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TENET de Christopher Nolan : la critique du film

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Carte d’identité :
Nom : Tenet
Pères : Christopher Nolan
Date de naissance : 2019
Majorité : 26 août 2020
Type : sorties en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h30 / Poids : NC
Genre : Action, SF, Aventure, Thriller

 

Livret de famille : John David Washington, Robert Pattinson, Elizabeth DebickiAaron Taylor-Johnson, Clémence Poésy, Kenneth Branagh…

Signes particuliers : Complexe ou compliqué… ?

 

 

LE FILM QUI TE MET À L’ENVERS

NOTRE AVIS SUR TENET

Synopsis : Muni d’un seul mot – Tenet – et décidé à se battre pour sauver le monde, notre protagoniste sillonne l’univers crépusculaire de l’espionnage international. Sa mission le projettera dans une dimension qui dépasse le temps. Pourtant, il ne s’agit pas d’un voyage dans le temps, mais d’un renversement temporel… 

On l’avait désigné comme étant le sauveur du cinéma. Dans un été moribond déserté par les gros films des studios et (par répercussion) les spectateurs, Tenet était le film de la relance, celui qui devait réarmer la machine cinéma, tout remettre dans le bon sens (ironique pour un film à l’endroit/à l’envers). Si le public semble suivre, du moins en France puisque son exploitation aux États-Unis reste plus que poussive, le nouveau Christopher Nolan n’en divise pas moins pour autant. Les pro-Nolan affrontent les anti-Nolan et au-delà de cette micro-guerre ciblée, une divergence opposant ceux qui crient à l’excellent « blockbuster d’auteur » et ceux qui n’y voient qu’une boursouflure déguisée en bouton d’or sur la foi d’un concept aussi retors que créateur d’un immense champ des possibles visuelles : Tenet alias l’inversion temporelle, technologie ultra-sophistiquée qui va aider nos héros (John David Washington et Robert Pattinson) à sauver le monde d’une potentielle troisième guerre mondiale.

Oh mon dieu, Tenet est hyper tortueux, hyper complexe, c’est comme un palindrome cinématographique, on peut le lire dans les deux sens, mais quel gééééénie ! Waaaaouh, super, les geeks sont en transe, à deux doigts de l’hyperventilation, prêts à dégainer la carte 2001, L’Odyssée de l’espace comme comparaison en mode « On ne comprend pas tout mais putain que c’est intelligent ». Heu… non. Désolé les gars mais non, Tenet n’est pas « complexe », il est juste « compliqué », et la nuance est aussi large que la bêtise de Donald Trump. 2001 était complexe, il s’ouvrait à beaucoup de choses. Tenet est juste inutilement compliqué, au contraire replié sur un scénario de mauvais James Bond qu’il tente de densifier à coup de grands mots et théories fumeuses. Inversion du temps, temporalités parallèles, algorithmes, antagonisme, passé, futur… Du vent.

Mis à plat sur la table, l’arc narratif qui sous-tend le dernier Christopher Nolan est au contraire d’une effroyable simplicité. Ce qui le rend prétendument complexe, c’est son histoire d’inversion temporelle, elle en revanche exposée de manière hyper-compliquée et servant souvent de cache-misère pour masquer l’étourdissante banalité du script. Car derrière le vernis de cette pseudo-intelligence qui fait office d’enduit de mur, se cachent des trous vraiment pas beaux, dans le scénario comme dans la mise en scène. En lui ôtant ses points tortueux (le principe d’action de cette technologie dont on ne pige rien au mécanisme et à ses possibilités), se révèle alors un script faussement malin mais réellement bidon, effectivement très proche d’un piteux 007 boiteux. Grand amateur de la saga, Nolan aurait bien aimé réaliser un James Bond (rien de nouveau là-dedans) mais sa vision un peu trop radicale (il a clamé qu’il voudrait « tuer Bond ») ne collait pas avec le cahier des charges qui lui aurait été imposé. Alors à défaut, m’sieur Christopher a fait Tenet, avec l’aveu d’avoir voulu recréer non pas les codes d’un Bond mais les sensations qu’il avait étant gamin quand il les découvrait. Ok. Sauf que son intrigue sur fond de troisième guerre mondiale à éviter est toute rabougrie, presque une caricature des aventures de l’espion préféré de sa Majesté, la touche Nolan en plus (vous savez, cette patte qui fait des nœuds au cerveau et que certains trouvent brillante alors que d’autres la voient proche de la fumisterie pseudo-géniale). Puis il y a la mise en scène, bruyante, criarde, exposant l’égo de son auteur incapable de s’effacer humblement derrière ce qu’il filme, toujours dans la démonstration affichée. Alors certes Tenet balance quelques scènes d’action ronflantes, certes il fait l’effort de complexifier un peu le blockbuster lambda, mais que c’est fastidieux à avaler !

« N’essayez pas de comprendre, ressentez » dit un personnage au héros du film quand elle essaie de lui expliquer le fonctionnement de tout ce bordel. C’te bonne blague, comme c’est pratique comme argumentaire. Car pas besoin d’être critique chez Télérama pour comprendre qu’en filigrane, c’est Nolan lui-même qui s’adresse ici au spectateur, le rassurant sur le fait que ce n’est pas grave s’il n’entrave que dalle, l’important étant l’émotionnel. Mais ressentir quoi au juste ? Car non seulement il est difficile de « ressentir » quand un film est une gigantesque embrouille en toc qui réclame une boîte de Tranxène, mais pardessus le marché, force est d’avouer que le capital « émotion » de Tenet est proche de la température d’un congélo. Tenet est exactement tout ce que n’était pas des Looper et autres Source Code (ou tout simplement Terminator), une lourdeur à fort quotient de pénibilité qui s’éclate à tout complexifier pour se faire passer pour intelligente, là où elle n’est qu’un écran de fumée au cérébral vain et artificiel, avec le plaisir qui finit par se cramer les ailes au contact d’une extrême conceptualisation contre-productive.

Et derrière tout ça, des personnages qui n’existent pas, une histoire qui ne tient pas, une intensité franchement limite, quelques passages à la lisière de la kitscherie grotesque (l’attaque militaire finale) et curieusement, peu d’ambitions formelles finalement, au regard de ce fameux « concept » prétexte à tous les délires visuels. Bilan, un désintérêt total se dessine et s’épaissit au fil des minutes. Le film passe, le spectateur trépasse. Et pendant ce temps-là, Môsieur Nolan, le réalisateur de blockbuster d’auteur, de devenir doucement mais sûrement comme une caricature de lui-même, Tenet figurant comme sa meilleure plaisanterie (bon, à 2h30 la plaisanterie, ça fait une longue blague quand même), laquelle plombe le genre qu’il voudrait (re)créer. Et si l’on ne pige que dalle, ce n’est pas parce que c’est impossible de comprendre ou par faiblesse intellectuelle (oui, on en voit certains venir de loin), c’est plus par flemme et non-envie de le faire, parce que l’on en vient à totalement se désintéresser de ce bazar fatigant, qui se croit meilleur qu’il n’est. Parfois ennuyeux à mourir, Tenet est un film de gimmick. Et un gimmick n’est pas un film.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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