L’ÉCHAPPÉE BELLE de Paolo Virzi : la critique du film
sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : The Leisure Seeker
Père : Paolo Virzi
Date de naissance : 2017
Majorité : 03 janvier 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : Italie, France
Taille : 1h52 / Poids : NC
Genre
: Comédie dramatique

Livret de famille : Helen Mirren, Donald Sutherland, Christian McKay…

Signes particuliers : L’histoire d’un ultime baroud d’honneur drôle et émouvant.

SUR LES ROUTES AVEC DONALD ET HELEN…

LA CRITIQUE DE L’ÉCHAPPÉE BELLE

Résumé : Les années ont passé, mais l’amour qui unit Ella et John Spencer est resté intact. Un matin, déterminés à échapper à l’hospitalisation qui les guette, ils prennent la route à bord de leur vieux camping-car et mettent le cap sur Key West. Ils découvrent alors une Amérique qu’ils ne reconnaissent plus… et se remémorent des souvenirs communs, mêlés de passion et d’émotions. 

On a appris à se méfier de ce genre de mélo indépendant vendu sur la force d’une distribution prestigieuse réunissant deux seniors légendaires du cinéma. Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on. Et récemment, on a encore en mémoire le piètre Ruth et Alex, qui capitalisait sur le séduisant duo Diane Keaton & Morgan Freeman. Pas mieux du côté du Ainsi va la Vie de Rob Reiner, où la même Diane Keaton rencontrait le revenant Michael Douglas. Avec L’Échappée Belle, l’italien Paolo Virzi (Folles de Joie avec Valeria Bruni-Tedeschi) embarque deux représentants de la classe « so british » dans un road movie mouvementé, entre la comédie rocambolesque et le drame bouleversant. D’un côté, l’immense Helen Mirren, de l’autre, le dandy Donald Sutherland. Ensemble, ils vont donner vie à un joli petit moment de cinéma, croqué avec drôlerie, passion et beauté romanesque.


Avec L’échappée Belle, Paolo Virzi concocte une savoureuse comédie dramatique basée sur un sujet grave, mais duquel émerge luminosité solaire et énergie crépusculaire d’un ultime baroud d’honneur pour deux grands amoureux d’une vie, décidés à s’offrir des adieux magnifiques. Et derrière son pétillant road movie à la fois drôle et émouvant, le cinéaste de dire beaucoup de choses, dessinant en pointillé, le portrait d’une Amérique qui a changé sous le regard de ces deux anciens, premiers spectateurs de sa déliquescence qui résonne avec la leur. L’association est magnifique, certes peu fine mais magnifique. Les années ont passé, Ella et John sont sur la fin, mais leur amour est intact. Leurs corps sont en train de décliner, tout comme cette patrie dans laquelle ils ont évolué toute leur vie. À ce propos, en ancrant son histoire d’escapade sur fond de cancer et d’Alzheimer dans la période électorale d’une Amérique pré-Trump, c’est comme si Virzi faisait une connexion, comme s’il disait que l’Amérique avait elle aussi perdu la mémoire, défendant avec une fierté grotesque, un « Make America Great Again » en ayant ironiquement oublié les valeurs de cette même grande Amérique d’antan que l’on voudrait ramener à la vie. Mais on ne ressuscite pas une bête agonisante. Du capitalisme envahissant au « tout fout le camp » en passant par la non-communication entre les gens, le mépris de la culture, la triste condition des anciens ou la médiocrité du monde actuel, Virzi jette un large regard sur nos sociétés modernes, qui s’offre à nous en filigrane derrière les péripéties de ces deux vieux tourtereaux en balade, partis embrasser une dernière fois, une jeunesse perdue. 


Si L’Échappée Belle est souvent un peu trop écrit et si le film affiche quelques longueurs et répétitions, il n’en est pas moins une bouleversante épopée portée par deux comédiens en état de grâce. Helen Mirren, tout comme Donald Sutherland, brillent de mille feux dans ce petit trésor de tendresse et d’humanité, parfois un peu facile mais souvent désarmant de sincérité et de justesse. L’échappée est belle, joyeuse et douloureuse, grisante et triste, mais au-delà du fléau de la maladie qui agite ses tentacules autour de cette poignante virée crépusculaire en bordant le chemin de ce camping-car souffreteux qui bourlingue à travers les États-Unis, c’est bel et bien le lumineux et la beauté resplendissante d’un amour grandiose qui éclabousse l’écran, le tragique se voyant balayé par l’intense beauté d’une fable vibrante et ô combien attachante sur la vie, ses joies et ses peines, son chemin fougueux et sa fin inéluctable. L’Échappée Belle n’est pas un grand film, loin de là, mais au-delà de son artificialité narrative et de son écriture très prévisible, il parvient à trouver le chemin du cœur. 

EXTRAIT :

Par Nicolas Rieux

 

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