CHRONIQUES DE TCHERNOBYL (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Chernobyl Diaries
Parents : Bradley Parker
Livret de famille : Devin Kelley (Amanda), Jonathan Sadowski (Paul), Olivia Dudley (Natalie), Nathan Phillips (Chris), Jesse McCartney (Michael), Dimitri Diatchenko (Uri), Ingrid Bolso Berdal (Zoe), Pavel Lychnikoff (Le docteur)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h26 – 1 million $

Signes particuliers (+) : 2-3 séquences efficaces et frissonnantes. Des décors reconstitués extraordinaires.

Signes particuliers (-) : Un incroyable gâchis n’exploitant pas son potentiel. Manque de hargne, cliché et anecdotique dans la masse.

 

TCHERNOBYL DIARRHÉE

Résumé : Un groupe de jeunes touristes en visite en Ukraine accepte une proposition de « tourisme de l’extrême ». Plutôt que de visiter tranquillement la capitale, ils se dirigent vers Pripyat, ville fantôme situé à seulement quelques kilomètres de la centrale de Tchernobyl et qui a vu ses habitants partir en catastrophe en 1986 pour ne jamais revenir, à la veille du tragique accident. Ils découvriront vite qu’ils ne sont pas seuls…

Après avoir sévi dans la réalisation en frappant un grand coup avec la semi-arnaque Paranormal Activity, son seul film en tant que metteur en scène à ce jour en attendant son futur Area 51, Oren Peli s’est depuis contenté de produire et de scénariser, entre les séquelles de son tour de force dont on ne sait toujours pas trop quoi penser, bouses fumistes ou petites  péloches malines, et divers projets comme sa série télé The River ou ce Chroniques de Tchernobyl qui a fait grand bruit sur le sol américain pour sa récupération sensationnaliste d’une tragédie marquante de la deuxième moitié du XXème siècle. Entre ses deux projets personnels, Peli se la joue J.J. Abrams en produisant à tour de bras (il est aussi impliqué à la prod sur l’excellent Insidious) des films  sur lesquels ils voudraient bien capitaliser en y associant son nom sans pour autant y perdre trop de temps mais tout y en gardant une maîtrise relative.

Chroniques de Tchernobyl est son petit dernier sur lequel le décrié cinéaste est une fois de plus scénariste et producteur. Sachant très certainement que le résultat de ce petit budget aura la gueule et l’inventivité d’un DTV réchauffé, Peli délaisse une fois de plus la réalisation et place un jeune protégé qui fera office de faiseur signant au passage son premier film histoire de se mettre le pied à l’étrier. Bradley Parker, réalisateur de seconde équipe sur le remake américain de Morse, Laisse Moi Entrer et spécialiste des effets visuels ayant officié sur xXx ou Fight Club, se retrouve donc à la tête de ce ridicule budget d’un tout petit million de dollars supervisé par un Peli omniprésent, ce qui se sent très vite tellement le film suinte l’ombre du style du papa de Paranormal Activity. Nouvelle arnaque ou toute petite série B astucieuse, la question se pose une fois de plus avec cette plongée horrifique qui se veut la plus réaliste possible, dissimulant ses minces moyens derrière une esbroufe de chaque instant, capitalisant essentiellement sur sa production-value à savoir la reconstitution partielle mais impressionnante, dans les studios de Budapest, de la ville ukrainienne de Pripyat située à 3 km de la centrale maudite et qui fut évacuer la vieille du drame en catastrophe laissant tout à l’abandon en l’état puisque les 50.000 habitants de la localité n’ont pu emmener leurs affaires dans ce départ précipité d’urgence. Un cadre fantomatique hallucinant de désolation, si bien reproduit que l’on pourrait presque croire que le tournage s’est réellement déroulé sur les lieux aujourd’hui interdits pour cause de taux de radioactivité élevé.

On aurait aimé pencher pour la seconde option d’autant que Chroniques de Tchernobyl n’a rien de désagréable en soi et se regarde comme un efficace petit divertissement tendu, resserré sur une courte durée ne laissant pas de place aux temps morts et à l’ennui et formaté pour fonctionner selon les codes du genre. Mais voilà, Peli via son esclave réalisateur fait du Peli et suce jusqu’à la moelle le vivier du « found footages » avec lequel il s’est fait du fric et un surtout nom. Non pas que le film se réclame ouvertement du concept des images retrouvées nous permettant de remonter le fil d’une histoire mystérieuse puisqu’il n’est absolument pas question du procédé dans Chroniques de Tchernobyl, mais le film de Parker/Peli en emprunte ouvertement l’esthétique réaliste de la caméra à l’épaule qui remue dans tous les sens à la Rec ou Blair Witch comme si l’on était dans un récit pris sur le vif en vue subjective sans l’être en réalité. On aurait presque aimé que le film assume complètement son statut de found footages movie à la limite mais, à l’image de tout le métrage, il se contentera de rester dans un entredeux imprécis, le grand défaut du film tout entier qui n’assumera jamais complètement ses choix aussi bien stylistiques que narratifs. Pas vraiment found footages mais presque dans la mise en scène, pas vraiment horrifique mais presque, essayant de poser ses personnages dans une longue exposition d’une demi-heure sans vraiment le faire, se cantonnant à de succinctes présentations inutiles, pas vraiment original mais essayant de l’être, ouvrant des pistes thématiques qu’il n’approfondit jamais entre survivants mutants ou expériences scientifiques désastreuses… Chroniques de Tchernobyl ne sait trop pas ou il va, tâtonne sans arrêt et ne va jamais au bout de chacun de ses choix.

Manquant cruellement de conviction, le résultat donne lieu à un film mineur, si concis et resserré qu’il ne laisse pas le temps de s’y ennuyer mais qui donne quand même l’impression d’un sacré gâchis au vu du potentiel que recelait son cadre d’action passionnant mêlant la catastrophe tragique célèbre, le concept à la mode du « tourisme de l’extrême » et l’intense cauchemar vécu par un groupe ayant mis les pieds là où il n’aurait pas dû. Les décors apportent une touche de désolation et d’austérité formidable et auraient pu être un moteur entraînant un bon moment de trouille terrifiante mais malheureusement, jamais le duo Parker/Peli n’exploitera correctement son concept dans un film qui se révèle au final trop commun, jouant sans inspiration une partition archi-rebattue faites d’effets de flippe qui ne fonctionne qu’une fois sur trois (tellement on a l’habitude maintenant) alimentant un récit cousu de fil blanc et très prévisible. Anecdotique, Chroniques de Tchernobyl n’apporte rien au moulin d’un genre essoufflé, essaie vainement de sortir du carcan du found footages tout en en reprenant une grande partie des codes et Peli donne l’impression de se contenter mollement de surfer sur ce qui a fait sa renommée. Quand s’arrêtera t-il ? La blague pourra faire l’affaire un samedi soir ennuyeux mais elle reste plombée par son script assez sommaire et idiot, par son accumulation de clichés et par son manque à la fois d’originalité et de courage racé.

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