GHOSTLAND de Pascal Laugier : la critique du film
sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : Ghostland
Père : Pascal Laugier
Date de naissance : 2017
Majorité : 14 mars 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : France, Canada
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre
: Horreur

Livret de famille : Crystal Reed, Anastasia Phillips, Mylène Farmer…

Signes particuliers : Une expérience de cinéma extrême qui pousse le spectateur vers ses limites.

LA DOULEUR SELON PASCAL LAUGIER

LA CRITIQUE DE GHOSTLAND

Résumé : Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire… Cinq ans après l’accueil très mitigé de son raté The Secret avec Jessica Biel, le réalisateur Pascal Laugier est de retour aux affaires avec un nouveau film d’épouvante qui a le don de faire parler de lui. D’abord parce qu’il s’annonçait très alléchant sur le papier avec sa proposition d’une expérience horrifique extrême, ensuite parce qu’il marque le retour physique de Mylène Farmer au cinéma, 24 ans après le triste échec de Giorginio (une Mylène Farmer que Laugier a toujours beaucoup admiré au point d’avoir signé la mise en scène de son clip City of Love en 2015) et enfin, parce que son avalanche de prix glanés au festival de Gerardmer en faisait un candidat sérieux au film de genre de l’année. Et c’est peut-être parce qu’on attendait beaucoup, que Ghostland se révèle être une semi-déception, une sorte d’œuvre furieuse partagée entre ses qualités indéniables et ses défauts regrettables.

Plongée viscérale dans un pur cauchemar physique et psychologique qui prend un malin plaisir à malmener son public en ne lui épargnant rien, à l’image de ce qu’il fait avec ses personnages violentés dans leur chair et dans leur âme, Ghostland est un objet hybride, une sorte d’anti-conte prenant la forme d’un torture porn gothico-psychologique, violent, vicieux et malaisant, où l’on contemple un calvaire enragé qui fait écho à diverses thématiques allant des traumas de l’enfance à l’exploration de notre fascination voyeuriste pour la violence, en passant par le massacre des corps pour sublimer les refuges imaginaires dans lesquels on peut aller chercher un répit salvateur pour oublier l’horreur du quotidien. Avec Ghostland, Pascal Laugier balance sans ménagement le spectateur dans une maison de fous où il ne peut se raccrocher à rien, ni à une bande-son mal aimable, ni à un montage schizophrénique, ni à mise en scène chaotique, pas même à un récit pervers et machiavélique qui s’ingénie à alimenter l’état de confusion sensorielle qui nous malmène. Coincé, prisonnier de ce piège diabolique à l’instar des jeunes personnages dominés par l’horreur et les coups incessants, ce même spectateur ne peut échapper au cauchemar et c’est là que Ghostland prend la dimension d’une véritable expérience de brutalité visuelle et cinématographique, porté par un état de tension et de stress permanent, lequel est décuplé par une agressivité harassante qui confère à la folie furieuse ne laissant aucun répit.

Pascal Laugier part d’un scénario retors qui ne nous emmène jamais là où l’on pense aller, et qui s’amuse diaboliquement à inverser à mi-parcours ses trajectoires, axes de narration et thématiques, pour mieux nous surprendre. Difficile d’en dire plus, ce serait prendre le risque de spoiler des indications sur un long-métrage qui fonctionne beaucoup sur son twist central, qui renverse totalement ce qui nous est conté, et le principe même du film tout entier. L’ennui, c’est ce que si le scénario et les intentions sont bonnes, Ghostland aurait sans doute mérité un réalisateur plus fin qu’un Pascal Laugier assujetti au putassier lourdingue. Et le film de perdre l’ambiance suffocante et anxiogène qui aurait pu tenir son cauchemar viscéral, pour se perdre dans une espèce d’hystérie épuisante et contre-productive. Une hystérie collective qui finalement est le postulat essentiel du film et dans le même temps, son pire ennemi. En somme, sa plus grande qualité et son plus grand défaut à la fois. Chaussant de lourds sabots bruyants et destructeurs, le cinéaste saccage ses meilleures idées par une mise en scène qui franchit souvent la ligne jaune de l’excès de tout. Excès de gratuité, excès de bruit, excès de musique, de jump scare ultra-appuyé, et surtout excès de rage qui finit par anéantir l’impact de celle-ci par sa redondance exténuante. Dommage, car avant ce déferlement tsunamique, la première scène horrifique était un choc d’une barbarie à clouer le spectateur sur place et dans son fauteuil. Une introduction qui laissait présager un meilleur qui va malheureusement s’évaporer au fur et à mesure des audaces d’une œuvre qui hésite sans cesse entre le génial et le brouillon. C’est au final partagé que l’on ressort de cette histoire d’une famille séquestrée par un couple de désaxés, conscient que sa radicalité était son meilleur argument, conscient aussi que le sentiment d’épuisement qu’il provoque était un but recherché et assumé, mais troublé par un extrémisme qui lui impose des limites dont il ne peut s’extraire. Ghostland est ainsi un choc frontal qui fait du bien et du mal à la fois. Une œuvre qu’il faudra peut-être revoir pour mieux en cerner toute l’audace de sa dimension tarée.

BANDE ANNONCE :


Par David Huxley

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