LES BÊTES DU SUD SAUVAGE (critique)

Partagez cet article

Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Beasts of the Southern Wild
Père : Benh Zeitlin
Livret de famille : Quvenzhané Wallis (Hushpuppy), Dwight Henry (Wink), Levy Easterly (Jean Battiste), Lowell Landes (Walrus), Pamela Harper (Little Jo), Gina Montanna, Amber Henry…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h32 – 1,8 million $

Signes particuliers (+) : Une merveille de différence, de poésie et d’intelligence, bouleversante et attendrissante histoire pleine de sens. Et quelle jeune actrice impressionnante !

Signes particuliers (-) : x

 

PETITE DOUCEUR DE FIN D’ANNÉE

Résumé : La petite Hushpuppy vit dans le bayou avec son père. Quand leur milieu est frappée par la nature, sa vie sa changer. Une inondation, la venue des Aurochs, son père malade…

Présenté et acclamé au dernier Festival de Cannes 2012, Les Bêtes du Sud Sauvage est une petite merveille signée du néo-cinéaste new-yorkais Benh Zeitlin, qui réalise là son tout premier long-métrage sous la bannière souvent intéressante de Fox Searchlight, la branche plus ancrée « cinéma d’auteur » du méga-studio commercial hollywoodien 20th Century Fox. Singulière, cette petite fantaisie atypique aura su conquérir le cœur de la plupart des spectateurs qui avaient assisté à sa présentation, le film ayant quitté la Croisette en raflant plusieurs prix, de la Caméra d’or au prix du Jury œcuménique en passant par le prix Regard Jeune. Et il en aura fait de même lors de ses passages dans les prestigieux festivals de Sundance (Grand Prix du Jury), Deauville (prix du Jury, prix de la fondation Cartier) mais aussi à Stockholm, Londres ou New-York. Un engouement incroyable mais mérité pour un film attendrissant, attirant les contraires pour mieux les marier ensemble, à la fois fou et doux, joyeux et mélancolique, léger et profond, enivrant et quelque part révoltant.

Les Bêtes du Sud Sauvage, c’est une histoire de lutte, de quête, de voyage. C’est aussi un joli conte dramatico-initiatique suivant la jeune Hushpuppy, six ans, fillette vivant avec son père dans un bayou imaginaire menacé, auquel la Louisiane chère au metteur en scène qui en est tombé éperdument amoureux lors d’un voyage, a servi de prête-décor. Un cadre de vie menacé par une mère-nature qui se dérègle soudainement. Une tempête annoncée comme la fin du monde, la santé de son père qui décline, pas aidée par les conditions de vie de leur dur milieu mais qu’ils adorent pourtant, des monstres -les Aurochs- une espèce préhistorique au plus haut de la chaîne alimentaire, qui pourraient faire son retour… Hushpuppy est inquiète. Sa mère, partie à sa naissance, lui manque. Et le metteur en scène de se mettre au niveau du regard de ce petit bout-de-chou, une Hushpuppy à la fois apeurée et pleine de force, partagée entre la robustesse qu’essaie de lui transmettre son père dur et l’angoisse qui monte devant des évènements qu’elle perçoit avec sa vision d’enfant mêlant fantasme et réalité. En résulte un film qui prend des allures de conte fantastique où la réalité est souvent déformée dans de délicieuses interprétations du tangible, par un film décalé qui nous happe comme une balade dans un monde étrange, tantôt réjouissant pour ses instants de bonheur simples, pour sa différence et ses notions d’amitié, d’entraide, de partage et de communion intergénérationnelle et tantôt douloureux en ce qu’il évoque une réalité tragique sur la pauvreté et la misère accablant des familles, des pères, des mères, des anciens, des enfants, survivant avec un optimisme quasi-indéfectible nous renvoyant dos-à-dos avec notre propre confort et notre sens déplacé de la plainte.

Magnifié par ses acteurs non-professionnels (la jeune Quvenzhané Wallis impressionne, de même que Dwight Henry, son père, simple boulanger en réalité), Les Bêtes du Sud Sauvage est un délice dont la particularité et la folie farfelue pourront rebuter les moins habitués à vivre plus qu’un film, une expérience cinéphilique marquée du sceau de l’altérité. Cette expérience-là est empreinte de poésie, de joie, d’horreur,  de tendresse et de larmes. Délicat, le film de Benh Zeitlin nous entraîne sur des chemins mêlant féérique et cauchemar où l’âpreté côtoie la magie, ce que les images subliment à adjoindre la beauté des rires des enfants aux sons des crépitements des feux d’artifices et la crasse, la boue, la mort et la désolation. Par le regard d’un enfant essayant de comprendre, d’interpréter des bribes de ce monde des adultes qu’elle appréhende à sa manière, Les Bêtes du Sud Sauvage nous propose une fable multi-métaphorique, sensorielle et épidermique, frissonnante et ténébreuse, nous mettant face à un paradis sauvage en perdition, tour à tour somptueux de naturalisme brute et en sursis devant la propension humaine au saccage. Adapté d’une pièce de théâtre de Lucy Alibar (Juicy et Delicious) qui est d’ailleurs ici au scénario de cette transposition imagée, le film de Benh Zeitlin cultive sa différence et multiplie les idées incroyables (une femme si belle qu’elle allume le fourneaux et fait bouillir les casseroles rien qu’en entrant dans une pièce) sans donner toutes les clés mais faisant appel à l’imaginaire de tout un chacun. De la grâce et de la rudesse, naît un film au dépaysement sublime, peuplé de personnages hors du temps et de l’espace classique, plongés dans un mélange de candeur onirique et de dur réalisme brute. Époustouflant d’intelligence, de sens et de volupté.

Bande-annonce :

AVEZ-VOUS VU ? :

2 commentaires à propos de “LES BÊTES DU SUD SAUVAGE (critique)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.