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UN FILS de Mehdi M. Barsaoui : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Bik Einech : un fils
Père : Mehdi M. Barsaoui
Date de naissance : 2019
Majorité : 11 mars 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : Tunisie
Taille : 1h36 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Sami Bouajila, Najla Ben Abdallah, Youssef Khemiri

Signes particuliers : Un film fort et engagé.

LES LIENS DU SANG CONTRE LES LIENS D’AMOUR

NOTRE AVIS SUR UN FILS

Synopsis : Farès et Meriem forment avec Aziz, leur fils de 9 ans, une famille tunisienne moderne issue d’un milieu privilégié. Lors d’une virée dans le sud de la Tunisie, leur voiture est prise pour cible par un groupe terroriste et le jeune garçon est grièvement blessé…

Présenté à la dernière Mostra de Venise dans la section Orrizonti, Un Fils est le premier long-métrage de Mehdi M. Barsaoui, réalisateur de la nouvelle scène tunisienne remarqué avec plusieurs courts-métrages primés. Le cinéaste y dresse un portrait de la Tunisie actuelle, société freinée par ses lois rigoristes et rétrogrades pouvant mener à des situations aberrantes comme celle dépeinte dans son film, porté par un Sami Bouajila primé à Venise, et Najla Ben Abdallah, actrice essentiellement connue pour ses rôles à la télévision. Un Fils retrace le parcours du combattant de deux parents dont le fils a été malencontreusement blessé dans une attaque terroriste. Aziz a besoin d’un don d’organe mais le système est très encadré et complexe en Tunisie…

Avec Un Fils, Mehdi M. Barsaoui filme la désintégration d’une famille heureuse soufflée par un drame aussi tragique qu’inattendu. Alors qu’ils passent une journée idyllique, des parents vont faire l’expérience du terrorisme. Une attaque, une balle perdue et tout bascule quand leur fils est gravement touché, dommage collatéral d’un pays sur un équilibre précaire. Précaire, comme ce microcosme familial car ce point de départ dramatique va être comme un ressort qui saute, déglinguant leur propre équilibre. Derrière, des rebondissements parfaitement scénarisés par Barsaoui vont les plonger dans un chaos intime infernal. Et le cinéaste d’illustrer l’idée que les liens d’amour sont bien plus forts que les liens du sang.

La politique, Mehdi M. Barsaoui s’y confronte et la montre. Mais sans forcer le trait. En l’espace d’un prologue d’une maîtrise qui n’a d’égale que le poignant du choc qui va le ponctuer, le metteur en scène pose intelligemment son contexte. Nous sommes dans la Tunisie de 2011, une brise de changement souffle sur le pays. Ben Ali vient de démissionner et l’espoir d’un autre avenir est en train de naître. Sauf que les islamistes radicaux sont là, en embuscade et hauts dans les sondages. L’attaque armée à laquelle ils vont assister rappelle que le pays est dans un espace de forte instabilité et que les premières victimes de ces troubles sont les civils, devenus des dommages collatéraux d’un conflit dont ils sont à la fois si loin et si près. En un prologue, Barsaoui pose non seulement son message politique mais le cœur de sa tension émotionnelle. Cet enfant victime de la « guerre des grands » va t-il s’en sortir ? Pas sûr. Car politique toujours, les lois du pays sont un frein à son salut. Il a besoin d’un foie en urgence et en Tunisie, le don d’organe est autorisé uniquement entre membres d’une même famille. Une règle qui va entraîner une aberration administrative et un péril grave.

Outre le message ouvertement politique, Un Fils se double à la fois d’un suspens savamment entretenu (car Barsaoui gère parfaitement sa narration) et d’une émotion qui prend aux tripes, incarnée par ces personnages désespérés face à la tragédie qui les accable. Et par deux comédiens exceptionnels, d’un côté Najla Ben Abdallah qui s’est jusqu’ici davantage illustrée à la télévision, de l’autre le toujours très talentueux Sami Bouajila. Ensemble, ils sont les visages de ce drame puissant, qui a pour lui justesse et pudeur, deux qualités qui viennent épouser la subtilité de la mise en scène de Barsaoui, cinéaste très prometteur dont le travail sur ce premier long-métrage pourra rappeler l’œuvre d’un Asghar Farahadi quelques pays plus loin.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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