LA BALLADE DE BUSTER SCRUGGS des frères Coen : la critique du film
sortie Netflix

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : The Ballad of Buster Scruggs
Pères : Frères Coen
Date de naissance : 2018
Majorité : 16 novembre 2018
Type : Disponible sur Netflix
Nationalité : USA
Taille : 2h13 / Poids : NC
Genre : Western

Livret de famille : Tim Blake Nelson, James Franco, Liam Neeson, Brendan Gleeson, Zoe Kazan, Harry Melling, Tom Waits, Saul Rubinek, Stephen Root…

Signes particuliers : Une fabuleuse anthologie western magnifiée par la patte inimitable des frères Coen;

LA BALADE DES FRÈRES COEN DANS LE FAR WEST

LA CRITIQUE DE LA BALLADE DE BUSTER SCRUGGS

Synopsis : La ballade de Buster Scruggs est un western d’anthologie en six volets mettant en scène les légendes du Far West. Chaque chapitre est consacré à une histoire différente de l’Ouest américain.

Commandé à l’origine comme une mini-série en six épisodes par Netflix, La Ballade de Buster Scruggs est finalement devenu un long-métrage unique, qui s’est envolé direction la Mostra de Venise où il a été présenté en grande pompe. Inspiré du modèle des films à sketch italiens des années 60 où plusieurs cinéastes collaboraient sur un thème commun, le nouveau film des frères Coen a pour cadre le western, et pour thème le far West. Et ce thème, le duo va l’illustrer à partir d’histoires et personnages très différents, tel qu’un pistolero chanteur, un braqueur de banque naïf, un vieux chercheur d’or, un artiste et son imprésario à la tête d’un spectacle itinérant, un groupe d’hommes et de femme voyageant vers l’ouest, ou encore les passagers d’une étrange diligence. A l’arrivée, une formidable anthologie westernienne qui explore différents visages du genre, avec la patte des frères Coen pour illuminer la ballade.

Avec La Ballade de Buster Scruggs, les frères Coen prennent le chemin de l’Ouest sauvage et font de ce vaste far West, un immense terrain de jeu où ils vont s’éclater comme des petits fous de sketch en sketch, entre délires loufoques, drames cruels et déluge de violence. Comme beaucoup d’œuvres s’étant frottées au genre, le résultat pourra paraître un peu inégal mais l’aventure vaut sacrément le détour. Dans le détail, Buster Scruggs part très fort pour décliner légèrement et de manière assez constante, comme si chaque segment était un peu moins bon que son prédécesseur. Le meilleur est au début, le moins bon à la fin (quoique le dernier segment fera sûrement débat entre partisans et détracteurs), mais à l’inverse de bien des longs-métrages qui ont pu se casser les dents sur la difficulté de l’exercice, on trouve toujours quelque chose à sauver dans chaque chapitre. C’est peut-être même la plus grande force de Buster Scruggs, réussir à captiver en ayant toujours quelque chose à proposer, même quand il accuse une baisse de régime ou de qualité. Ce qui est sûr, c’est que Buster Scruggs est un western complet, un film total, un essai somme qui bondit d’histoire en histoire en s’efforçant d’avoir toujours une valeur intrinsèque. Parfois, ce sera de la simple comédie sarcastique et un brin délirante, parfois ce sera une petite histoire transitionnelle comme une furtive parenthèse racontant le far West, parfois ce sera aussi une aventure plus épique ou des segments brillants par leur intelligence. On pense à celui avec Liam Neeson par exemple, qui résonne comme un terrible portrait de la société-spectacle moderne tuée par le show-business, où un improbable poulpe qui donne des pronostics de foot sur YouTube peut avoir plus d’importance et de visibilité qu’un poète de génie qui s’évertue sur les planches. On pense aussi à ce segment arguant que l’homme est un fléau pour la nature, qu’il défigure à des fins mercantiles sous l’œil des animaux spectateurs du carnage.

Tantôt hilarant, tragique, malin, intelligent, sombre ou spectaculaire, Buster Scruggs est un grand portrait du western d’hier et d’aujourd’hui, un film qui appelle autant John Ford que Hawks, Hathaway ou Peckinpah, et bien sûr les Coen eux-mêmes. Car en grattant, on pourrait presque voir dans cette œuvre passionnée, comme une sorte de compilation de tout le cinéma des deux frangins. Ils y retravaillent leurs thématiques de toujours, celles qui ont jalonné leur cinéma depuis le début, et les propulsent en avant comme moteur du film tout entier. À commencer par l’incertitude des choses, du monde et de l’existence. Les Coen ont toujours aimé parler de l’incertitude, de l’imprévisibilité de la vie, que ce soit pour faire rire, pour émouvoir ou pour faire exploser rage et violence. L’imprévisible est le fil rouge que suit Buster Scruggs, chaque segment étant mené par cet inattendu qui fait de la vie, le plus grand narrateur-manipulateur qui soit. Et les Coen croient fermement en cela, c’est même sans doute ce qui les empêche de basculer dans un quelconque nihilisme, même s’ils adorent flirter avec l’humour noir et l’ironie, ce qu’ils font au-delà du concevable avec ce nouveau long-métrage. Leur style emblématique est une nouvelle fois délicieusement utilisé dans une œuvre qui aborde de nombreux sujets tels que la loi, l’amitié, nos failles d’êtres humains comme l’égoïsme ou la présomption. On y retrouve encore cet amour pour les loosers magnifiques, type de personnages qu’ils ont toujours adoré mais sans jamais s’en moquer, bien au contraire.

À travers une succession de fables ou de contes populaires, les Coen offre tout, du rire, du drame, de la violence, du romanesque, de la poésie, du propos. La noirceur désespérée, la cruauté et l’humour caustique sont les ciments qui tient cette réunion d’histoires hétéroclites entre petites saynètes et segments plus imposants. C’est d’ailleurs l’autre petit reproche que l’on pourra formuler à l’encontre de La Ballade de Buster Scruggs, ce manque d’uniformisation des segments qui pose parfois quelques soucis de rythme. Les deux premières histoires sont très courtes et laissent le spectateur un peu sur sa faim, là où la quatrième par exemple est très longue au regard des autres, et tendrait presque vers le long-métrage en gestation. Néanmoins et malgré quelques défauts, les Coen réussissent non sans génie, un exercice traditionnellement réputé périlleux.


BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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