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CHANSON DOUCE de Lucie Borleteau : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Chanson Douce
Mère : Lucie Borleteau
Date de naissance : 2019
Majorité : 27 novembre 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Karin Viard, Leïla Bekhti, Antoine Reinartz…

Signes particuliers : Entre le thriller et le drame, un film à la tension asphyxiante.

UNE NOUNOU D’ENFER

NOTRE AVIS SUR CHANSON DOUCE

Synopsis : Paul et Myriam ont deux enfants en bas âge. Ils engagent Louise, une nounou expérimentée, pour que Myriam puisse reprendre le travail. Louise se montre dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille. Mais très vite les réactions de Louise deviennent inquiétantes. 

Une charmante famille qui embauche une nounou bien sous tous rapports, laquelle va se révéler progressivement inquiétante derrière son apparente perfection. Au moment d’appréhender Chanson Douce, on avait une petite pensée pour le célèbre La Main sur le Berceau de Curtis Hanson avec Rebecca de Mornay (1991). En réalité, rien à voir puisque le film de Lucie Borleteau est l’adaptation du roman éponyme de Leïla Slimani, lui-même basé sur un tragique fait divers survenu à New-York en 2012. Sur un scénario coécrit par l’acteur Jérémie Elkaïm, Chanson Douce est porté par Karin Viard, Leïla Bekhti (qui décidément ne s’arrête plus de tourner) et Antoine Reinartz. L’histoire de Paul et Myriam, couple avec deux enfants en bas âge, qui engage Louise, une nounou expérimentée qui va vite se rendre indispensable. Mais alors qu’elle prend de plus en plus de place dans la famille, les réactions de Louise deviennent inquiétantes.

Si sur le papier Chanson Douce peut donc vaguement rappeler La Main sur le Berceau, les deux films ne font que partager une idée de départ plus ou moins similaire. Car l’adaptation de Lucie Borleteau va vite se démarquer de son très lointain cousin américain, dans l’approche comme dans le ton. Là où le film de Curtis Hanson empruntait les oripeaux du pur thriller angoissant, celui de Borleteau va lui préférer le terrain du drame, certes lui aussi soumis à une tension sourde sans cesse travaillée en toile de fond, mais qui s’avère moins « spectaculaire » et davantage dans l’émotion et l’empathie envers des personnages fragiles ou fragilisés par les événements. Si l’on devait citer une référence, disons que Chanson Douce en appellerait davantage au chabrolien La Cérémonie avec Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert. En cela que le film navigue entre les eaux de plusieurs genres, la tragédie psychologique, le drame social et le thriller suffocant.

Nombreux sont ceux qui ont été marqués au fer rouge par le roman de Leïla Slimani, prix Goncourt en 2016. Et nombreux sont ceux qui seront logiquement méfiants envers cette adaptation périlleuse qui avait du pain sur la planche pour réussir à retrouver l’habile alliage entre étude psychologique et tension palpable progressivement instillé dans une chronique au départ sans anicroche. Pour son second long-métrage, Lucie Borleteau prouve encore une fois son indéniable talent déjà remarqué sur l’excellent Fidelio, l’odyssée d’Alice en 2014. Brillamment, la cinéaste parvient à saisir à l’écran tout ce qui faisait la force du roman. Si elle en trahit l’introduction en ne reprenant pas le coup de l’histoire commencée par la fin et racontée en flashback, préférant jouer la carte du suspens linéaire, Borleteau va néanmoins s’appliquer à bien coller au livre et à en sublimer la puissance. Dès les premières minutes, sa méthodologie va s’imposer de manière évidente. Chaque scène avec Karin Viard est à double lecture. Il y a d’abord l’évidence visible, celle où l’on observe une nounou dévouée, bienveillante, consciencieuse. Et puis il y a le subtilement caché qui se trahit doucement, ce portrait d’une nounou trop parfaite, trop figée, trop tout, au point que sa quasi-perfection en est presque angoissante. Tout le film va jouer avec ces deux regards, avant de progressivement déstabiliser les positions. Lentement mais sûrement, le caché entre dans le visible, le subtil prend ses aises et s’installe. Le vacillement est alors inarrêtable et c’est pétrifié que l’on assiste à l’affirmation d’une menace planante.

Si Chanson Douce est aussi réussi, il le doit à la conjugaison de deux sources de talent. D’un côté, celui de la réalisatrice Lucie Borleteau qui ne recherche jamais le sensationnalisme facile et factice, mais qui au contraire s’applique à rester ancrer dans un réalisme narratif décuplant le sentiment de terreur éprouvé par le spectateur happé par l’angoisse d’un drame en cours d’élaboration. Impuissant, ce dernier est comme piégé dans un véhicule sans frein et lancé vers un mur. Pour épauler l’intelligence et la finesse de la mise en scène de Lucie Borleteau, il y a alors le numéro de ses comédiens. Karin Viard en tête, formidable et mystérieuse, bouleversante et terrifiante, qui offre à son personnage toutes les nuances qu’il réclamait pour éviter de sombrer dans la caricature ridicule de la névrosée réduite à sa fonction narrative. A ses côtés, Leïla Bekhti témoigne encore une fois de la nouvelle maturité de son jeu remarquée depuis quelques temps et sert d’appui émotionnel.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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