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LE TIGRE ET LE PRESIDENT de Jean-Marc Peyrefitte : la critique du film

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Nom : Le Tigre et le Président
Père : Jean-Marc Peyrefitte
Date de naissance : 2021
Majorité : 07 septembre 2022
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h30 / Poids : NC
Genre : Comédie

Livret de Famille : André DussollierJacques GamblinChristian Hecq

Signes particuliers : Entre le film historique et la comédie, un mariage raté. 

Synopsis : 1920, les années folles. Georges Clemenceau vient de perdre l’élection présidentielle face à l’inconnu Paul Deschanel, un idéaliste qui veut changer le pays. Mais un soir ce dernier tombe d’un train et se volatilise. Au petit matin, la France cherche son président, une occasion en or pour le Tigre Clemenceau…

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NOTRE AVIS SUR LE TIGRE ET LE PRESIDENT

Réalisateur qui a roulé sa bosse sur des captations de spectacles avant de s’illustrer avec plusieurs courts-métrages primés, Jean-Marc Peyrefitte est présenté comme un esprit décalé amateur d’absurde, de burlesque et de tendre poésie. Ceci explique cela quand on voit Le Tigre et le Président, son premier long-métrage emmené par Jacques Gamblin et André Dussolier. Le cinéaste s’y intéresse à Paul Deschanel, figure oubliée ou moquée de l’histoire, via une fable poético-humoristique mettant en exergue l’esprit très rêveur du chef d’Etat. Pour un petit rappel, Paul Deschanel était un sénateur devenu Président de la République un peu à la surprise générale (il concourait face à Georges Clémenceau, héros de la guerre 14-18) en 1920. Tristement, on retiendra surtout de son très court mandat, « l’affaire du train » qui lui vaudra nombre de railleries.  Alors qu’il voyageait de nuit pour se rendre à une inauguration, il chuta de son train en pyjama au beau milieu de nulle part, en voulant ouvrir une fenêtre, avant d’être recueilli par un ouvrier de passage sceptique quant à l’identité de son interlocuteur.
Le principal danger serait de prendre le film de Jean-Marc Peyferitte pour le récit très authentique de la présidence de Paul Deschanel. Il n’en est rien. Le réalisateur signe avant tout une fantaisie, très librement adaptée de la vie de l’éphémère président oublié. Tant la chronologie que le déroulé des événements ne sont pas à prendre au pied de la lettre, le film mélangeant, raccourcissant ou inventant tant par souci de comédie que par volonté de décrire de manière très générale la personnalité d’un idéaliste-progressiste plus que sa réelle action. En soi, le portrait n’est pas complètement erroné. Très moderne pour son époque, Deschanel a bien milité pour le vote des femmes, la création d’un code du travail ou l’abolition de la peine de mort. Mais pas forcément durant sa courte présidence à l’honneur dans le film, pas forcément de cette manière, pas forcément en ces termes. Un peu à la manière du Steve Jobs de Danny Boyle (dans un style différent et en nettement moins bien), Le Tigre et le Président ne suit pas l’histoire, il la condense pour dresser un portrait général plus qu’une biographie précise, ou s’en arrange pour faire rire (le duel persistant entre Clémenceau et Deschanel).
Aussi futile que divertissant en soi, Le Tigre et le Président peine à s’adjuger une réelle pertinence qui, elle-même, mènerait à un réel intérêt. Car si l’on en apprend un peu sur la vision politique globale de Deschanel, l’ensemble n’a guère d’authenticité historique et n’apporte rien à l’éclairage de la destinée d’un chef d’état qui restera toujours dans les limbes de l’histoire post-film. La comédie de Peyrefitte est trop romancée, trop amusée, trop trafiquée, trop superficielle. Certes, il n’entendait pas donner une leçon d’histoire mais à trop la réécrire pour justifier son visage de fable fantaisiste, il perd trop de points de crédibilité. Peu fiable historiquement, pas vraiment savoureux côté comédie (l’exercice patine vite), que lui reste t-il au final ? À cela s’ajoute un récit étiré en longueur et qui manque cruellement de substance pour tenir d’un bout à l’autre, et un aspect trop théâtral qui pousse à s’interroger sur le choix du médium cinéma pour raconter cette histoire (une pièce aurait peut-être été plus appropriée). Reste deux comédiens cabotins qui amusent mais cette farce semi-burlesque peine à convaincre de manière générale.

 

 
Par Nicolas Rieux

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