WALL CINÉ PICTURES n°45 : Cowboys vs Indiens, Jacques Rivette, Seijun Suzuki
Trois idées de films à voir ou à revoir

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Au menu du ciné-club ce samedi, une diptyque sur les cowboys et les indiens, trois films de Jacques Rivette et une rétrospective Seijun Suzuki.

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UNE HISTOIRE DU WESTERN
Genre : Western – États-Unis
En DVD le 15 mars 2018

« On joue avec aux cowboys et aux indiens ?« . Depuis l’enfance, on a tous été marqués par la culture du célèbre affrontement qui aura écrit l’une des grandes pages de l’histoire des États-Unis. À l’adolescence, on a tous été fascinés par les non-moins célèbres westerns américains ou amusés par les péripéties de Bud Spencer & Terence Hill, avant que plus cinéphiles ne découvrent les chefs-d’œuvre des John Ford, Sergio Leone et autres Anthony Mann ou Raoul Peck. GM Éditions en association avec Carlotta Films, décidément toujours dans les bons coups dès qu’il s’agit de pondre des éditions vidéos dignes d’objets de collection, se penchent aujourd’hui sur le mythe des légendaires cowboys et indiens, à travers une double édition de toute beauté. D’un côté, les cowboys, de l’autre, les indiens. Ensemble, un diptyque réunissant deux livres somptueux et pas moins de 12 films ! Baptisés « Une Histoire du Western« , les deux volumes regroupent chacun une anthologie de grands classiques du cinéma, accompagnant deux livres de 192 pages, ouvrage de l’auteur Louis-Stéphane Ulysse. Les Cowboys tout d’abord. Pendant des années, le cowboy a occupé une place phare dans le cinéma américain, tel une sorte de héros ultime. Il était déclinable (bon, mauvais ou truand), et il incarnait surtout le mythe d’une ancienne Amérique révolue, libre, fière, sauvage. Louis-Stéphane Ulysse s’est penché sur son histoire à l’écran, les différentes formes qu’il a pu arborer, son imagerie en Amérique puis dans le western italien. A travers sa plume, il magnifie ces héros bigger than life aux histoires fabuleuses. Riche en anecdotes incroyables et en images cultes, pertinent dans l’analyse de sa représentation évolutive à travers les décennies et passionnant historiquement, on se régale à se replonger dans l’univers de Buffalo Bill et ses copains, chevauchant les grands espaces américains, dormant à la belle étoile avec un feu, des haricots et du café dans un gobelet en fer. Et surtout, affrontant les fameux Indiens… les Indiens, on y arrive. C’est le second volume de ce duo de coffrets. Là-aussi, Louis-Stéphane Ulysse analyse l’histoire des Indiens au cinéma, tour à tour défendu ou montrés comme des monstres sanguinaires. Dans le cinéma muet, l’indien était un être fier et noble. dans le cinéma parlant, il deviendra la caricature du sauvage impitoyable à craindre. Et puis il y a aura les années 60 et 70 où les choses changeront à nouveau avec un souci d’humanisme envers la figure de l’indien. Là-aussi, le livre d’Ulysse est formidable, instructif, un régal à dévorer. Côté films, les deux anthologies cumulent des classiques magistraux. Côté « cowboy », on a droit au Alamo de John Wayne, à l’indémodable Il Était une Fois dans l’Ouest de Leone, au spectaculaire La Horde Sauvage de Peckinpah, au Josey Wales de Clint Eastwood, au méconnu Tom Horn de William Wiard et au plus récent True Grit des frères Coen. Une belle anthologie dont les films vont de 1960 à 2010, qui offre un panorama assez varié du mythe du cowboy intrépide. Côté « indiens » maintenant. Carlotta propose là-aussi du très très bon avec le célèbre La Flèche Brisée de Delmer Daves, le maître-étalon La Prisonnière du Désert de John Ford, la rareté Soldat Bleu de Ralph Nelson, l’épique Little Big Man (récemment édité dans un coffret ultra-collector par Carlotta), le sublime Jeremiah Johnson de Sidney Pollack et le non-moins sublime Danse avec les Loups de Kevin Costner. ca fait rêver n’est-ce pas ? Alors, plutôt cowboy ou plutôt indien ? Après tout, pourquoi choisir, autant prendre les deux !

