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MONOS d’Alejandro Landes : la critique du film [VOD]

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Carte d’identité :
Nom : Monos
Père : Alejandro Landes
Date de naissance : 2019
Majorité : 05 mai 2020
Type : Disponible en VOD
Nationalité : Colombie, Argentine, Europe…
Taille : 1h43 / Poids : NC
Genre : Drame, Guerre

Livret de famille : Julianne Nicholson, Moises Arias, Sofia Buenaventura…

Signes particuliers : Un drame puissant et ultra-esthétisé.

LE FILS SPIRITUEL D’APOCALYPSE NOW

NOTRE AVIS SUR MONOS

Synopsis : Dans ce qui ressemble à un camp de vacances isolé au sommet des montagnes colombiennes, des adolescents, tous armés, sont en réalité chargés de veiller à ce que Doctora, une otage américaine, reste en vie. Mais quand ils tuent accidentellement la vache prêtée par les paysans du coin, et que l’armée régulière se rapproche, l’heure n’est plus au jeu mais à la fuite dans la jungle… 

Quand on parle « film de guerre psychologique intense et immersif à cheval entre l’épopée haletante et le drame intimiste, tourné dans des conditions aussi extrêmes qu’infernales au milieu de la jungle et de l’eau », on pense instantanément au légendaire Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Désormais, on pourra aussi songer à Monos, troisième long-métrage du brésilien Alejandro Landes, primé à Sundance. Un sacre qui fait sens tant Monos est un choc cinématographique qui se soumet autant qu’il s’affranchit de sa glorieuse référence première. Il s’y soumet car il est d’une humble sincérité totale. Il s’en affranchit car il parvient à exister par et pour lui-même.

Alejandro Landes n’a reculé devant aucun obstacle pour faire et filmer Monos. Aucune appartenance à un genre spécifique, un financement pas totalement bouclé au moment d’attaquer, un tournage épique au fin fond de la jungle colombienne dans des conditions très difficiles, avec un mélange de comédiens professionnels et non-professionnels à gérer, dont un ayant réellement appartenu aux FARCS. Il fallait être suicidaire pour se lancer dans pareille entreprise, et c’est précisément pour cette raison que le film a eu tant de mal à se monter, peu de producteurs s’étant montrés chauds pour porter un tel projet aussi casse-gueule. Mais même si ce fut dans la douleur, même si les galères et imprévus ont été nombreux, même s’il a fallu fédérer huit pays et producteurs pour en venir à bout, Monos s’est fait. Il existe et il est sublime.

Quand Alejandro Landes évoque l’absence d’ancrage à un genre, on pourra aller beaucoup plus loin. Monos est un film qui refuse tout ancrage tout court et qui est capable de s’étirer sur un spectre sensiblement large à tous les niveaux. C’est même sa force la plus imparable, cette liberté totale qui le rend si unique et impressionnant. Formellement, Monos peut par exemple alterner une extrême sophistication donnant des plans d’une puissance visuelle à tomber, et des passages au contraire dans une totale épure lorgnant vers l’aridité du documentaire. Ce jeu des opposés, on va le retrouver sur des tas de facettes du film. Dans le jeu des comédiens aussi, où l’on sent le professionnalisme de certains face à la spontanéité d’autres. Jeu des opposés également dans le titre et ce raconte intrinsèquement le film puisque Landes y voit « une confrontation de l’individu avec le collectif, entre le Un et le Tout« . En effet, au cœur de Monos, on retrouve cette dynamique opposant l’isolement et la vie en groupe, les choix personnels et ceux du collectif, les responsabilités de chacun et celles incombant à la dynamique de groupe. Autres thématiques, celle de l’affrontement entre des guérilleros de montagne et l’armée régulière, entre le primitif et l’humanité, entre le monde de l’adolescence et celui des adultes avec lequel il entre en collision quand ces jeunes soldats d’une organisation rebelle qui vivent dans une communauté semblable à une colonie de vacances vont être confrontés à la dureté de la guerre et à la fin du temps du jeu. Enfin, opposition et refus d’ancrage quand à la nature des personnages. Qui sont les gentils, qui sont les méchants, quel est le positionnement politique du film ? Autant de questions auxquelles Monos va intelligemment refuser de répondre, s’affranchissant de toute étiquette et laissant le spectateur libre de ses appréhensions, de ses réflexions.

Monos est un film qui vous attrape à la gorge dès le départ et ne va jamais lâcher ses griffes acérées, réinventant constamment ce qu’il traverse. Au départ, c’est le film d’adolescents qu’Alejandro Landes revisite. Une bande, la montagne, l’amitié, l’impression d’une colo de vacances où l’on s’amuse bien. Mais petit à petit, la jovialité s’effrite. On comprend la gravité du background, une otage américaine à surveiller, un entraînement militaire à suivre, des règles, le danger qui semble si lointain mais qui va s’avérer bien plus proche que ces jeunes insouciants le pensaient. Quand l’action va se délocaliser en forêt, c’est autant le survival que le drame ou film de guerre que Landes va travailler, malaxer, modélisant une expérience viscérale qui va malmener le spectateur en lui plongeant la tête sous un déluge de violence, d’émotions, d’interrogations. Monos prendra le chemin de la radicalité pour s’exprimer, radicalité narrative, formelle et sensorielle. Le résultat va donner lieu, et en cela le film rejoint aussi l’évoqué Apocalypse Now mais aussi des références allant d’Aguirre la Colère de Dieu à Sa Majesté des Mouches, à une épreuve dont on ressort choqué, secoué, vidé. La sauvagerie brutale répond à une poésie étourdissante, illusions et désillusions s’entrechoquent, on ressent autant que l’on vit ce qui se déroule sous nos yeux irradiés. Si l’on pourra toujours lui reprocher de ne pas forcément réussir à connecter le spectateur et les personnages, perdant ainsi un peu d’émotion simple même s’il en gagne sous d’autres formes ailleurs, Monos reste l’un des objets filmiques les plus fascinants que l’on ait pu voir dans ce début d’année.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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