CARRIE de Mike Flanagan : la critique de la série [Prime Video]

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Nom : Carrie
Père : Mike Flanagan
Date de naissance : 07 octobre 2026
Type : disponible sur Prime Video
Nationalité : USA
Taille : 8 x 60 min. / Poids : NC
Genre : Epouvante, Fantastique

Livret de Famille : Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Siena Agudong, Matthew Lillard…

Signes particuliers : Une proposition nouvelle.

Synopsis : Carrie White est une fillette qui a passé sa vie recluse auprès d’une mère dominatrice. A la mort soudaine de son père, Carrie se retrouve confrontée à l’univers impitoyable du lycée public, à la pression incessante, à la cruauté de l’ère des réseaux sociaux, ainsi qu’à l’émergence de mystérieux pouvoirs télékinésiques.

 

CARRIE 2.0

NOTRE AVIS SUR LA SÉRIE CARRIE

Depuis que Stephen King a publié le roman en 1974, Carrie White a tout connu à l’écran. D’abord le meilleur grâce à Brian de Palma en 1976, puis le pire en 2013 avec le film de Kimberly Pierce. L’inutile Carrie 2 sorti à la fin des années 90 ou le piteux téléfilm de 2002 n’ont pas fait penché la balance du bon côté. Tenter de réinventer Carrie aujourd’hui, plus de cinquante ans après, voilà un pari qui avait de quoi donner des sueurs froides. Même si c’est sous la houlette de l’estimé Mike Flanagan, lequel vient de prouver sa capacité à faire des merveilles dans l’univers de Stephen King avec son adaptation de Life of Chuck.

Carrie White a toujours vécu recluse dans sa maison avec sa mère. Quand son père meurt soudainement dans un accident de chantier, Carrie est contrainte de découvrir le monde extérieur via le lycée public. Son innocence va rencontrer la cruauté du monde des adolescents. De mystérieux pouvoirs télékinésiques vont encore plus compliquer less choses…

On a va être franc d’emblée, on n’y croyait pas une seconde à cette mini-série Carrie en huit épisodes, disponible sur Prime Video. Rien que l’affiche officielle made in IA avait tout d’un repoussoir. Et l’entame de la série semblait nous donner raison. Passés les deux premiers épisodes, l’affaire de Flanagan n’était pas partie pour convaincre. La narration en flashback paraissait être une bien mauvaise idée, le récit paraissait lui très étiré et la crainte numéro une était de voir l’écriture se confondre en remplissage inutile. Sans parler de l’inquiétude de voir des personnages plus creux, plus lisses, calqués sur une imagerie teenage artificielle (impression renforcée par un casting tout en teen spirit 2026). Mais les meilleures séries ne sont-elles pas celles qui gagnent en épaisseur au fil des épisodes ? C’est en tout cas ce qui se produit dans cette nouvelle formulation du mythe de Carrie. Au gré des épisodes, Mike Flanagan exploite tout ce qu’il a posé préalablement et l’ensemble décolle au point de devenir aussi passionnant qu’addictif. Addictif car le cinéaste génère un suspens palpitant ponctué de twists plus ou moins efficaces selon la lecture de tout un chacun. Surtout, Flanagan cristallise une tension latente dont on se demande constamment à quel moment elle va exploser. Est-ce pour cet épisode ? Le prochain ? Celui d’après ? À mi-parcours (en gros, à compter des épisodes 4-5), on a le sentiment que tout peut basculer à chaque instant alors que les noeuds dramatiques se resserrent jusqu’au suffocant.

Passionnant ensuite car la grande intelligence de Flanagan est sans nul doute son travail de modernisation de l’univers de Carrie. Tout en gardant les caractéristiques originales (l’innocence de Carrie, la méchanceté adolescente, la bigoterie obscurantiste de la mère), le cinéaste développe un propos criant d’actualité en faisant du harcèlement scolaire, l’enjeu majeur de sa nouvelle histoire. Il n’est plus un élément servant l’évolution de l’histoire mais le sujet pilier d’un récit qui tente d’esquisser toute la complexité de la question en multipliant les points de vue (élèves, parents, professeurs, administration).

Alors tout n’est pas parfait, L’impertinence des années 70 a fondu comme neige au soleil (refaire la fameuse scène des douches en 2026 semble tristement impossible), certains choix de casting laissent dubitatif (Arthur Conti qui incarne un Billy Nolan au rabais à des millions d’années lumière du charisme John Travolta, pas mieux du côté d’Alison Thornton qui reprend le rôle de Chris jadis excellemment tenu par Nancy Allen). Néanmoins, cette mini-série est clairement ce qui a été fait de mieux depuis le chef-d’œuvre de De Palma. Pas bien compliqué direz-vous.

La grande question qui demeure est : y’avait-il un réel intérêt à réadapter Carrie sachant que le film de De Palma est un chef-d’œuvre inégalable ? Non si l’on s’en était tenu à l’idée d’un simple « remake » du film en mini-série. Il fallait donc bien que Flanagan ait une idée nouvelle à proposer pour justifier toute l’entreprise. Et l’idée, il l’a… sauf qu’il va la cacher pendant longtemps avant de la délivrer tardivement. Tout le débat d’opinion (et il sera houleux) sur Carrie 2026 va se concentrer sur la dernière partie de la série et sa fin, entre partisans de son idée audacieuse et détracteurs rejetant ce qui est entrepris. Flanagan abandonne ouvertement l’idée d’adapter fidèlement Carrie en plantant les graines de ce qui s’apparente au départ à une simple sous-intrigue futile naissant dans l’épisode 7. Des graines qui vont vite pousser pour finalement déployer le véritable objectif de l’affaire, imaginer une sorte de « Stephen King Universe » connectant les univers de Carrie et… de Scanners !

On pourra reprocher des tas de choses à la série mais pour le coup, pas celle de ne pas entreprendre quelque chose de nouveau. Eut-il été préférable de laisser Carrie tel quel et de s’en tenir ( à la limite) à une mini-série unique modernisant l’histoire ? Certains le penseront et ce sera entendable. Tout comme il sera entendable d’en voir défendre cette nouvelle approche tordant le matériau original pour dessiner une nouvelle proposition radicalement différente.

À l’arrivée, le Carrie de Mike Flanagan est double. D’abord, cette tragédie d’une jeune fille (excellente Summer H. Howell) qui n’a que son innocente gentillesse pour se défendre dans un monde de plus en plus brutal. Flanagan amplifie le discours du roman de Stephen King pour lui conférer une puissante modernité touchant au portrait de société terriblement pessimiste mais au cynisme si juste, si réel. Ensuite, autour d’un pic d’intensité qui se développe à compter de l’épisode 5, imaginer une autre approche de l’histoire de Carrie, prenant d’abord de grosses libertés avec le récit originel sans que l’on comprenne trop pourquoi, avant de dévoiler ses cartes dans un final qui sera sujet à débats.

 

 

Par Nicolas Rieux

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