Nom : The Social Reckoning
Père : Aaron Sorkin
Date de naissance : 07 octobre 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h52 / Poids : NC
Genre : Thriller journalistique
Livret de Famille : Mikey Madison, Jeremy Allen White, Jeremy Strong…
Signes particuliers : L’efficacité selon Sorkin.
Synopsis : Le film s’inspire de l’histoire vraie de Frances Haugen, une jeune ingénieure chez Facebook, qui sollicite l’aide de Jeff Horwitz, journaliste au Wall Street Journal. Ensemble, ils se lancent dans une enquête pleine de dangers qui les mènera à révéler au grand jour les secrets les mieux gardés du puissant réseau social.

LA FACE CACHÉE DE FACEBOOK
NOTRE AVIS SUR THE SOCIAL RECKONING
2021, le Wall Street Journal publie une vaste enquête en 17 parties intitulée The Facebook Files, menée de longue haleine par le journaliste d’investigation Jeff Horwitz avec le concours d’une source interne à la compagnie de Mark Zuckerberg. Les révélations sont accablantes. Sous couvert de défendre la liberté d’expression, Facebook cherche surtout à entretenir et maximiser ses profits en refusant de contrôler son algorithme et de modérer les contenus postés, partagés et sur-partagés, quand bien ils seraient problématiques, quand bien même ils inciteraient à la haine, quand bien même ils propageraient de fausses informations. Au contraire, la société encourage même les pire déviances au nom du sacro-saint « engagement » des posts. Et au final, on en arrive à l’attaque du Capitole. Quel rapport entre le réseau social de Mark Zuckerberg et le révoltant piétinement en règle de la démocratie américaine initié par Donald Trump ? C’est ce que va démonter Aaron Sorkin en portant à l’écran l’histoire de cette enquête dont le résultat aura fait grand bruit, jusqu’à finir devant le puissant Congrès américain. Porté par l’excellente Mikey Maddison (Anora) et le très à la mode Jeremy Allen White (The Bear) quand Jeremy Strong (The Apprentice) prend la relève de Jessy Eisenberg pour incarner le PDG de Meta, The Social Reckoning marche sur les traces du célèbre The Social Network de David Fincher (écrit par Sorkin) sans en être une suite, tout au plus un prolongement mais au style bien différent.

Si le sujet le rapproche naturellement de The Social Network, le style du nouveau long-métrage d’Aaron Sorkin assume davantage une filiation avec les grands thrillers journalistiques tels que l’emblématique Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula ou le plus mineur Pentagon Papers de Steven Spielberg. Construit sur le principe d’une narration éclatée rappelant son script du Steve Jobs réalisé par Danny Boyle, Sorkin signe un film d’enquête saisi à vif sur la poêle de l’efficacité et assaisonné au cordeau. D’un bout à l’autre, le cinéaste fait parler tout son savoir-faire dans l’écriture de thriller tendus comme des cordes à linge. Si The Social Network suivait le fil d’une histoire humaine, The Social Reckoning est plus clinique, plantant des « personnages fonctions » pour mieux se concentrer exclusivement sur son investigation haletante et surtout captivante. Très vite, on est happé par cette exploration des mécanismes internes et occultes du F de l’acronyme GAFAM, mis au jour par une courageuse lanceuse d’alerte.
A travers ce récit palpitant suivant d’une part l’enquête et de l’autre la préparation de Zuckerberg coaché en vue de son audition devant le Congrès, Sorkin dresse un portrait terrible du fonctionnement des réseaux sociaux actuels. L’entreprise aurait pu sonner comme un geste de boomer conservateur critique de la modernité d’une époque qu’il ne comprend pas, mais Sorkin est bien plus malin que ça. The social Reckoning comprend au contraire très bien, il décrypte en profondeur des liens allant du capitalisme cynique à la puissance manipulatrice du web, son rôle dans l’information et la désinformation ou la faiblesse critique des internautes d’aujourd’hui trop souvent influençables voire incapables de raisonner par eux-mêmes. Grand film sur les mécanismes sournois du médium internet démontrant de manière imparable la responsabilité des réseaux sociaux tels que Facebook dans la dérive de nos sociétés actuelles, The Social Reckoning s’efforce de traduire le triste résultat de ce que The Social Network annonçait en son temps.
La démonstration est implacable sur le fond, dommage qu’elle ne le soit pas aussi sur la forme. Sorkin est meilleur scénariste que metteur en scène et ça se transcrit dans son incapacité à transcender son film comme Fincher a pu le faire il y a 16 ans. Sa mise en scène est propre mais sans génie, plus illustrative que vraiment inspirée. Cela donne un film un peu trop scolaire, manquant d’imagination pour briser la routine de ses dialogues techniques et complexes. En revanche, cela n’écorne pas le propos (passionnant) et le suspense (prenant). On en ressort éclairé sur des pratiques qui nous manipulent et révolté… sur l’instant. Car on peut s’interroger sur la réelle valeur de notre sentiment d’indignation ? Le pire dans l’histoire, c’est qu’on partage aujourd’hui sur Facebook la critique d’un film montrant toute l’horreur scandaleuse des coulisses… de Facebook. Et si au fond ce n’était pas cette ironie la véritable morale de l’histoire ? On nous démontre par A + B l’ignominie d’une chose… et on continue de l’utiliser quand même. Parce qu’au final, de nos jours, la vérité n’a plus assez de poids contre la puissance.
Par Nicolas Rieux
