5 ANS DE RÉFLEXION (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Five-Year Engagement
Parents : Nicholas Stoller
Livret de famille : Jason Segel (Tom), Emily Blunt (Violet), Chris Pratt (Alex), Alison Brie (Suzie), Lauren Weedman (le chef Sally), Rhys Ifans (Winton Childs), Mimi Kennedy (Carol), Jacki Weaver (Sylvia), David Paymer (Pete)…
Date de naissance : 2012 / Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h05 – 30 millions $

Signes particuliers (+) : Assez drôle dans l’ensemble. Des bons seconds rôles et un couple très crédible grâce à la complicité affichée par ses deux stars.

Signes particuliers (-) : Gâche son potentiel de « comédie de l’année » par son absence de montage amenant à sa durée excessivement surréaliste. Quelques très mauvaises idées scénaristiques.

 

5 ANS PLUS TARD, LE GÉNÉRIQUE DE FIN…

Résumé : Tom et Violet forme le couple parfait. Logiquement, Tom finit par demander sa dulcinée en mariage dans un summum de romantisme. Mais les aléas de la vie les oblige à décaler la date et à repousser de quelques mois l’heureux évènement. Les quelques mois deviennent alors quelques années…

La bande à Judd Apatow n’en finit plus de tourner frénétiquement. Et le dernier en date est 5 Ans de Réflexion, comédie romantique décalée autour d’un couple parfait repoussant sans cesse son mariage pour de vraies/fausses raisons. Apatow producteur, Nicholas Stoller réalisateur, Jason Segel acteur et co-scénariste, on a l’impression de revoir défiler le générique des précédents Forgetting Sarah Marshall ou American Trip. La bande de collègues et amis souhaitait franchir un palier thématique en parlant plus de l’après homme-ado, du trentenaire qui commence à se poser dans la vie, à construire quelque chose tout en ayant encore au fond de lui, une forme d’immaturité latente, résultat de la difficulté psychologique que représente le cap séparant la jeunesse fun et l’âge résolument adulte. Une thématique que l’on retrouve dans pas mal de comédies actuelles comme le dernier volet de la saga American Pie ou le futur Ted, la prochaine comédie avec Mark Wahlberg, également en sous-texte dans les récents Sexe Entre Amis et Sex Friends et surtout, base de toute la série How I Met your Mother, le TV show qui a starifié le comédien comique qu’est justement Jason Segel. Mais qui dit « couple » dit basiquement être « deux ». Ce sera la britannique bourrée de charme Emily Blunt qui s’invitera dans l’univers de la troupe, amenant avec elle ses beaux yeux bleus, son naturel enchanteur et son potentiel comique cool qu’on lui connaissait déjà pour avoir touché au genre dans le passé. On sait la bande douée pour faire rire par des situations cocasses dans un humour débridé mais la question en suspens était de savoir si le film allait avoir les mêmes éternels défauts et qualités présents dans la plupart des Apatow’s movies.

La réponse est simple : 5 Ans de Réflexion est un film schizophrénique possédant quatre personnalités différentes se rangeant dans deux catégories plus générales, celles que l’on craignait. D’un côté, ses qualités réjouissantes qui nous font aller vers une comédie très réussie. De l’autre, ses défauts qui pourraient presque être rédhibitoires s’ils n’étaient pas contrebalancés.

Premier personnalité, 5 Ans de Réflexion est hilarant. Avec sa galerie de personnages déjantés (le meilleur pote débile et potache, la sœur qui fond sans arrêt en larmes, la mère aigrie, la chef cuisto lesbienne, les voisins ploucs du Michigan, le groupe d’assistants en psycho-sociologie…) son amusement du décalage de mode de vie entre le Michigan profond paumé et le San Francisco hype et cool (un peu comme si on compare l’ensoleillée Montpellier et Brioude en Auvergne) et sa profusion de gags qui font mouche, la comédie de Nick Stoller se classe bien au-dessus de pas mal de ses consœurs pour les nombreux éclats de rire qu’elle déclenche. Humour fin, romantique, parodique ou potache, tout y passe dans cette sucrerie estivale mignonne, pleine de justesse dans le fond de ce qu’elle raconte avec exagération caricaturale ou simplicité, c’est selon les effets recherchés.

