RADIOSTARS (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Radiostars
Parents : Romain Lévy
Livret de famille : Clovis Cornillac (Arnold), Manu Payet (Alex), Douglas Attal (Ben), Pascal Demolon (Cyril), Benjamin Lavernhe (Smiters), Côme Levin, Zita Hanrot, Sam Karmann, Ana Girardot…
Date de naissance : 2012
Nationalité : France
Taille/Poids : 1h40 – 5,5 millions €

Signes particuliers (+) : Drôle, notamment grâce à un bon Manu Payet. Un feel good movie sympa et qui fonctionne. Décalé, plein de bonne humeur et de tendresse.

Signes particuliers (-) : Manque d’ambition, comme la plupart de ses congénères. Rien ne hisse le film véritablement au-dessus de la masse.

 

VIDEO KILL THE RADIOSTARS

Résumé : Ben se voyait réussir dans le stand up aux States. Quelques désillusions plus tard, le voilà de retour à Paris, paumé entre son échec professionnel et sa rupture avec sa copine qui l’a largué par M&M’s interposés. Il se fait engager comme auteur pour le compte du Breakfast-club, l’émission matinale d’une radio à succès en perte d’audience…

Il y avait de quoi flipper en allant voir ce Radiostars, premier film d’un jeune metteur en scène, Romain Lévy, qui a officié en tant que « scénariste » sur des conneries avec Michael Youn comme Les 11 Commandements, Le Coursier ou avec Elie Semoun sur Cyprien. Deuxième handicap, c’est une comédie et on connaît la propension du cinéma français à enchaîner bouse sur bouse dans le domaine, comme une vaste et belle tradition ancestrale. Et pour parachever l’affaire, des têtes d’affiche qui ne donnaient pas forcément envie de se déplacer un dimanche déjà pris par l’ambiance électorale, entre un Clovis Cornillac et sa fâcheuse tendance à surjouer (et mal) ou un Manu Payet qui se révèle progressivement un comédien plutôt intéressant mais que l’on retrouverait dans un peu tout et n’importe quoi par envie de prouver et de décoller dans sa nouvelle vocation. Bref, c’était pas gagné pour Radiostars.

C’est sur un milieu peu représenté au cinéma car diamétralement opposé dans le principe au septième art, que le jeune réalisateur tente sa chance pour la première fois : la radio. Médium fonctionnant à la voix, à l’écoute, à l’imagination sans images (même si de plus en plus d’émissions radiophoniques se prêtent au jeu de la retransmission en live sur internet ou à la télé) la radio est l’envers du cinéma qui, lui, est avant tout affaire d’images, de représentation visuelle. Le pari était osé mais Romain Lévy, à l’instar de son coscénariste Mathieu Ouillon et de son interprète Manu Payet, tire parti de son expérience en la matière et de sa connaissance du milieu, pour tenter de proposer une juste et fidèle transposition à l’écran d’un métier compliqué et que l’on ne devine pas si aisément, celui d’animateur sur la bande FM. Restait maintenant à construire quelque chose, une histoire, un ensemble cohérent avec de vrais personnages qui existeraient au-delà de leur fonction, afin d’éviter que Radiostars ne ressemble qu’à un assemblage maladroit d’anecdotes vécues ou pas, déformées ou réelles (on pense à la fameuse histoire du retard à la radio vécue par Payet). En somme, à faire en sorte que Radiostars soit un vrai film en soi. Et petite surprise, il y parvient ou plutôt, toute la fine équipe y parvient, ensemble.

Radiostars se révèle bien meilleur qu’attendu. Modeste, jamais prétentieux, sur un ton léger jouant d’un arc narratif construit sur un entremêlement entre humour tantôt fin et inspiré tantôt graveleux voire gentiment potache, et sur des moments de grande tendresse autour de personnages attachants, ce premier film, bien qu’imparfait, surprend par son aisance délicieuse déjouant tous les pièges d’un cinéma traditionnel poussif recherchant à outrance à ressembler à du théâtre et à de la comédie de boulevard ou de vaudeville indigeste. Avec grâce, Romain Lévy plante un décor et des coulisses peu connues du grand public, un milieu mystérieux, souvent caché derrière un transistor, un téléphone, un ordinateur et qui pourtant, comme le souligne le personnage de Clovis Cornillac, a une importance sacrée : pour beaucoup, il s’agit de la première voix qu’ils entendent le matin en se levant, bien avant toutes les autres. Pour y parvenir, le néo-cinéaste dresse une galerie de personnages hétéroclites et qui pourtant, parviennent à former un tout cohérent, complice et uniforme. Outre Ben, le petit nouveau en pleine crise existentielle, paumé dans son parcours professionnel qui se révèle un échec comme dans sa vie personnelle avec une rupture difficile à encaisser, c’est toute une petite bande qui s’anime sous nos yeux. Il y a Arnold, le conducteur de l’émission, vieux de la vieille, quinze ans de métier, angoissé notoire et immature de première, pour qui son émission est toute sa vie. Autour de lui, Cyril est le plus âgé de la bande, vieux beau classieux et fidèle acolyte. Puis Alex, le jeune fougueux rigolo du groupe, la relève probablement un jour, toujours dans le show. Côté coulisse, Smiters, surnom emprunté aux Simpsons sans qu’il le sache, l’homme qui gère la technique et enfin, Jérémie, bègue notoire qui fait office de régisseur.

Couronné de prix au Festival de l’humour de l’Alpe D’Huez 2012, Radiostars réussit son pari de s’extraire de la masse des comédies réchauffées et pas drôles qu’on nous sert à table alors qu’on a plus faim. Plein de sensibilité et d’intelligence, ce road movie en forme de voyage initiatique, au caractère bien trempé nourri à la fois d’énergie positive et de douce mélancolie mais dont ressort toujours une furieuse ode à l’amitié, à la « vérité vraie », redonne ses lettres de noblesses à la comédie française avec un savoureux sens de la repartie reposant sur des textes délectables et un casting en pleine qui s’éclate ensemble, ce qui se sent et transpire des quatre coins de l’écran. Bien écrit, rondement mené, Radiostars fleure bon le populaire sans être débile et insipide. Un bon petit feel good movie comme savent le faire nos amis américains outre-Atlantique. On trouvera des erreurs de premier film ou plutôt des choses à améliorer  mais le cocktail passe quand bien dans la gorge et fait du bien, comme une dose d’enthousiasme sur pellicule. Bien sympa ce voyage sur de bonnes ondes.

Bande-annonce :

Et pour le plaisir :

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