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THE PROM de Ryan Murphy : la critique du film [Netflix]

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Spectateurs

Carte d’identité :

Nom : The Prom
Père : Ryan Murphy
Date de naissance : 2019
Majorité : 11 décembre 2020
Type : Disponible sur Netflix
Nationalité : USA
Taille : 2h12 / Poids : NC
Genre : Comédie musicale

Livret de Famille : Jo Ellen Pellmann, Meryl Streep, James Corden, Nicole Kidman, Kerry Washington, Keegan-Michael Key, Andrew Rannells, Ariana DeBose…

Signes particuliers : Torpillée par sa décharge massive de sucralose, The Prom est une comédie moisie-cale dont la bêtise flingue son propos inclusif.

 

 

PITIE… FAITES LES TAIRE !

NOTRE AVIS SUR THE PROM

Synopsis : Stars de la scène new-yorkaise, Dee Dee Allen et Barry Glickman traversent une véritable tempête : le dernier spectacle qu’ils ont monté à Broadway à grands frais est un échec retentissant qui a soudain réduit leur carrière à néant. Dans le même temps, au fin fond de l’Indiana, Emma Nolan, lycéenne, connaît un chagrin d’un tout autre ordre – malgré le soutien du proviseur, la responsable de l’association des parents d’élèves lui a interdit de venir au bal de fin d’année avec sa petite amie Alyssa. Lorsque Dee Dee et Barry comprennent qu’ils peuvent faire de l’épreuve d’Emma une cause à défendre – et ainsi redorer leur image de marque –, ils mettent le cap sur l’Indiana, en compagnie d’Angie et Trent, deux autres comédiens cyniques cherchant à faire redécoller leur carrière. Mais quand leur militantisme opportuniste se retourne contre eux de manière inattendue, la vie des quatre acteurs est chamboulée – et ils se mobilisent pour offrir à Emma une soirée où elle peut enfin assumer son identité au grand jour.


La fin d’année est rude sur Netflix avec au choix, la déroute science-fictionnelle de George Clooney (Minuit dans l’univers) plombé par son scénario écrit avec un stylo sans encre ou le feel good movie chantant de Ryan Murphy qui tutoie le suprême nectar de l’insupportable. The Prom est une comédie (très trop) musicale dans laquelle quelques stars de Broadway auto-centrées qui viennent de subir un gigantesque bide sur scène avec leur adaptation de la vie d’Eleanor Roosevelt, décident d’accomplir une bonne action pour se faire un peu de pub. La brochette d’égocentriques à égo surdimensionné prend la route, direction le fin fond de l’Indiana, où une jeune adolescente gay est victime d’une terrible injustice. Après avoir fait son coming-out, la maire de sa ville a décidé d’annuler le traditionnel bal de promo du collège local car, soutenue les parents d’élèves, elle refuse qu’une étudiante homosexuelle vienne à la fête avec sa petite-amie.

La genèse de The Prom remonte à 2010. Il y a dix ans, un fait divers similaire avait défrayé la chronique américaine avant d’inspirer une comédie musicale à Broadway en 2018. Deux ans et quelques récompenses après, ledit show musical devient un film sous la houlette d’un Ryan Murphy qui ne s’arrête plus depuis qu’il roule pour Netflix. Sauf que si l’on dit volontiers « oui » aux séries Feud, Hollywood, Ratched ou The PoliticianThe Prom est une crise d’urticaire filmique qui vient nous achever après les indigestions post-repas de Noël. Ryan Murphy nous crame les yeux et nous défonce le conduit auditif avec un vacarme coloré aussi agréable qu’une coloscopie sans anesthésie. Et son exploit est d’arriver à donner des envies de défenestration après seulement quelques minutes de film, dès une entame inspirant de relents de nausée devant la mocheté du bousin bruyamment accompagné d’un premier numéro chanté qui donne le ton : The Prom va être un enfer cinématographique à faire passer le piteux Cats pour du Stanley Kubrick.

Sur le fond, The Prom s’attaque à un sujet intéressant, dénonçant les démons d’une Amérique encore trop puritaine dans ses recoins profonds où l’on trouve plus de conservateurs agressifs que dans une boîte de ravioli Panzani. Le film rappelle que si l’homosexualité n’est pas forcément un sujet tabou dans des grandes villes « civilisées » style New-York ou Los Angeles, elle reste un vraie problème dans les contrées rurales où le traditionalisme ambiant mène aux pires dérives homophobes. En fait, derrière le délire musical grotesque de Murphy, se cache un drame amer, dur, émotionnellement déchirant et révoltant. L’ennui, c’est qu’il est bien masqué, la cible du débat ayant été déplacée et nichée dans un crachat positiviste qui veut faire du bien, et que Ryan Murphy illustre par une grande parade pailletée recouverte de glucose. Surcouches de crème, pâte à sucre, ganache montée, miel et bonbons Haribo se superposent dans ce festival de ridicule dégoulinant d’un esprit à la Glee croisé avec du Disney Channel, qui pense servir une cause là où il lui fait plus de mal qu’autre chose à force d’empiler les clichés criards dans une extravagance pop-fantasque vomitive qui s’étouffe dans ses bons sentiments (là où la réalité est bien plus tragique).

L’idée de départ est inspirée d’un fait réel, soit. Mais tout ce que rajoute Ryan Murphy (ou la manière dont il l’agence) est à hurler de terreur. The Prom repose sur un scénario auquel on ne croit jamais, avec des personnages auquel on ne croit pas plus. En cause, une écriture qui veut tellement faire dans le « power of love », qu’elle nous assène les pires rebondissements narratifs, du genre où l’on se prend la tête à deux mains avec l’envie de se la cogner très fort contre un mur pour être sûr que l’on ne vit pas un mauvais rêve éveillé. A cela s’ajoute des erreurs de casting manifestes, comme une Nicole Kidman pas très sûre de trop pourquoi elle est là avec son rôle intermittent qui, dans ses rares instants posés, peut se montrer touchante, là où elle se confond en grotesque dès que le chemin de croix musical reprend. Comme James Corden au passage, en mode gros bébé fofolle que l’on rêverait de tarter avec un poêlon en fonte dès qu’il parle ou chante. Parce qu’il est temps de préciser aussi que question « chansons », The Prom est un abreuvoir à chevaux. Même les dessins animés Disney ne matraque pas autant. Et à chaque départ lyrique, cette même envie de se crever les tympans pour faire cesser cette gaudriole hystérique aux allures de rencontre entre Sacrée Soirée (une pensée pour Jean-Pierre Foucault) et les numéros du Moulin Rouge.

Bien que ce soit son crédo assumé, l’outrance permanente de The Prom est aussi son plus gros caillou dans la chaussure. Outrance musicale, outrance narrative, outrance de jeu d’acteurs cabotins (y compris une Meryl Streep en roue libre), outrance émotionnelle avec des scènes chialades sur-fabriquées, outrance de couleurs (le chef op nous a fait une gastro artistique foudroyante), outrance de bons sentiments, outrance temporelle aussi (2h12 bordel !!). Bref, The Prom est le coup de grâce de cette fin d’année 2020 bien pourrie, un piètre tableau caricatural emmené par des baudruches qui cherchent à régler son compte à l’homophobie à coups de chansons flétries et de danses à la noix. Alors oui, ça se veut gentil et bienveillant. Mais c’est surtout un repoussoir contre-productif qui s’évertue à cocher toutes les cases du feel good movie pour ados LGBT++ au lieu de gratter un peu le superficiel de son spectacle en carton-pâte pour faire ressortir son discours sociétal bien planqué derrière son insipide plâtrée de connerie.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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