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POUR SAMA de Waad al-Kateab et Edward Watts : la critique du film

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : For Sama
Parents : Waad El-Kateab, Edward Watts
Date de naissance : 2019
Majorité : 09 octobre 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : Angleterre
Taille : 1h35 / Poids : NC
Genre : Documentaire

Livret de famille : Waad al-Kateab, Sama…

Signes particuliers : L’un des grands films de l’année 2019.

UN DOCUMENTAIRE IMPORTANT

NOTRE AVIS SUR POUR SAMA

Synopsis : Waad al-Kateab est une jeune femme syrienne qui vit à Alep lorsque la guerre éclate en 2011. Sous les bombardements, la vie continue. Elle filme au quotidien les pertes, les espoirs et la solidarité du peuple d’Alep. Waad et son mari médecin sont déchirés entre partir et protéger leur fille Sama ou résister pour la liberté de leur pays.

A Cannes ou à Dinard, Pour Sama a fait l’effet d’un choc. La découverte frontale d’un immense documentaire qui prend les oripeaux de l’autofiction façon found footage pour dresser le portrait de survivants qui ont affronté l’horreur. Pendant plusieurs années, Waad al-Kateab a filmé son quotidien à Alep, sous les bombardements meurtriers alors que la guerre civile faisait rage. La jeune femme a emmagasiné des centaines d’heures d’images, elle a filmé le bruit des bombes, la peur, l’hôpital de fortune où son mari soignait les blessés, les victimes, les amis partis, la naissance de sa fille, le courage de rester, l’espoir, l’entraide… Aujourd’hui, avec l’aide du documentariste Edward Watts, elle a tiré de tout cela Pour Sama, un documentaire aux allures de journal filmé où elle s’adresse à sa fille, lui racontant ce qu’ils ont vécu. Un témoignage poignant pour la mémoire, pour ne pas oublier, pour qu’elle puisse savoir et voir un jour d’où elle vient, où elle est née, dans quelles conditions et pourquoi. Au-delà du film-témoin personnel, Pour Sama est un puissant manifeste anti-régime et un appel à la communauté internationale qui a longtemps laissé faire, voire à participer au désastre.

Dire que Pour Sama remue le spectateur en profondeur serait un doux euphémisme. En toute franchise, on ne ressort pas indemne de sa découverte. Plus qu’un documentaire, le film est un manifeste terrassant qui nous plonge totalement dans ces années d’horreur, entre 2011 et 2016, où Alep a été assiégée par les troupes de Bachar Al-Assad désireux de réprimer fermement la rébellion contre son régime, avec l’aide de l’aviation russe. Les espoirs de liberté d’antan nés des manifestations révolutionnaires ont vite fait place aux larmes, au sang, aux corps mutilés d’hommes, de femmes, d’enfants, de mères, de pères. Au milieu des bombes, des tirs, des immeubles qui s’effondrent et des cadavres qui jonchent les sols, des moments lumineux parfois, comme un mariage célébré tant bien que mal, comme la naissance de la petite Sama. Un joli bout de chou au sourire magnifique qui en appelait à la vie. Car oui, la vie continuait dans les décombres. Mais rapidement, les sourires retombaient, la violence reprenait son cours. Des enfants pleurant leur mère, des mères pleurant leurs enfants, des hôpitaux bombardés, la peur constante de voir ses proches emportés…

Plus que le récit d’une guerre vue de l’intérieur (à l’instar du récent Still Recording), For Sama est un poignant regard humain sur des héros qui ont voulu croire mais qui ont été vaincus, balayés sans pitié par un régime qui n’a fait aucun cadeau, qui a massacré éhontément pendant que la communauté internationale regardait, sans rien faire. A l’heure où les réfugiés syriens ont débarqué par millions en Europe et dans les pays voisins de la Syrie, Pour Sama montre ce qu’ils ont fui. Le film ne fait pas dans la géopolitique explicative, seulement dans l’immersion intimiste dans un quotidien désarçonnant, au plus près des victimes, au plus près de leur incompréhension face à tant d’acharnement. Entre deux sourires au détour de quelques brefs moments de joie, beaucoup de larmes entourent le visionnage de Pour Sama, l’un des films les plus forts et déchirants de l’année. Surtout, un film extrêmement important.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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