THE DARK KNIGHT RISES (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Dark Knight Rises
Parents : Christopher Nolan
Livret de famille : Christian Bale (Batman/Bruce Wayne), Gary Oldman (Commissaire Gordon), Tom Hardy (Banes), Marion Cotillard (Miranda), Joseph Gordon-Levitt (Blake), Anne Hathaway (Selina), Morgan Freeman (Fox), Michael Caine (Alfred), Matthew Modine (Foley)…
Date de naissance : 2012 / Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h44 – 250 millions $

Signes particuliers (+) : Une construction, narration et mise en scène extraordinaires qui tendent à faire du grand, gros et bon cinéma total et intelligent. Un troublant écho à nos sociétés actuelles.

Signes particuliers (-) : Un manque d’emprise sur le spectateur et de « grandiose ». Pas assez immersif, une conclusion belle mais décevante.

 

LA LÉGENDE PREND FIN…

Résumé : L’arrivée en ville de Bane, terroriste dangereux et puissant, force Batman à sortir de sa retraite qu’il s’est imposé huit ans plus tôt alors qu’il avait été destitué de son statut de héros pour devenir un criminel fugitif…

L’heure a sonné. L’impatience grandissante des fans va être comblée. Christopher Nolan ressort les costumes et les outils sur-technologiques du super héros chauve-souris Batman, pour mettre fin à la brillante trilogie qu’il a initié en 2005. La légende The Dark Knight va connaître son épilogue qui s’annonce aussi dantesque que profond, dans la continuité d’une saga impressionnante d’homogénéité et qui a sérieusement écorné l’image du système hollywoodien en révélant à la face du monde à quel point il nous prend pour des ânes depuis des années, à nous servir des blockbusters tiédasses issus de cuisines de fast food cinématographiques alors qu’il est parfaitement concevable d’allier divertissement massif et intelligence de forme comme de fond. La série des The Dark Knight avait ses défauts mais dans l’ensemble, elle s’est imposée qualitativement comme sacrément au-dessus de la mêlée. Et cinéphiles comme geeks ou fans du personnage comme du genre tout entier, n’ont pu que louer et remercier le travail de son auteur, qui aura affiché un respect de chaque instant pour accoucher de la franchise de super héros quasi-ultime, frôlant la perfection tant narrativement que thématiquement ou visuellement. The Dark Knight Rises, titre de ce troisième opus est clairement une fin, affirmant que la légende s’y achève. Christian Bale rempile en homme-chauve-souris, entouré de son fidèle Alfred (toujours Michael Caine), de son homme de confiance Mr. Fox (toujours Morgan Freeman) et du commissaire Gordon (toujours Gary Oldman). Au rayon des nouveaux venus, Joseph Gordon-Levitt (qui a déjà collaboré avec le metteur en scène sur Inception) est Blake un jeune flic motivé qui deviendra un allié pour notre héros Batman, la sexy Anne Hathaway est Selina (alias Catwoman), notre française Marion Cotillard interprète Miranda, une séduisante partenaire de travail pour Bruce Wayne et le puissant Tom Hardy campera un méchant charismatique, le géant destructeur Bane.

The Dark Knight Rises était l’un des films de l’été et de l’année les plus attendus. Dommage que son arrivée en fanfare aura malheureusement été entachée des tragiques événements d’Aurora, aux États-Unis, où un psychopathe tuera 12 personnes lors d’une première du film dans un cinéma de la ville. Mais parce qu’il important de ne pas toujours blâmer le cinéma de tous les maux, nous allons retourner à l’œuvre qui, heureusement, n’en souffrira pas, tout en ayant une pensée amie pour ces fans/cinéphiles comme nous, qui ont perdu la vie en vivant notre passion à tous par ici. Fin du chapitre d’actualité.

Batman donc ! Comme l’on pouvait s’y attendre et comme la rumeur le laissait présager, The Dark Knight Rises est effectivement LE blockbuster quasi-ultime, claque impressionnante affichant une telle qualité proche de la perfection qu’elle créé elle-même ses travers. Le dernier Nolan est si parfait que ses moindres défauts mineurs deviennent des montagnes faisant tâche. Dans quantité de blockbusters fadasses, on n’en n’aurait même pas relevé la moitié. Mais comme une petite tâche de café sur un Picasso aurait tout de suite un impact catastrophe sur l’œuvre, la plus mineure remarque sur The Dark Knight Rises devient l’objet de tout un speech faisant effet boule de neige. Car des défauts, il y en a, on ne peut les occulter. À commencer par l’interprétation lamentable de notre pourtant talentueuse Marion Cotillard nationale, de plus en plus pathétique au fur et à mesure que le film avance et qui fera les frais d’un déchaînement médiatique record. En second lieu, quelques baisses de rythme alourdissant la fluidité de la narration (2h45 quand même l’engin). Enfin, le personnage de Batman est un peu noyé dans la richesse d’un film qui multiplie les personnages, les pistes narratives, perdant parfois de vue son héros dont le retour était attendu. On pourra aussi évoquer la BO sublimissime d’un Hans Zimmer des grands soirs mais qui est légèrement omniprésente, y compris quand elle n’est pas nécessaire.

