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SCREAM de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett : la critique du film

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Spectateurs

 

Nom : Scream
Pères : Matt Bettinelli-Olpin, Tyler Gillett
Date de naissance : 2021
Majorité : 12 janvier 2022
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h55 / Poids : NC
Genre : Horreur

Livret de Famille : Neve CampbellCourteney CoxDavid Arquette, Melissa Barrera, Marley Shelton, Dylan Minnette, Jack Quaid, Jenna Ortega…

Signes particuliers : Pas de Wes Craven aux manettes et pourtant, peut-être le meilleur volet depuis le premier !

LE CAUCHEMAR RECOMMENCE !

NOTRE AVIS SUR SCREAM

Synopsis : Vingt-cinq ans après que la paisible ville de Woodsboro a été frappée par une série de meurtres violents, un nouveau tueur revêt le masque de Ghostface et prend pour cible un groupe d’adolescents. Il est déterminé à faire ressurgir les sombres secrets du passé.

Wes Craven n’est plus. Le film lui est même dédié. Refaire Scream sans ses têtes pensantes (Kevin Williamson n’est également plus au scénario) était chose périlleuse et objet d’une immense méfiance. D’autant plus vu le duo de couillons aux commandes de cette suite/reboot vingt-cinq ans après le premier. Du nullissime The Baby au piteux Wedding Nightmare, le tandem Matt Bettinelli-Olpin & Tyler Gillett n’a jusqu’ici pas vraiment affiché un talent à la hauteur de la saga culte qu’il s’apprêtait à déflorer. Mais contre toute attente, ce nouveau Scream est peut-être bien le meilleur… depuis le premier ! Certes, le second volet était absolument génial et truffé de scènes cultes, mais il était handicapé par une fin décevante. Le 3ème est indéniablement le moins bon et avec le 4, sorti en 2011, Wes Craven avait su se dépêtrer d’un beau bourbier en réussissant l’exploit de ressusciter l’esprit méta pour commenter l’évolution du genre dix ans après le précédent. Que restait-il donc à ce nouveau chapitre ? Plein de choses en fait. En dix ans, le genre -et le cinéma en général- a encore évolué avec notamment cette nouvelle grande mode des suites/reboot. Bah voilà un sujet ! Commenter et jouer avec cette mode du « requel » (contraction de reboot et sequel) qui entremêle nostalgie des originaux et volonté de les rebooter avec des suites à cheval entre deux époques, et généralement deux castings.
Plus méta que jamais, Scream est un commentaire cinématographique géant, une sorte de dissertation sur la manière dont a évolué le cinéma insérée dans un divertissement horrifique orgasmique. Scream réfléchit autant sur ce qu’il est que sur ce qu’à été la saga et sur la manière dont cette nouvelle histoire épouse une tendance. Ou comment désamorcer et assumer tout ce qu’il raconte, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il montre, avec un délicieux mélange d’ironie et d’opportunisme. On pourrait hurler à l’arnaque, on pourrait s’élever contre un film cynique qui fait exactement ce qu’il dénonce. Sauf… qu’il ne dénonce pas justement ! Au contraire, comme Scream premier du nom en son temps, il s’en amuse, il joue avec ces nouveaux codes et il le fait dans un pur esprit screamesque. Car au-delà de l’auto-réflexion, voire de l’auto-parodie, Scream est un vrai bon Scream. Comprenez par là qu’il ne se contente pas de philosopher sur le genre, il n’oublie pas son rôle de slasher d’épouvante et balance un bon lot de scènes efficaces et flippantes, il réussit à détourner ludiquement une mode et des effets (le jeu sur les jump-scare par exemple est un régal à la fois stressant et hilarant) et il réussit à prolonger un esprit slasheresque avec un réel panache horrifique. Seule nouveauté, sa violence graphique que l’on a trouvé plus appuyée, plus proche d’Halloween que de Scream, quoique le 4ème volet avait déjà franchi un cap.
Tous le premier film de 1996 est ramené intelligemment à la vie sans que le fan service ne plombe l’ensemble en cherchant à masquer une quelconque vacuité. Les fans retrouveront des noms, des lieux, des plans, des idées, des scènes emblématiques, des jeux méta jouant avec des passages connus de la saga. Même la B.O originale refait surface (beaucoup de chansons du CD que l’on a tant usé à force d’écoutes sont reprises). Mais ces éléments ne sont pas là juste pour remplir un film qui tournerait à vide sans eux, ils sont là parce qu’ils participent à une vraie cohérence, à un propos général sur le cinéma, sur son impact, sur la création et l’inspiration (ou le manque d’inspiration).
Propulsé par une véritable efficacité traduite par des scènes foutrement bien imaginées, Scream ne manque pas de surprises inattendues, le retour des anciens est habilement exploité, l’histoire tient la route, le dénouement épouse un commentaire sociologique sur l’horreur bien connu des mordus du genre (impossible de développer davantage sous peine de voir Ghostface nous trucider en hurlant « Hello Mondociné, tu aimes les spoilers ? ») et surtout, la mécanique du whodunit fonctionne une nouvelle fois à plein régime. Scream maîtrise très bien son Cluedo et se régale à nous envoyer sur des fausses pistes pour mieux nous berner et faire bouillir nos cerveaux sans cesse sollicités par des indices directs ou cachés dans des analyses des clichés du genre.
Wes Craven n’est plus, vive Wes Craven ! Avec respect, malice et habileté, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett malaxent son héritage et livre un 5ème chapitre particulièrement riche quand on le décrypte en profondeur, particulièrement jouissif quand on profite simplement du spectacle horrifique, particulièrement nostalgique quand on est fan, et ironiquement particulièrement frais alors qu’il passe pourtant la moitié de son temps à faire dans la citation. Un opus qui a tout bon ou presque, car si l’on voulait lui chercher quelques noises, les reproches iraient peut-être du côté d’un scénario parfois capable de grosses ficelles et de petites incohérences (mais bon, comme tous les slashers en même temps) ou plus probablement du côté des « nouveaux personnages », pour beaucoup trop fades ou caricaturaux, dans tous les cas loin de l’épaisseur de ceux d’il y a 25 ans. Néanmoins, frissonnant quand il abat ses cartes horrifiques (plusieurs scènes coûteront quelques ongles rongés), jubilatoire quand il abat ses cartes nostalgiques en iconisant les personnages emblématiques et désopilant quand il dévoile son jeu humoristique basé à nouveau sur la mise en abyme des clichés du slasher mais aussi sur un name dropping foisonnant qui cite constamment réalisateurs et films, titillant notre culture geek tout en créant parfois des répliques hilarantes (à l’image d’une pique insidieuse bien sentie sur Star Wars VIII), Scream est une franche réussite qui respecte à 200% l’essence de la franchise. En plus d’être un film d’épouvante intense qui manie adroitement le mariage entre esprit vintage et ancrage dans l’air du temps. Pour résumer : QUEL PIED BORDEL ! Et pour répondre à votre question, oui monsieur Ghostface, « on aime les films d’horreur ». Surtout quand ils ressemblent à ça.

 

 

Par Nicolas Rieux

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