THE THEATRE BIZARRE (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Theatre Bizarre
Père : Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini, Richard Stanley
Livret de famille : Theatre Guignol : Udo Kier (l’automate), Virginia Newcomb (Enola) / Mother of Toads : Shane Woodward (Martin), Victoria Maurette (Karina), Catriona MacColl (mère Antoinette), Lisa Bele (sorcière nue) / I Love You : André Hennicke (Axel), Suzan Anbeh (Mo) / Accident : Lena Kleine (mère), Mélodie Simard (fille) / Wet Dreams : Debbie Rochon (Carla), Tom Savini (Dr Maurey) / Vision Stairs : Kaniehtiio Horn (l’écrivain) / Sweets : Lindsay Goranson (Estelle), Guilford Adams (Greg)…
Date de naissance : 2011
Nationalité : États-Unis, France, Canada
Taille/Poids : 1h54 – 500.000 $

Signes particuliers (+) : Un film à sketches évitant l’effet montagne russe. Les segments sont tous très travaillés (malgré le budget), différents les uns des autres et ont tous quelque chose d’intéressant. Une réussite.

Signes particuliers (-) : Un peu long, ce qui se ressent dans le rythme et jamais totalement enivrant. Plusieurs sketches ne fonctionnent que sur la base des affinités personnelles.

 

LES GUIGNOLS DE L’HORREUR

Résumé : Sept histoires à tendance horrifique ou d’épouvante, dans un hommage au théâtre Guignol…

Parce qu’il y en a qui n’ont peur de rien et qui sont passionnés, parce que l’anthologie Masters of Horror a connu un succès notable (imitée ensuite avec les Fear Itself ou Peliculas para no Dormir), parce que le cinéma de genre a besoin de vivre et que certains projets méritent d’être défendus, The Theatre Bizarre a vu le jour sous l’impulsion de plusieurs sociétés de production entre le Canada, les États-Unis et la France via Metaluna Productions, la boîte co-montée par l’inénarrable Jean-Pierre Putters, l’une des figures du genre en France (et une figure tout court parce que bonhomme a une culture impressionnante et hétéroclite).

The Theatre Bizarre, c’est un budget minimaliste d’à peine 500.000 dollars, sept réalisateurs et une anthologie de sept sketches tour à tour fantastiques, horrifiques, dramatiques, barrés ou sérieux, sobres ou grandiloquents. C’est un projet en tout hétéroclite placé sous le signe de la beauté esthétique et de l’hommage au théâtre Guignol. Les signataires, au nombre de sept donc, comme les mercenaires, sont dans l’ordre Richard Stanley (un mec viré du tournage de L’île du Dr Moreau, remplacé à l’arrache par John Frankenheimer), Buddy Giovinazzo (un tas de séries allemandes et A Night of Nightmares), Douglas Buck (monteur sur Territoires d’O. Abbou et réal du remake de Sisters de De Palma), Tom Savini (qu’on ne présente même plus), Karim Hussain (un directeur photo chevronné, réal de quelques films et scénariste du Abandonnée de Nacho Cerdà), David Gregory (un réal de DTV à la filmo longue comme le bras) et enfin Jeremy Kasten (The Wizard of Gore) qui signe les saynètes intermédiaires aboutissant au dernier segment.

 Pour énumérer sommairement les segments, The Mother of Toads (Richard Stanley) évoque la rencontre entre un couple de vacanciers en France et une sorcière, I Love You (Buddy Giovinazzo) décrit une scène conjugale quand une femme annonce à son mari qu’elle le quitte, The Accident (Douglas Buck) raconte l’expérience d’une mère et sa petite fille témoin d’un accident de la route, Wet Dreams (Tom Savini) est l’histoire d’une femme blessée qui se venge de son mari infidèle, Vision Stains (Karim Hussain) narre les « exploits » d’une tueuse en série qui extrait les souvenirs de ses victimes avec une seringue, Sweets (David Gregory) est l’élément incongru ou comment un couple se détruit par la bouffe et enfin Theatre Guignol prend place dans une salle de cinéma qui se transforme en théâtre de marionnettes et de pantins sous l’impulsion d’un automate.

Par sa forme et le registre dans lequel il s’inscrit, The Theatre Bizarre était sûr et certain de se confronter au problème numéro un des films à sketches : l’inégalité des segments. Surtout quand ils sont au nombre de sept, nombre conséquent qui multiplie les risques. Et en effet, on ne peut pas dire que tous les chapitres soient d’égale qualité. Certains subjuguent là où d’autres passent à côté, ce qui a pour effet notoire de nuire à l’ensemble d’un projet qui peine à trouver un rythme de croisière, d’autant qu’il est étiré sur presque deux heures, long pour un film de genre même découpé en chapitres. Mais globalement, la qualité est là à chaque fois, ce qui fait de The Theatre Bizarre un objet atypique et unique car l’appréciation des segments semble être plus à mettre sur le compte des affinités que l’on aura avec eux que sur leur réelle valeur intrinsèque. Certains toucheront, d’autres laisseront de marbre mais les sept auteurs auront tous eu à cœur de faire bien les choses et de livrer une œuvre chorale de grande classe, diversifiée, très travaillée et qui a un petit quelque chose d’envoutant pas désagréable malgré une impression générale mitigée.

On retiendra par exemple le sympathique premier récit, The Mother of Toads, hommage rétro au cinéma d’horreur des années 70 (rappelant par exemple Ne Vous Retournez Pas de Nicholas Roeg ou Suspiria d’Argento) et à Lovecraft, le très élégant The Accident et son histoire plus posée et intimiste, peut-être la moins ancrée dans la thématique mais la plus magistrale et cinégénique visuellement. On rira bien (enfin, jaune) devant la folie de I Love You, même si le segment est très prévisible alors que l’on pourra succomber à la beauté baroque du dernier chapitre de clôture, Theatre Guignol (avec l’inusable Udo Kier) que n’aurait pas renié James Wan et qui lui aussi est d’inspiration très « argentesque ». Au rayon des interrogations, Sweets, Vision Stains ou Wet Dreams sont soit bien barrés, soit loufoques et laissent un peu circonspect par leur particularité détonante. Mais encore une fois, question de regard et de sensibilité car ces segments ne sont pas mauvais en soi, juste atypiques et fonctionneront sur certains autant qu’ils n’en laisseront d’autres sur le carreau. Tom Savini avec Wet Dreams propose un récit amoral complexe fait de rêve dans le rêve, un segment qui régale de cruauté et de sadisme alors que Sweets rebute par ses excès délirants sur la nourriture et le cannibalisme. Vision Stains est le segment le plus graphiquement gore et impose de n’avoir rien contre les attaques d’yeux au cinéma mais il se situe un peu en-dessous avec son sensationnalisme visuel que l’on troque volontiers contre l’élégance raffinée d’autres volets du film.

Sincère, appliquée mais aussi imparfaite et parfois bancale, The Theatre Bizarre est en tout cas un beau moment de cinéma fantastique et d’horreur, traversé de fulgurances nuancées par des baisses inévitables. La suite est déjà en chantier et le film connaîtra une sortie directement en DVD. Dommage mais en même temps, peut-être le meilleur pari commercial pour assurer la rentabilité d’un film qui aurait eu du mal à trouver son public en salles.

Bande-annonce :

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