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DOULEUR ET GLOIRE de Pedro Almodovar : la critique du film [Cannes 2019]

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Dolor y Gloria
Père : Pedro Almodovar
Date de naissance : 2018
Majorité : 17 mai 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : Espagne
Taille : 1h52 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia…

Signes particuliers : Almodovar signe une merveille.

ALMODOVAR SE RACONTE

LA CRITIQUE DE DOULEUR ET GLOIRE

Synopsis : Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner. 

Le chouchou de la Croisette est de retour sur les bords de Cannes. Pour la septième fois en compétition officielle. Sept sélections, aucune palme d’or. Almodovar, c’est l’éternel perdant magnifique du festival de Cannes, l’éternel admiré, l’éternel salué, mais l’éternel oublié au moment de faire les comptes. Pourtant, les occasions de lui offrir la prestigieuse récompenses ont été nombreuses. Mais en 1999, son magnifique Tout sur ma Mère était balayé par le Rosetta des frères Dardenne. En 2006, Volver était battu à l’unanimité par Le Vent se Lève de Ken Loach. Et en 2009, C’était au tour du bouleversant Etreintes Brisées de se voir chipé la Palme par Haneke et son Ruban Blanc. Entre, il y a eu La Mauvaise Education, La Piel que Habito ou Julieta. Que des échecs. Et si 2019 était la bonne ? Vingt ans après sa première sélection, et si le cinéaste ibérique le plus célèbre d’Espagne était enfin récompensé pour son Douleur et Gloire, somptueux récit semi autobiographique qui vient conclure une trilogie sur le désir et la création cinématographique entamée avec La Loi du Désir et prolongée avec La Mauvaise Education ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite à l’heure de ces lignes.

Avec Douleur et Gloire, Pedro Almodovar se raconte. Comme souvent dira t-on. Si le metteur en scène n’a jamais réalisé un pur film autobiographique dans lequel il racontait sa vie, ses récits ont toujours été nourris par des éléments personnels, son enfance, sa mère, ses tourments et démons, son amour du cinéma, son homosexualité, sa vision du monde et de la vie. Mais avec ce 21eme long-métrage, on a vraiment l’impression qu’il se confie comme jamais, qu’il se livre et s’expose plus que jamais. Douleur et Gloire, c’est l’histoire d’un cinéaste en dépression qui remonte le fil de ses souvenirs tout en cheminant dans une série de retrouvailles. L’histoire d’un cinéaste qui cherche la sortie de la forêt de l’obscurité paralysante. Et le geste est aussi admirable que bouleversant. Dire que le film est le meilleur Almodovar depuis un certain temps est compliqué. Car chacun a un ressenti différent sur les œuvres de l’espagnol, ressenti qui amène à en aimer certains plus que d’autres, pour des raisons différentes ou personnelles. D’autant qu’Almodovar ne s’est jamais vraiment raté dans sa longue carrière. Il y a de meilleurs films que d’autres, des chefs-d’œuvre et des plus mineurs, mais il y a toujours quelque chose de substantiel dans chacun de ses efforts. Néanmoins, il faut reconnaître à ce Douleur et Gloire, une conjoncture d’éléments qui en font un film immense, un film-somme déjà.

Car avec cette nouvelle proposition, Almodovar semble faire un film quasi testamentaire, même si sa carrière est loin d’être terminée. Fort à parier qu’il sait déjà précisément quel sera le sujet de son prochain. Mais Douleur et Gloire est comme la somme de tous les motifs de son cinéma, comme la réunion de toutes ses thématiques et de tous les éléments de son style unique, dans un seul et même film extrêmement personnel. A partir de l’histoire de ce célèbre réalisateur qui tente de se réconcilier avec son passé et avec lui-même, Almodovar déroule un récit marqué par une puissance émotionnelle dévastatrice, qu’elle soit de l’ordre des angoisses intérieures, de la mélancolie, de la nostalgie ou du désir brûlant. Et à l’arrivée, la tendresse du regard n’a d’égale que le sentiment de synthèse d’un auteur qui semble ponctuer une œuvre toute entière. Avant de filer vers d’autres horizons ? On en doute. Car Almodovar a beau se raconter depuis toujours, il prouve avec ce nouveau film, qu’il a encore bien des choses à dire, toujours avec cette même magie, cette même conviction frissonnante, cette même délicatesse. Il lui suffit pour cela de trouver le bon point d’ancrage, la bonne histoire et le bon interprète. A ce jeu là, son ami Antonio Banderas brille, sorte de double cinématographique d’un Almodovar qui projette en lui ses obsessions les plus intimes. L’acteur a su les prendre à son compte et livre l’une de ses plus belles prestations.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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