PHANTOM THREAD de Paul Thomas Anderson : la critique du film
sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : Phantom Thread
Père : Paul Thomas Anderson
Date de naissance : 2017
Majorité : 10 janvier 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h10 / Poids : NC
Genre
: Drame

Livret de famille : Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville…

Signes particuliers : Un drame à la subtilité magistrale.

LES ADIEUX DE DANIEL DAY LEWIS

LA CRITIQUE DE PHANTOM THREAD

Résumé : Dans le Londres glamour des années 50, le célèbre couturier Reynolds Woodcock et sa sœur Cyril sont au cœur de la mode britannique, habillant la famille royale, les stars de cinéma, les héritières, les mondains et les dames dans le style reconnaissable de la Maison Woodcock. Les femmes défilent dans la vie de Woodcock, apportant à ce célibataire endurci inspiration et compagnie, jusqu’au jour où il rencontre Alma, une jeune femme au caractère fort qui deviendra rapidement sa muse et son amante. Lui qui contrôlait et planifiait sa vie au millimètre près, le voici bouleversé par l’amour. 

Il fallait s’armer d’une extrême motivation pour retrouver le cinéma de Paul Thomas Anderson après deux derniers longs-métrages très compliqués à la vision. D’un côté, The Master en 2013, pompeux et assommant voyage sur les traces d’un gourou et son disciple dans l’Amérique post-Deuxième Guerre Mondiale. Derrière, avait suivi Inherent Vice, pseudo film policier psychédélique et réel délire sous acide foutrement incompréhensible. Avec Phantom Thread, Anderson retrouve l’immense Daniel Day Daniel, pour ce qui devrait être l’ultime film du comédien, qui a annoncé sa retraite récemment. Le cinéaste le plonge dans le monde de la mode des années 50, et exploite son talent pour donner corps et âme à un drame au parfum subtilement romanesque, sur l’entre-déchirement mutuel entre un artiste de la haute-couture et une jeune muse rencontrée dans un restaurant. Il est un homme aussi doué que difficile à vivre, elle est une jeune femme idéaliste qui va tomber sous sa coupe. Le jeu sensuel et vicieux qui va s’installer entre eux ne pourra avoir que deux issues possibles, céder ou mourir.

Inutile de faire une fois de plus l’éloge des talents de plasticien d’un Paul Thomas Anderson capable de bouleverser les cinéphiles avertis, par son sens aigu de la composition de plans à la magnificence éblouissante. Formellement, Phantom Thread est d’une beauté renversante, où chaque plan affiche une grâce esthétique illuminant l’écran. Un écran dans lequel évoluent deux comédiens qui ont beaucoup de choses à jouer à partir d’un script minimaliste en apparence, riche et intelligent en filigrane. Et Phantom Thread de s’imposer comme une œuvre étrange, une œuvre à deux visages, à la fois capable d’imposer un ennui implacable et de fasciner par la subtilité qui habite les pores de l’histoire narrée. C’est surtout l’évolution contraire et la relation ambiguë que vont nouer les deux protagonistes, que le spectateur va être invité à contempler, à ses risques et périls. Car comme bien souvent chez le surnommé « PTA », Phantom Thread risque de drainer des réceptions très diverses. Film pompeux enfermé dans sa conception de belle œuvre sur papier glacée ou voyage hypnotisant dans l’intimité de deux personnages à la fois ensorcelants et agaçants, le programme de ce nouveau long-métrage n’est pas facile d’accès, limite hermétique et requérant une sacrée dose de patience.

Car Phantom Thread est de ces œuvres insaisissables, de ces œuvres qui demandent du temps et de la réflexion pour que se distille leur essence profonde. Cette essence, c’est le portrait romantico-tragique de deux âmes attirées comme des aimants, deux âmes qui se déchirent, s’aiment passionnément, se font du mal, à la recherche d’un équilibre quasi-impossible. Chacun va t-il tenter de changer pour l’autre ? Ou de faire changer l’autre ? Ou les deux sont-ils condamnés à évoluer entre les gouttes de cette relation à la fois malsaine et magnifique, surplombée par les névroses ? Après The Master, Paul Thomas Anderson se fait à nouveau le portraitiste d’une relation de dominant à dominé, une relation de mentor envoûtant à fragile oiseau tombé sous sa coupe. Sauf qu’ici, l’oiseau fragile est aussi une muse inspirante, et la donne change quand les deux opposés s’apportent autant qu’ils ne se brident. Phantom Thread est une remarquable étude humaine scrutant des personnages complexes insérés dans un scénario qui l’est tout autant en creux. Malheureusement, il faut passer par un voyage très fastidieux pour atteindre la substance mirifique délivrée par sa destinée et si chaque scène intrigue, leur somme ne manque pas de bercer le spectateur dans un état d’ennui poli parce qu’Anderson est souvent meilleur subtil analyste que conteur efficace.

BANDE ANNONCE :


Par Nicolas Rieux

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