YVES SAINT LAURENT de Jalil Lespert
en salles – critique (biopic)

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245119.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 6
Carte d’identité :
Nom : Yves Saint Laurent
Père : Jalil Lespert
Livret de famille : Pierre Niney (Yves saint Laurent), Guillaume Gallienne (Pierre Bergé), Charlotte Le Bon (Victoire), Laura Smet (Loulou), Marie de Villepin (Betty), Nikolai Kinski (Lagarfeld), Bruno Alves (Fernando)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 8 janvier 2014 (en salles)
Nationalité : France
Taille : 1h40
Poids : 12 millions €

Signes particuliers (+) : En cinéaste qui se révèle de plus en plus doué, le comédien Jalil Lespert signe un biopic de grande classe, qui parvient à nous intéresser à un personnage vers lequel tout le monde ne serait pas forcément allé. Porté par deux acteurs absolument extraordinaires, Yves Saint Laurent est à la fois bien réalisé, attachant et contemple plusieurs décennies d’évolution culturelle à travers le prisme de la mode et d’un personnage torturé. Tous les ingrédients d’un bon biopic dans un portrait tour à tour fasciné et fascinant.

Signes particuliers (-) : Le personnage d’Yves Saint Laurent, tout aussi brillant artiste qu’il soit, n’est pas forcément très fédérateur pour un biopic phare. Cela mis à part, le film connaît quelques ralentissements très légers et une conclusion qui n’en est pas vraiment une. Enfin, on se permettra de s’interroger sur le poids de l’interventionnisme de la fondation Bergé, qui soutenait ce projet…

 

UN BIOPIC SUR BIEN… COUSU (pardon)

LA CRITIQUE

Résumé : Paris, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent est appelé à prendre en main les destinées de la prestigieuse maison de haute couture fondée par Christian Dior, récemment décédé. Lors de son premier défilé triomphal, il fait la connaissance de Pierre Bergé, rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste…

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L’INTRO :

L’acteur Jalil Lespert a ajouté une nouvelle corde à son arc en 2007 en passant derrière la caméra pour 24 Mesures, drame avec Lubna Azabal et Benoît Magimel. Si le film n’avait rien de très convaincant quant à son potentiel de metteur en scène, le suivant Des Vents Contraires, tourné en 2011, résonnera davantage. Un clip plus tard pour le groupe Stuck in the Wood, Jalil Lespert retrouve la casquette de metteur en scène à laquelle il semble avoir pris goût, peut-être même plus que de jouer la comédie. Avec Yves Saint Laurent, biopic étonnant et commercialement risqué sur la vie du célèbre couturier disparu en 2009, Lespert s’attaque à son film le plus ambitieux à ce jour. D’une par le poids (12 millions €), de deux par le fait que le biopic est l’un des genres les plus redoutés et artistiquement dangereux qui soit, et de trois parce que la carrière du créateur s’étale sur pas loin de cinquante ans et évolue aux côtés d’un pan assez large de l’histoire du XXème siècle. Autant d’embûches sur le parcours du réalisateur à laquelle il faudra ajouter un projet concurrent monté parallèlement et venant parasiter sa place dans l’espace cinématographique. Car en face de ce Yves Saint Laurent là, il y a aussi le biopic signé Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel. Décidément, la mode des projets identiques s’opposant frontalement n’a de cesse de faire rage et l’on est passé pas loin de revivre une seconde Guerre des Boutons. Ce ne sera pas le cas, dieu merci, puisque les deux films sortiront à plusieurs mois d’intervalle, janvier 2014 pour celui de Lespert, mi-mai pour celui de Bonello qui vise le Festival de Cannes.

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Soutenu par la fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent (un avantage évident sur son concurrent puisque le film a eu accès aux originaux des vêtements créés par le couturier ainsi qu’à son atelier ou ses lieux de vie intimes), le film de Jalil Lespert s’appuie sur les bases de l’ouvrage biographique de Laurence Benaïm sobrement titré Yves Saint Laurent. Devant la caméra, ce sont deux joyaux de la Comédie Française qui se donnent la réplique, le jeune et talentueux Pierre Niney incarnant le couturier alors que Guillaume Gallienne prête ses traits à Pierre Bergé. Charlotte Le Bon (dont la trajectoire de carrière s’améliore de film en film), Laura Smet ou encore Marie De Villepin complètent une distribution de toute manière sur-dominée par ses deux têtes d’affiche.

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L’AVIS :

Raconter la vie d’Yves Saint Laurent ressemble à un pari fou auquel croyait manifestement très fort son auteur. Car si des œuvres comme Coluche ou Gainsbourg (deux personnalités emblématiques pourtant ancrées dans le cœur des français) n’ont pas rencontré le succès escompté en salles, qu’espérer pour un film sur un couturier aristocrate dont le récit de la vie a de grande chance de laisser pas mal de gens indifférents ? D’abord la vie d’Yves Saint Laurent méritait-elle un film ? La réponse est oui, car il faut bien admettre qu’entre sa vie torturée, son ascension contrariée vers les sommets, son évolution à travers cinquante d’histoire culturelle, et la légende dans laquelle il a forgé son nom par son talent, l’histoire du créateur-couturier qu’était Yves Saint Laurent avait de quoi nourrir un film épique en ce qu’elle cristallise tous les éléments essentiels et fondateurs d’un grand film de cinéma. Réussite, amour, drame, rire, personnalité singulière et complexe, ouverture sur un parallèle avec l’histoire, le tout au son d’un nom majeur d’un art lui jugé mineur… Yves Saint Laurent méritait bel et bien d’exister.

