache qui rit et deux tournevis. Cette sincérité transforme tous les défauts de cette production à l’extrême frontière entre le Bis et le Z, en tours de passe-passe mignons et rigolos. Pourtant, aussi fauché qu’un Balkany en plein redressement fiscal, Hell’s Ground fait sans cesse « comme il peut ». A tel point que l’on patauge parfois souvent dans l’amateurisme, surtout aux yeux d’un spectateur biberonné aux productions confortables à l’américaine. Oui, Hell’s Ground est fait avec que dalle et oui, ça se voit affreusement. Mais c’est justement de cette extrême pauvreté qu’il tire des idées et une innocence qui en appelle à la bienveillance. Car il n’y a aucune malice, aucun cynisme mercantile, aucune idéologie de production calculée dans l’humble proposition d’Omar Ali Khan. On est juste face à un simple réalisateur qui aime l’horreur et qui a eu envie de secouer un peu le cinéma pakistanais en rendant hommage à ses héros. Ils s’appellent Tobe Hooper, Sam Raimi, George Romero, Paul Verhoeven, William Lustig, Lucio Fulci…

Hell’s Ground est un gigantesque fourre-tout où Kahn mélange toute sa contre-culture bisseuse. Traditionnellement, le slasher est un sous-genre. Le film de zombie est autre un sous-genre. Mais Omar Ali Khan n’en a rien à cirer. Après tout, qu’est-ce que ça peut bien faire qu’on mixe tout ça ? Rien, ça n’en sera que plus drôle ! Bilan, Hell’s Ground démarre comme un film de zombie très 80’s avec l’éternel coup des eaux pollués par l’homme qui vont causer une nouvelle forme de maladie transformant les infectés en pseudo morts-vivants avides de chair et de sang. Pendant ce temps-là, un groupe d’amis a loué un van pour se rendre à un concert à 5 heures de route de la capitale. Mais ils perdent le chemin de l’autoroute et se retrouvent sur une petite route traversant une forêt qui n’inspire pas vraiment confiance. C’est là qu’ils seront attaqués par un taré masqué derrière une burqa et brandissant une boule à pics métalliques. Bon, concrètement, on a basculé dans Massacre à la Tronçonneuse, sans aucun doute la plus grosse référence qui habite Hell’s Ground. Entre le coup du groupe d’amis, du van, de la région paumée, des squelettes d’animaux qui pendouillent partout, la scène avec un auto-stoppeur bizarre, une famille chelou, une course-poursuite nocturne en forêt avec un psychopathe qui massacre ses victimes dans son espèce d’atelier-boucherie, autant dire que les fans reconnaîtront très vite la trame, les motifs, clins d’œil et renvois au film de Tobe Hooper. Ils deviennent presque un jeu de piste balisant un film qui s’amuse comme un petit fou entre envolées gore, hurlements et petit commentaire de société. Car oui, au passage Hell’s Ground n’a pas oublié d’être idiot. Sur un ton un peu décalé, Omar Ali Khan évoque en toile de fond des questions de société, les problèmes écologiques et la sur-pollution des eaux au Pakistan, mais surtout sur la jeunesse moderne et la manière dont elle appréhende les valeurs traditionnelles et religieuses de la société pakistanaise.

La force de Hell’s Ground est qu’il tente d’élaborer une proposition forte du haut de son statut de premier film d’horreur du cinéma contemporain pakistanais mais qu’il la formule avec beaucoup de dérision et de second degré. S’il est à prendre au sérieux en tant que film de genre qui se tient, il est à prendre avec recul amusé sur la forme, lui-même s’autorisant plein de traits d’humour inspirés. En même temps, Omar Ali Khan est un mordu d’horreur, il connaît ses classiques et c’est en toute conscience qu’il sait flirter avec les frontières de la comédie en mélangeant des zombies, un psychopathe en burqa, un chaman sous acide, une mère tarée et on en passe.

Sortir une rareté comme Hell’s Ground en DVD dans l’hexagone est déjà un acte de courage en soi pour l’éditeur Badlands, qui se doute bien que sa pépite s’adressera avant tout à un public niche. Alors pour mettre toute les chances de son côté, Badlands a mis le paquet pour faire de son édition limitée, un achat qui vaut vraiment le coup. Outre le film proposé dans un nouveau master Haute Définition, la galette lui adjoint Dracula au Pakistan, vieux classique du cinéma pakistanais réalisé par Khwaja Sarfraz en 1967, que l’on avait pu découvrir il y a des années lors d’une rétrospective Dracula à la Cinémathèque Française. Pas forcément un grand film, on vous l’accorde, mais une kitscherie capable d’une extrême nullité drôlatique comme de magnifiques scènes expressionnistes. Et le DVD de devenir ainsi un double programme, comme au bon vieux temps des soirées bis. Côté suppléments, pas mal de choses. Déjà, une double présentation par les critiques/réalisateurs Bastian Meiresonne et Logan Boubady. Leurs introductions sommaires (quoique respectivement 13 et 10 minutes, c’est pas mal pour une « intro ») est complétée par un prolongement via le passionnant documentaire Aux Racines du Fantastique Pakistanais (37 min). Bilan, un DVD qui propose plus de 4h20 de cinéma. C’est quand pas mal !

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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