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SCANDALE de Jay Roach : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Bombshell
Père : Jay Roach
Date de naissance : 2019
Majorité : 22 janvier 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h49 / Poids : NC
Genre : Drame, Biopic

Livret de famille : Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow…

Signes particuliers : Un film incisif parasité par l’hystérie de sa mise en scène.

AVANT WEINSTEIN, ROGER AILES

NOTRE AVIS SUR SCANDALE

Synopsis : Inspiré de faits réels, SCANDALE nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable.

Alors que l’affaire Weinstein est de nouveau au cœur de l’actualité (le procès vient de s’ouvrir à New-York), un film aurait pu parasiter les débats. Comment parler du scandale Weinstein sans parler précisément de l’affaire Weinstein ? Tout simplement en soulevant une autre affaire toute aussi médiatisée outre-Atlantique, celle de Roger Ailes, puissant manitou anciennement à la tête de l’hégémonique Fox News, qui avait dans l’œil du cyclone quand une vague d’accusations pour harcèlement sexuel l’avait déstabilisé. C’était en 2016. Basé sur cette histoire vraie partiellement fictionnalisée pour la rendre intelligible sur deux heures, Scandale surfe donc sur l’actualité à chaud. Le film a été tourné bien avant mais le hasard du calendrier (?) a bien fait les choses.  Aux manettes, Jay Roach (Austin Powers, Mon Beau-Père et Moi, le biopic Dalton Trumbo) qui dirige un casting 4 étoiles avec une Charlize Theron « sur-prothésée » et méconnaissable, Nicole Kidman, Margot Robbie et Jon Lithgow dans le l’inconfortable costume de Roger Ailes.
Sur le papier, Scandale était doublement intéressant. Voire triplement. Par son casting alléchant cumulant les couches de talents déjà, mais surtout par son sujet puisqu’il est l’un des premiers gros films hollywoodiens à s’emparer aussi frontalement du mouvement #MeToo pour dénoncer le traitement réservé aux femmes dans l’industrie du spectacle et ses dérives désormais bruyantes et affichées. Enfin, parce qu’il lie tout cela à la politique via une plongée fascinante dans les coulisses d’un gros Network américain, Fox News en l’occurrence, le microcosme télévisuel replié sur lui-même où les présentatrices sont hypersexualisées étant un cadre parfait pour illustrer le propos choisi. Malheureusement, Jay Roach va faire des choix artistiques en corrélation avec le script bancal de Charles Randolph, qui vont nuire à la finalité de sa copie.

En ayant voulu aborder son film comme un Big Short version féministe (le même scénariste ayant écrit les deux films), Roach parasite complètement son message en le noyant dans une cacophonie hystérique que l’on imagine comme une volonté de rendre l’état de bouillonnement permanent qui agite les coulisses d’une puissante chaîne de télé. Mais les motifs, le rythme effréné et la tonalité estampillée « ironie second degré » finissent par prendre le pas sur tout le reste. Scandale avance à 200 à l’heure, multiplie les sources d’informations (voix off, intrigues parallèles, quantité de personnages, inscriptions à l’écran, montage ultra-dynamique). A moins d’être très bien accroché, on s’y perd vite, et quand on essaie de garder la main, le cerveau ultra-concentré sur l’assommant déluge d’informations, c’est tout le reste qui s’effiloche. En premier lieu, les personnages. Première lourde erreur de Scandale, avoir mis son sujet au-devant de ses personnages, relégués en position de faire-valoir pour l’illustrer. Comme il est difficile de s’attacher à eux (à la limite celui de Margot Robbie et encore) tant leur manque d’épaisseur et leur inconstante présence est criante, l’émotion disparaît totalement et le propos n’a plus d’assise pour toucher. Il se retrouve seul en première ligne et devient non plus une arme de discours mais un bazooka destructeur rendant le film d’une lourdeur harassante tant il rabâche en boucle la même chose, sans finesse, sans recul-frein, sans maîtrise.

La maîtrise, c’est l’autre gros manque à Scandale. Jay Roach n’est clairement pas Adam McKay, alors qu’il marche ouvertement sur ses traces. Très brouillon dans son écriture et sa conduite formelle, Scandale ne réussit jamais à reproduire la recette de The Big Short ou du plus récent Vice d’Adam McKay, voire à la limite du Miss Sloane de John Madden. Il se noie, et nous avec, dans sa frénésie narrative, son esthétique énergico-fun et son manque d’un point de vue clairement défini.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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