CHAINED (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Chained
Père : Jennifer Lynch
Livret de famille : Vincent D’Onofrio (Bob), Eamon Farren (Tim ado/Rabbit), Evan Bird (Tim enfant/Rabbit), Julia Ormond (Sarah), Jake Weber (Brad), Conor Leslie (Angie)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h34 – Budget NC

Signes particuliers (+) : Dur, torturé, poisseux et dérangeant, un film subversif déboussolant traité avec beaucoup d’intelligence et porté par un duo d’acteurs impressionnant, Vincent d’Onofrio en tête, énorme en serial killer sadique.

Signes particuliers (-) : L’étrange choix d’un final virant à l’effet scénaristique.

 

JENNIFER LYNCH UNCHAINED

Résumé : Le petit Tim et sa mère sont enlevés par un maniaque à la sortie du cinéma. La mère de Tim est violée et assassinée par Bob, un serial killer trompant ses victimes derrière le volant de son taxi. L’enfant ,lui, devient pour de longues années la victime et le larbin d’un bourreau qui le séquestre en l’humiliant quotidiennement. Jusqu’à une proposition…

La p’tite fille à son papa fait son grand retour et gare à vous, elle est enragée comme jamais. Jennifer Lynch, dont le cinéma est aux antipodes de celui de son paternel, s’était déjà attirée un grand respect après son Surveillance en 2008 avec Julia Ormond et Bill Pullman. Depuis, deux échecs (Hisss et Girls! Girls! Girls!) et un épisode de la série Enquêteur malgré lui. Bref, rien de folichon en somme. 2012 marque donc un tournant puisque la demoiselle confirme son potentiel avec Chained, récit furieux et douloureux contant la coexistence et la relation entre un enfant enlevé et séquestré et son bourreau-tortionnaire. Devant ce sujet tabou très délicat à aborder, la cinéaste ne montre aucune peur, aucune fébrilité et Chained est une petite péloche sacrément rentre-dedans qui fait parler d’elle par où elle passe.

On pourrait croire à un énième torture porn craspec en voyant passer l’affiche de Chained, modeste production Anchor Bay emmenée par un monstrueux Vincent D’Onofrio en tête d’affiche qui a définitivement tourné la page New York – Section Criminelle. Pourtant, Jennifer Lynch évite de s’amarrer au registre horrifique, esquivant du coup l’écueil le plus risqué pour elle, celui de livrer un film moralement discutable au vu de son sujet, où le voyeurisme commercial de bas étage aurait plombé toute tentative de s’engouffrer dans une voie un tant soit peu intelligente (cf l’abject Megan is Missing). Après le chaotique tournage de son ambitieux Hisss, une coproduction américano-bollywoodienne dont le cauchemar est raconté dans le documentaire Despite the Gods (relations délicates avec un producteur compliqué, catastrophes naturelles, dépassement de budget, retard de plus de cinq mois sur les délais et réalisatrice dépassée), miss Jen Lynch semble s’être endurcie. L’ex jeune femme a pris du poil de la bête, s’est forgée une carapace en acier inoxydable et la voilà qui se remet doucement de son expérience malheureuse. Chained parle de chaînes de fer mais la cinéaste, elle, est déchainée et s’apprête à faire très très mal avec ce thriller psychologique dur basé sur une idée d’un nouveau venu, Damian O’Donnell.

Les enlèvements d’enfants, les personnes séquestrées pendant des années dans une cave, autant de faits divers que l’on lit de plus en plus fréquemment dans les journaux. C’est à partir de ces deux idées qu’est né Chained, film choc racontant le drame de Tim, un petit garçonnet enlevé avec sa mère par une belle après-midi ciné entre mère et fils. Un taxi passe, ils montent dedans en toute confiance et quelques heures plus tard, Sarah Flitter est tuée. Renommé Rabbit par celui qui va devenir sa nouvelle famille, le gamin entre alors dans le chapitre II de sa vie, un chapitre horrible fait d’humiliation et d’obligation de coexister chaque jour avec l’homme qui aura brisé sa vie, celui qui lui aura volé sa candeur, son innocence. Sans cesse, encore et encore, Bob ramène des jeunes femmes à la maison, les viole, les tue. Rabbit doit assister à ça, impuissant et va devoir grandir ainsi, enchainé dans une maison sordide, à la fois domestique et garçon de compagnie d’un fou solitaire vivant loin de tout.

Chained n’est pas une joyeuserie du dimanche, c’est le moins qu’on puisse dire. Dérangeant, poisseux, sadique, violent, cet uppercut signé Jennifer Lynch risque d’en mettre plus d’un mal à l’aise. Mais elle va réussir l’exploit de tourner son récit sous un angle à la fois terrible mais jamais bassement voyeuriste et opportuniste. Car Lynch aborde son sujet de façon fascinante en s’attachant non pas à la violence graphique et aux débordements gores mais à la relation « humaine » qui s’instaure dans ce face à face étouffant entre un homme terrifiant et un jeune enfant chétif et fragile obligé de s’endurcir pour soutenir son dramatique quotidien inlassable. Le cauchemar du petit Rabbit (un formidable Eamon Farren) se transforme en un récit de survie féroce dans ce huis clos glacial surplombé par la présence brute et bestiale d’un Vincent D’Onofrio impressionnant, habité par son rôle difficile pour un comédien.

Film subversif par excellence, Chained s’immisce dans ce quotidien glauque fait de nettoyage de scènes de crime ensanglantées, de vaisselle, d’un petit lit bricolé et d’attentions forcées envers un bourreau brutal. Un quotidien que doit vivre le petit Rabbit, entre affection par lassitude et rejet courageux naturel dans cette néo-relation père/fils tragique qui se met en branle dans une horreur viscérale que Lynch filme avec intelligence et cruauté nécessaire mais jamais exagérée, avec en point d’orgue, un questionnement autour du fameux syndrome de Stockholm et de l’héritage que laisse des années de violence domestique physique et psychologique. On aura peut-être à redire sur un final qui sonne un peu le « truc » scénaristique dispensable et qui aurait surtout gagné à être travailler très différemment pour conférer au film une dimension de presque chef d’œuvre puissant et définitif, destructeur sur sa forme comme son fond. Mais si l’on peut mettre de côté ces dernières minutes qui font négligé même si elles aident à renforcer certaines questions (voire le plan final magnifique), Chained est une petite claque mi-intimiste mi-démonstrative qui fait mal, qui laisse une trace rouge vif sur la joue.

Bande-annonce :

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