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Au-delà de la reconstitution historique, au-delà du récit permettant de découvrir plus en profondeur un pur talent à la française, au-delà d’un film pédagogue sur un nom connu de tous, Yves Saint Laurent est au fond et avant tout, une histoire d’amour intense et incroyable doublé d’un touchant combat pour atteindre ses rêves. Avec beaucoup de finesse et de pudeur dans son approche, le cinéaste Jalil Lespert saisit intelligemment le carburant qui aura nourri la carrière d’Yves Saint Laurent. Ce n’était pas qu’un être touché par le génie. Ce n’était pas qu’un communicant très doué dans son registre. C’était deux êtres indissociables, qui ne fonctionnaient qu’en tandem, chacun étant le moteur personnel et professionnel de la réussite de l’autre. Avec force et intensité, Lespert s’attache avant tout à rendre cette folle histoire d’amour. Malgré ses secousses, malgré les pressions, malgré les égarements, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, c’est une vie entière partagée pour le meilleur et pour le pire.

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Derrière cette approche thématique dominante, le cinéaste dessine deux personnalités en s’appuyant sur la force première de son film, ses comédiens exceptionnels qui cannibalisent littéralement l’écran. Pierre Niney, saisissant de justesse et de mimétisme (physique et oral), campe un attachant Yves Saint Laurent, rendant à merveille sa complexité psychologique, sa fragilité, sa volonté, sa candeur, ses failles et ses contradictions aussi. Surtout, il personnifie à merveille un pur artiste, peut-être discrètement frustré de ne pas voir son travail considéré comme un art majeur mais satisfait d’avoir pu assouvir son besoin de reconnaissance en exprimant son talent et en s’imposant comme un acteur de son temps et non un simple spectateur, lui, véritable pionnier avant-gardiste évoluant conjointement avec les changements culturels de son époque. De son côté, Guillaume Gallienne donne force et puissance à la personnalité troublante d’un Pierre Bergé à la fois dur, tendre, protecteur et véritable béquille d’un homme chancelant quitte à en assumer toute la tragédie du mauvais rôle.

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Malgré quelques micro-redondances parsemées, Yves Saint Laurent est un biopic abouti, parvenant à nous intéresser à un sujet vers lequel on ne serait pas forcément allé de soi-même sauf si l’on éprouve une vraie attirance pour le personnage. Voilà d’ailleurs, généralement, la marque des œuvres du genre réussies. Quand elles parviennent à nous embarquer dans un univers dont on n’avait à priori cure. Sans être trop hagiographique (ni trop libre, probablement surveillé par Bergé) mais avec beaucoup de tendresse, de chaleur et de compassion, l’effort de Jalil Lespert épate par sa faculté à prendre la tangente d’une œuvre trop classique, pour montrer du caractère. Le jeune cinéaste (par l’expérience) cerne intelligemment des scènes, sans appuyer sur la pédale de la sur-pédagogie, et leur laissent le soin d’exprimer des idées plus générales à partir du seul moment de vie anecdotique ou pas. Et parfois l’absence d’explicite forcé a du bon car ce sont de petits soubresauts délicats qui nous permettent de cerner un homme psychologiquement endolori. Formellement, sa mise en scène élégante et moelleuse, épouse la diversité de l’art de son sujet, tour à tout sobre ou éclatante, épurée ou chargée, impétueuse ou classique.

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La seule ombre au tableau, ou interrogation plutôt, sera le potentiel fédérateur d’un film tournant autour d’un personnage pas forcément parmi les plus attirants. Un choix trop ciblé ? Fut-il que le seul nom d’Yves Saint Laurent déplace les foules et c’et bien ce qui nous intrigue. A suivre. Dans tous les cas, tout est là pour faire un beau drama de cinéma intéressant, plaisant et agréable, et Lespert essaie d’ouvrir son œuvre et de la transcender par brefs moments, en la calquant sur l’évolution culturelle de la France et les changements sociaux qui ont jalonné les quelques 50 ans de carrière d’Yves Saint Laurent… Il n’y parvient pas toujours avec souffle et adresse et ce trait reste souvent cantonné au second plan, mais l’audace d’avoir tenté est là et ce Yves Saint Laurent marque un bon point. On attend la version Bonello mais il va falloir mettre la barre très haut pour faire mieux pour ce bon biopic soigné qui nous laisserait presque sur notre faim par envie d’en savoir plus.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

Un commentaire à propos de “YVES SAINT LAURENT de Jalil Lespert
en salles – critique (biopic)

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