TERRITOIRES (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Territories
Parents : Olivier Abbou
Livret de famille : Roc La Fortune, Nicole Leroux, Sean Devine, Cristina Rosato, Michael Mando, Alex Weiner, Stephen Shellen, Tim Rozon, Vlasta Vrana…
Date de naissance : 2010
Nationalité : France, Canada
Taille/Poids : 1h35 – 3 millions $ can.

Signes particuliers (+) : La parabole politique sur les États-Unis. La nervosité et l’efficacité de la 1ère moitié du film. La façon de transcender une mécanique classique. L’intro ultra-tendue.

Signes particuliers (-) : Une 2nde partie poussive. Un peu prétentieux. Le gâchis évident.

C’EST PAS BIEN DE GÂCHER

Résumé : Un groupe de jeunes gens rentrent d’un mariage au Canada. Guère après la frontière américaine, ils se font arrêter par deux policiers des douanes volantes, très voire trop zélés. La situation va déraper et pas qu’un peu…

Coproduction franco-canadienne tournée en langue anglaise et premier film du français Olivier Abbou, Territoires vient s’inscrire dans une lignée de films de genre français style Captif, Martyrs ou Frontière(s). Ambitieux dans la forme comme dans le fond, cette première œuvre met en scène un groupe de cinq jeunes gens revenant d’un mariage au Canada et entrant aux Etats-Unis, en somme leur propre pays. Ils vont se faire arrêter par deux douaniers légèrement zélés et fêlés conférant plus aux rednecks du fin fond du Montana que du flic élégant dans son uniforme.

Abbou s’appuie sur un pitch somme toute relativement basique sur la forme et dont on a la sensation de l’avoir des dizaines de fois, que ce soit dans le cinéma français ou surtout américain et ce depuis des lustres. Mais le jeune cinéaste a la bonne idée d’y traduire une certaine ambition thématique et narrative. Très rapidement, Territoires va se doubler d’une parabole horrifique sur le protectionnisme excessif américain et la paranoïa d’un pays actuel souffrant d’une vision tranchée et sans nuance du monde. Dénonçant les dégâts causés par la politique américaine actuelle réactionnaire, Territoires va dériver pour s’attaquer franchement et sans détour aux croisades yankees au Moyen-Orient et notamment en Irak, au racisme fondé sur des clichés aussi stupides que dénotant des raccourcis de pensée inculqués, à la vision monochrome des partisans du combat contre « l’axe du mal », aux conséquences de ces guerres, à la politique judiciaire discutable et sans limite au nom de l’intérêt de la nation (type Guantanamo)…

Quelque part à mi-chemin entre le torture porn psychologique, le survival politisé et le thriller douloureux en forêt, Territoires se veut sadique mais sans gratuité, violent mais avec une certaine forme de justification, ainsi que sombre, désespéré et surtout sensoriel, tentant de faire vivre au spectateur une expérience plutôt que le laisser bêtement assister à un spectacle de cruauté humaine débilitante. Autant dire que l’idée est à s’en lécher les babines. Parfois hardcore et parfois jusqu’au-boutiste, Territoires est en tout cas un film plutôt original cherchant à s’éloigner des sentiers battus communément empruntés par le genre mais tout en gardant une base simple et très classique ou renvoyant directement à certaines inspirations. On ne manquera pas à ce sujet un emprunt évident (prétentieux ?) au Psychose d’Hitchcock dans la construction du métrage avec une rupture de l’intrigue en cours de route pour en entamer une seconde liée à la première.


Si Territoires s’ouvre par une séquence des plus tendues, nous poussant à nous recroqueviller sur nous même avec la sensation intense que l’on va passer un sale quart d’heure (belle séquence du contrôle routier au suspens tétanisant), le film d’Olivier Abbou va néanmoins perdre en puissance au fur et à mesure de son déroulement, sans devenir mauvais pour autant, mais gâchant sa belle entame. Passant par le torture porn intelligemment fait, évitant la basse gratuité inutile et renvoyant plutôt à une critique des méthodes américaines dans certaines sinistres prisons politiques, Territoires nous balance au visage quelques séquences particulièrement inconfortables et douloureuses que l’on regarde d’un œil crispé. Par ailleurs, Abbou parvient, par à-coups, à atteindre ses objectifs de mise en scène en nous immergeant dans ses situations par l’utilisation d’une caméra à l’épaule saisissant les évènements sur le vif, par un son étouffé ou par quelques idées chocs (la scène terrible des stroboscopes).

En fait, Abbou a les idées mais son Territoires, trop maladroit, ne parvient pas pour autant à emporter l’adhésion et ne convainc finalement qu’à moitié. Les causes sont multiples mais la principale responsabilité est à chercher dans le manque de rigueur dans l’écriture. Le cinéaste n’exploite pas au mieux ses bonnes inspirations, oublie d’insuffler une quelconque empathie pour ses personnages et tente de faire reposer son métrage sur un équilibre fragile, trop peut-être, et vacillant. Techniquement, la mise en scène n’est pas non plus exempte de défauts et de cohérence. Si pour un premier film, Abbou affiche quand même une belle technique et maîtrise, quelques mauvais choix affaiblissent l’ensemble et traduisent une certaine naïveté. Cherchant à retranscrire une impression de chaos paniquant intense, le recours par exemple à la caméra à l’épaule secouée pour donner une impression de saisi à vif a tendance à produire un effet inverse à celui recherché…

Malgré ses défauts et maladresses, Territoires reste un produit horrifique pas dénué d’intérêt s’attirant la curiosité pour son côté ultra-politisé et dénonciateur même si cela reste fait sans grande finesse et trop appuyé (et même si l’on peut se questionner sur la légitimité du cinéaste pour aborder la question). Fort de quelques séquences bien tendues et terrifiantes ou d’intentions plutôt malignes bien que pas toujours correctement transformées, Territoires souffre peut-être de son absence de progression dramatique et d’un déséquilibre scénaristique criant, le film restant relativement constant et linéaire, sans climax et à plus forte raison, passé ses deux premiers tiers concentrant l’essentiel de son intérêt avant que son dernier acte ne retombe comme un soufflet que l’on regarde dès lors d’un œil bien détaché. Semi-réussite, semi-échec, Territoires déçoit et gâche son potentiel.

Bande-annonce :


TERRITOIRES : BANDE-ANNONCE VOST par baryla

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