ROYAL AFFAIR (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : En Kongelig Affære
Père : Nikolaj Arcel
Livret de famille : Mads Mikkelsen (Dr. Struensee), Alicia Vikander (Caroline Mathilde), Mikkel Boe Folsgaard (Christian VII), David Dencik (Guldberg), Trine Dyrholm (Juliane Marie), William Jøhnk Nielsen (Frederik VI), Cyron Bjørn Melville (Brandt)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : Danemark
Taille/Poids : 2h16 – 6,1 millions €

Signes particuliers (+) : Une grande fresque lyrique et épique dans la lignée spirituelle de classiques comme Barry Lyndon. Magnifiquement interprété, magnifiquement mis en scène. Fiévreux et passionnant.

Signes particuliers (-) : x

 

LA ROYAL AFFAIR DE NIKOLAJ ARCEL

Résumé : Danemark, 1770. Un simple médecin, Struensee, entre à la cour comme médecin personnel du jeune Roi instable mentalement Christian VII. Il se lie d’amitié puis d’amour avec la Reine Caroline Mathilde avec qui il aura une passion brûlante, tout en usant dans le même temps de son pouvoir d’influence auprès du jeune souverain pour transformer le pays en profondeur, par des réformes progressistes inspirées des Lumières…

Avec l’appui de Zentropa, la société de production danoise fondée par Lars Von Trier, le scénariste/réalisateur Nikolaj Arcel monte un ambitieux projet, un rêve de gosse même pour ce cinéaste passionné de toujours par les grandes fresques épico-romantiques à la Autant en Emporte le Vent. Il décide alors de se réapproprier un fait historique aussi fondateur que célèbre de l’histoire de son pays, l’épisode Johann Friedrich Struensee, médecin du mentalement dérangé roi Christian VII et adepte de la philosophie alors montante en Europe des Lumières, qui a su profiter de son influence auprès du roi pour se faire nommer ministre et lancer de grandes réformes humanistes et sociales (comme l’abolition du servage, de la torture, de plusieurs privilèges de la noblesse etc…) avant de soulever les foudres de cette même noblesse. Johann Friedrich Struensee, c’est une grande et majeure histoire politique mais c’est aussi, et c’est là que le mélange des ingrédients commence à prendre toute sa teneur et sa saveur, une histoire d’amour forte puisque l’homme s’est ainsi attiré, dans un premier temps, la bienveillance de la reine Caroline Mathilde, épouse anglaise instruite mais délaissée par son mari, avant de devenir son amant pour une histoire puissante mêlant idéaux et passion. Et ce n’est pas un secret ni une révélation mais ce genre de légende ne pouvait que finir en drame…

Amour, combat idéologique et drame, Nikolaj Arcel réunit donc tout ce qu’il faut pour ressusciter une tradition aujourd’hui dépassée voire enterrée, celle des grands mélodrames historiques épiques et puissants en forme de fresque tragique où la passion amoureuse n’a d’égale que la force du combat mené. Dans la droite lignée des grandes œuvres du genre, Royal Affair, superbe et lyrique tragédie en costume, rappelle les glorieuses heures des Docteur Jivago, des Sissi avec Romy Schneider mais aussi des Autant en Emporte le Vent ou des Barry Lyndon.

Nikolaj Arcel n’est pas complètement un inconnu. Scénariste de la saga Millénium, la transposition cinématographique nordique à succès des romans de Stieg Larsson, il en est à son cinquième long-métrage et c’est certainement le plus ambitieux auquel il se soit attelé à ce jour. Après un travail minutieux pour essayer de coller à des faits connus de tous au Danemark tout en en romançant quelques points, après un casting étudié et finalement aussi royal que le titre du film (l’actuellement génial et omniprésent Mads Mikkelsen investit le costume de Struensee et est entouré de comédiens au mieux exceptionnels sinon au moins brillants, à commencer par Mikkel Boe Folsgaard, impressionnant en Roi Christian VII et la superbe et désirable Alicia Vikander en Reine Caroline) le metteur en scène peut s’attaquer à son œuvre qui s’avèrera sublime.

Royal Affair mérite toutes les louanges qui lui ont été accordé notamment à Berlin où le film a remporté plusieurs prix à la Berlinale. Reconstitution impressionnante, comédiens magiques, scénario magnifique et une réalisation qui, tout en restant très classique, parvient à donner un souffle épico-romantico-tragique ravageur à un film qui gagne en ampleur dramatique au fil de ses minutes et de la mise en action de la puissance de son histoire passionnante. Inspiré par les David Lean, par les Anthony Minghella et consorts, Nikolaj Arcel insuffle à son film tout ce dont il avait besoin pour devenir un classique en son genre. La délicatesse et l’élégance d’une société faste marchent aux côtés d’un esprit révolutionnaire soutenu par une histoire d’amour ardente. Intrigues de couloirs, rendez-vous romantiques secrets, combats des idées entre un Danemark progressiste et un Danemark monarchique, Royal Affair est une véritable fresque séduisante et éclatante alliant spectacle et écho contemporain sur les dangers du relâchement dans le besoin de perpétuelle évolution et remise en question de nos sociétés qui doivent aller de l’avant et non régresser sous l’impulsion de quelques-uns s’accrochant à des idéaux d’antan.

Construit comme une grande tragédie inévitable alimentée à l’amour et au combat acharné, quel qu’en soit l’issue et le coût, Royal Affair fait revivre un cinéma que l’on croyait malheureusement éteint. Le charme de ce grand mélodrame historique est décuplé par la force de base de son histoire mais aussi par celle que dégagent ses épatants comédiens, par sa fluidité, son intensité, son sens du souffle romanesque discret. Un grand moment de cinéma à l’ancienne venu du nordique Danemark, décidément toujours surprenant que ce soit dans l’inventivité moderne rageuse ou dans le grand classicisme.

Bande-annonce :

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