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RÉTROSPECTIVE SEIJUN SUZUKI
De Seijun Suzuki – (1963-1968)
Japon
Sortie au cinéma le 28 mars 2018


Le 13 février 2017, le cinéma déplorait la perte de Seijun Suzuki, cinéaste japonais iconoclaste qui en aura inspiré plus d’un avec son style complètement fou, à commencer par Tarantino ou Takashi Miike. La carrière du réalisateur courra jusqu’en 2005 mais c’est dans les années 60, sous la bannière de la Nikkatsu, qu’il signa ses œuvres les plus fantastiques. Aujourd’hui, Splendor Films met à l’honneur cette figure fascinante du cinéma nippon avec une rétrospective de 6 films à redécouvrir sur grand écran. Et la bonne nouvelle, c’est que dans les six films, il y a ceux que l’on peut considérer comme les meilleurs du réalisateur. A compter du 28 mars, précipitez-vous voir ou revoir le diptyque Détective Bureau 2-3 et La Jeunesse de la Bête, films policiers excessivement audacieux (trop pour le studio d’ailleurs qui le menacera) qui marquait les vrais débuts de son style si singulier. Violence radicale et humour à la lisière de l’absurde y côtoyaient une mise en scène d’une grande inventivité, souvent sans limites et qui s’ingéniait à briser tous les codes possibles et imaginables. Suivant un malfrat qui tente de se faire remarquer pour intégrer un clan avec un dessein bien mystérieux, La Jeunesse de la Bête est un bijou, l’un des meilleurs Suzuki et un long-métrage d’une étourdissante maîtrise. Également au programme, les formidables La Barrière de Chair et Histoire d’une Prostituée, qui composent un triptyque sur la femme japonaise. Dans ces deux films, le provocateur Suzuki témoigne d’une extrême sexualisation, qui mettra dans un profond embarras son studio à la réputation très conservatrice. Avec La Barrière de Chair, Suzuki n’hésite pas à flirter avec l’érotisme. Avec Histoire d’une Prostituée, sur l’histoire d’une prostituée amoureuse d’un soldat et victime d’un officier sadique en plein conflit sino-japonais dans les années 30, le sexe et la violence sont au service d’un propos pacifiste égratignant l’armée impériale. Mais mieux, Splendor propose également Le Vagabond de Tokyo et surtout La Marque du Tueur, peut-être le plus grand film de Suzuki. Le plus dingue aussi. La Marque du Tueur suit les pas d’un tueur professionnel qui devient une cible après avoir raté un coup à cause d’un papillon qui s’est posé sur son arme. Complètement dément dans sa mise en scène qui multiplie les audaces les plus folles, La Marque du Tueur sera aussi le film de la chute pour le cinéaste, viré de la Nikkatsu, qui jugera le film incompréhensible. Et qui au passage, en profitera pour se débarrasser de son trublion notoire. Vu d’aujourd’hui, le film tourné en 1967 est en effet très particulier. L’intrigue n’est pas évidente à suivre mais on s’en fout, c’est avant tout l’image qui fascine et l’on est tel un lapin pris dans les phares d’une voiture. Suzuki détourne les codes du polar quitte à flirter avec la parodie du genre et il fait de sa série B, une œuvre quasi post-moderne capable de toutes les folies et fulgurances. Suzuki était un très grand auteur et son cinéma est toujours aussi fascinant. Revoir ses œuvres sur grand écran est un bonheur de cinéphiles !

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JACQUES RIVETTE EN TROIS FILMS
De Jacques Rivette – (1976-1981)
Genre : Drame – France
Sortie au cinéma le 14 mars 2018

On revient en France avec un autre cinéaste qui nous a quittés il y a peu : Jacques Rivette. Fer de lance de la Nouvelle Vague française, Jacques Rivette s’est éteint en janvier 2016, laissant un héritage cinématographique remarquable et important. Carlotta avait déjà édité il y a quelques temps, son fabuleux Out 1 dans un coffret extraordinaire. Aujourd’hui, l’éditeur ramène Rivette sur grand écran avec trois films emblématiques de son cinéma : Duelle, Noroît et Merry-Go-Round. Duelle est une sorte de fantaisie fantastique quasi-expérimentale malgré une histoire assez linéaire où deux sorcières s’affrontent dans Paris. L’une craint la nuit, l’autre la lumière. Au centre, une baguette qui leur permettrait de pouvoir vivre normalement. Les allergiques au cinéma de Rivette auront beaucoup de mal, ses partisans seront fascinés par une œuvre assez fascinante. Dans Noroît, Morag se rend au château de la fille du soleil, pour venger son frère, tué par des amis de celle-ci. A l’époque, le film avait été privée de sortie en salles. Complémentaire avec Duelle, Noroît est un film aussi intransigeant et symbolique du cinéma de Rivette. Enfin, peut-être plus accessible malgré une narration toujours aussi originale, Merry-Go-Round a une facture moins expérimentale. Rivette s’amuse d’une course-poursuite trépidante dans un long-métrage qui prend des accents de film d’espionnage avec de nombreux rebondissements. Trois films à redécouvrir dès mercredi prochain au cinéma.

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A samedi prochain !

Par Nicolas Rieux

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