Mais… Mais ces défauts sont contrebalancés avec un tel talent. Nolan retrousse ses manches et s’immerge dans le mythe Batman avec toujours ce même souci de l’ancrer dans un réalisme détonnant tranchant complètement d’avec les versions burtonniennes d’antan. Réalisme de l’univers mais réalisme aussi au niveau du personnage qui, coincé dans sa condition complexe, est toujours en proie à de violents tourments inextricables, à des doutes, à des interrogations qui virent parfois au philosophique et au métaphysique. Nolan s’applique à ne pas faire de Bruce Wayne un simple milliardaire usant de sa fortune pour financer, entre deux projets philanthropiques, son projet de justicier masqué. Wayne est plus que cela chez le cinéaste. Il est un homme meurtri, blessé, pris dans un engrenage qui le broie, le tourmente. Un homme dont la double-vie n’a rien d’une ballade de santé rigolote. Wayne/Batman est un tutoie les sombres abysses de la noirceur mentale qui peut envelopper la psyché humaine. Ce Batman réaliste est ensuite intégré dans un univers qui n’a rien de fantasmagorique comme chez Burton. Au contraire, par une intrigue qui a des allures science-fictionnelles, Nolan cherche avant tout à replacer son personnage de super héros dans une allégorie du monde actuel dont le chaos est préparé et programmé.

Dans l’ensemble de sa trilogie, Nolan montre un monde qui flirte avec le chaos, avec l’anarchie. Avec The Dark Knight Rises, il est l’heure de la faire exploser, de la libérer et au passage, insidieusement, de montrer au monde, la face sombre qui l’attend tôt ou tard. La construction des événements du film n’a rien de si fictionnelle si l’on y regarde de près. Comment créer le chaos, comment détruire le monde, comment renverser  les gouvernements et les Nations ? Tout simplement en se servant de son cœur, de son moteur, de son essence : le peuple. En lui faisant croire qu’il n’est plus maître de son propre univers, qu’il laisse échapper son monde, sa civilisation, en le montant contre sa propre structure, en exaltant ses désirs de reprendre le dessus sur ceux qui lui ont pris le pouvoir pour ne jamais le lui rendre, un homme seul peut créer un chaos sans précédent dont il peut tirer partie en envoûtant et exaltant les sentiments de la masse. La stratégie mise en place dans cet opus batmanien n’a finalement rien de bien nouvelle. C’est en faisant croire à l’homme que l’heure est venue pour lui de reprendre son dû, en créant un sentiment d’hostilité envers le système et toute l’organisation de la civilisation en place, que l’on renverse un monde, que l’on crée un climat idéal et propice à la prise de contrôle et du pouvoir, profitant de l’aveuglement général trop occupé à basculer dans l’anarchie primaire pré-programmée et constitutive du plan général. Et Nolan de montrer comment nos sociétés peuvent ou vont s’effondrer à terme, tout en tenant un discours résonnant étrangement quant à l’obsession sécuritaire.

The Dark Knight Rises déploie alors tout son talent. Une construction millimétrée, nécessitant sa durée pharaonique pour exprimer toute sa richesse, une mise en place brillante de ses éléments narratifs constitutifs, un mariage parfait entre le spectaculaire grandiloquent et la constante introspection d’un personnage blessé en profondeur, le tout au son d’un score envoûtant et obsédant. Nolan est quant à lui, une fois de plus, un chef d’orchestre virtuose qui agence le tout à la force d’une mise ne scène prodigieuse de génie. Dense, psychologique, intellectuel mais accessible, d’une noirceur sombre terrible (alors que visuellement, le film se passe souvent de jour contrairement aux Burton, ce qui aurait pu créer une dynamique esthétique contraire), cohérent dans la façon dont il agence ses allers et retours avec les autres volets, bourré de scènes d’anthologie, The Dark Knight Rises est un divertissement de super héros fantastique en plus de s’octroyer le droit de réfléchir sur son sujet en explorant les notions mêmes, d’héroïsme, de super héros, de surhumain.

Mais The Dark Knight Rises n’est pas la claque attendue en cela qu’elle ne vient pas supplanter son prédécesseur, le grand The Dark Knight, même s’il s’impose comme la suite logique d’une saga qui s’est classée tout simplement au-dessus de la masse. Fresque monumentale et presque mégalomane parfois, à l’ambition qui frôle l’explosion, ce dernier volet est effectivement un moment épique de cinéma. Pas parfait, Nolan restant un cinéaste vrillant parfois vers l’esbroufe et son film manquant un peu d’émotion pure au-delà de son brio déployé, le morceau est quand même de choix. Pourtant, une frustration perdure, comme s’il y avait mieux à faire dans cette fin qui ne trouve pas la conclusion en apothéose espérée, comme s’il y manquait du souffle dans le souffle, comme s’il était coincé dans une forme de retenue au lieu de dérouler un tapis rouge qui semble un peu terne. Une belle conclusion mais qui manque de « grandiose », de magie, peut-être trop accaparée par son formalisme implacable et sa recherche de la perfection de chaque instant là où on aurait aimé davantage de plaisir « simple ».

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