Second visage, le charme. 5 Ans de Réflexion marche un pied dans le classique et un dans un effort de différence. Nicholas Stoller reprend les codes de la comédie romantique type mais essaie de ne pas tomber dans le cliché permanent. Meilleur exemple, un refus de la musique sirupeuse permanente avec plusieurs séquences épurées pour accroître le réalisme imbriqué dans un loufoque un peu dingue. Mais rien n’aurait été possible sans un duo complice dont le naturel du jeu magnifié le film. Jason Segel endosse les habits d’un personnage dont il devient un emblème, le trentenaire tendre nounours avançant dans la vie. À force de le jouer et de le rejouer, le comédien a atteint la perfection dans ce type de rôle. Il trouve une partenaire idéale avec Emily Blunt, bluffante dans chacun de ses éclats de rire, dans chacune de ses tirades ou de ses larmes. Le naturel impressionnant de la comédienne et le jeu parfait de ping-pong entre les deux stars qui se renvoient la balle avec grâce, donnent à 5 Ans de Réflexion un charme délectable nous donnant presque l’impression de sortir de la fiction pour entrer dans l’histoire de deux amis que l’on observe comme une petite souris.

Le revers de la médaille vient avec le troisième visage. S’il se révèle être très drôle, 5 Ans de Réflexion est aussi l’un des films les plus mal raconté de l’année. La faute est quelque par entre son scénario, sa narration et son montage. 2h05, c’est long pour le genre et l’on comprend très vite les raisons de cette durée excessive dans les premières minutes avant d’en mesurer toute la fatalité. Chaque séquence qui n’aurait pas dû excéder les trente secondes, s’étire sur deux minutes. Et à la longue, le rythme du film en pâtit lourdement. Nicholas Stoller semble avoir beaucoup tourné sans jamais avoir été capable d’assumer son rôle de cinéaste en faisant des choix de montage. Son film donne l’impression d’être interminable, sans cesse déséquilibré par la longueur de chacune de ses scènes et séquences. Heureusement pour lui, les gags sont suffisamment réguliers pour empêcher l’ennui mais il n’évite pas la lourdeur un brin indigeste, annihilant au passage l’énergie du tempo d’un film bien parti mais qui s’écroule dans sa vivacité.

Enfin et dernière personnalité, le double visage d’un scénario qui construit ses défauts sur ses qualités comme l’on bâtirait sa belle maison sur les restes d’un cimetière façon Poltergeist. La caricature du décalage radical entre la vie à San Francisco et la déchéance de ce couple dans le miteux Michigan tue-l’amour peuplé de rednecks flippants, est particulièrement mal gérée passé une amorce assez savoureuse… sur le moment avant que la brutalité de la transition nous désarçonne. Point trop n’en faut dit l’adage. Segel et Stoller ont voulu pousser le bouchon à fond, donnant dans le virage surréaliste et parodique, volontairement excessif. Un virage fort mal amené, avec une brutalité narrative donnant plus l’impression (qui nous laisse perplexe) d’une parenthèse dans film qui s’adonnerait quelques minutes à un cauchemar imaginaire en lieu et place de la continuité du récit jusque-là entrepris. Sauf que non, 5 Ans de Réflexion reste linéaire et décrédibilise du coup le ton revendiqué dans sa première moitié, par une seconde qui vire à l’improbable, largement sur-exagérée, trop violente pour être crédible ne serait-ce qu’une seule seconde. L’idée du basculement loufoque n’était pas mauvaise en soi sauf que la gestion de la transition est trop mal construite pour trouver l’effet souhaité et s’étale, encore une fois, dans une temporalité en total déséquilibre avec le reste de l’histoire.

Pour résumer, 5 Ans de Réflexion est bancal mais contrairement à la plupart des films pour lequel l’adjectif va être employé, il penche dans le bon sens de la balance, sauvé par son cocktail comique à succès qui fait effet avec une régularité ne laissant pas trop de place à l’ennui fatidique. Dommage alors que cette pelletée de défauts quand même de taille, ne viennent fêler l’édifice de ce qui aurait pu être une sympathique comédie romantique efficace et inspirée. À défaut, c’est un semi bon moment de cinéma qui alterne air frais et air tiède moite un peu plombé par sa longueur délicate.

Bande-annonce :

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