LOVE & FRIENDSHIP de Whit Stillman : la critique du film
Sortie cinéma

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love & friendshipMondo-mètre
note 3.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Love & Friendship
Père : Whit Stillman
Date de naissance : 2015
Majorité : 22 juin 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h32 / Poids : NC
Genre : Comédie, romance

Livret de famille : Kate Beckinsale, Chloë Sevigny, Xavier Samuel, Stephen Fry, Emma Greenwell, Tom Bennett, Justin Edwards…

Signes particuliers : Le retour de Whit Stillman au cinéma se fait dans le charme et l’espièglerie amusée. Délicieux !

LES LIAISONS (PRESQUE) DANGEREUSES

LA CRITIQUE

Résumé : Angleterre, fin du XVIIIe siècle : Lady Susan Vernon est une jeune veuve dont la beauté et le pouvoir de séduction font frémir la haute société. Sa réputation et sa situation financière se dégradant, elle se met en quête de riches époux, pour elle et sa fille adolescente. Épaulée dans ses intrigues par sa meilleure amie Alicia, une Américaine en exil, Lady Susan Vernon devra déployer des trésors d’ingéniosité et de duplicité pour parvenir à ses fins, en ménageant deux prétendants : le charmant Reginald et Sir James Martin, un aristocrate fortuné mais prodigieusement stupide…114735.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxL’INTRO :

La découverte de Love & Friendship n’est pas dénuée d’une petite pointe d’émotion cinéphile. Car au-delà du film en lui-même, au-delà de son histoire, de son élégante distribution ou de la présence planante de Jane Austen, c’est surtout l’occasion de retrouver un magnifique metteur en scène malheureusement trop rare : Whit Stillman. Whit Stillman est de ces cinéastes à faire passer Terrence Malick pour un bourreau de travail. Avec seulement cinq longs-métrages en 26 ans de carrière, le réalisateur du formidable Cosmopolitan (Oscar du meilleur scénario original en 1990) revient au cinéma après cinq ans d’absence. Adaptant le célèbre Lady Susan, roman de Jane Austen écrit à la fin du XVIIIème siècle, Whit Stillman réinvite sous l’œil de sa caméra Chloë Sevigny et Kate Beckinsale, deux comédiennes qu’il connaît bien pour les avoir dirigées en 1998 dans Les Derniers Jours du Disco, entourées entre autres de l’excellent Yann Samuel ou de Stephen Fry.Love-Friendship-Movie-Wallpaper-22-1280x960L’AVIS :

« Ce qui est rare est précieux ». On espérait de tout cœur que l’adage s’applique à ce retour au cinéma de Whit Stillman, que le metteur en scène nous subjugue une fois de plus par son talent, avec la transposition à l’écran de ce délicieux récit d’époque choral tournant autour des turpitudes sentimentales de quelques nobles de l’aristocratie anglaise du XVIIIème. Pourtant, ce sera un léger sentiment d’inquiétude qui sera le premier à se manifester à l’entame de Love & Friendship. Le court ouvrage épistolaire de la romancière avait su faire tenir son intrigue vivace sur à peine 70 pages. Whit Stillman n’a pas cherché à étirer inutilement l’histoire et livre à son tour un film court sur pattes, 1h30 à peine, chose rare pour un film d’époque. Mais dès qu’il ouvre son bal amusé et satirique, le cinéaste fait le choix de présenter ses personnages de manière extra-diégétique, les affichant à l’image avec nom, prénom et fonction dans l’histoire (un « truc » très prisé des Tarantino et autres cinéastes geek). Sauf que leur nombre est tel, que l’on se perd rapidement dans l’ampleur de cette galerie, croulant sous les informations à retenir en craignant de passer un sale quart d’heure devant un film désarmant de confusion où l’on se noierait à ne plus savoir qui est qui, comment, pourquoi. Et puis la magie du cinéma de Wit Stillman entre en scène et reprend ses droits…love & frienshipToujours aussi fin, toujours aussi gracieux dès qu’il s’agit d’associer légèreté et profondeur, Stillman déroule avec malice et virtuosité du verbe et de l’image, son histoire lorgnant du côté des Liaisons Dangereuses (paru quelques années seulement avec la rédaction de Lady Susan). Badinage, marivaudage, complotisme amoureux, jeux machiavéliques, dangereuses alliances, douceur et naïveté, méfiances ou réputations en danger, Love & Friendship trouve le tempo d’une comédie en costumes à la fois drôle et séduisante, s’amusant des tourments et des émois de ses protagonistes riches et variés. Et la qualité première du cinéma de Whit Stillman de s’exprimer à travers eux. Le metteur en scène a toujours eu ce don d’être capable de dénicher de l’humanité dans tous ses personnages, qu’ils soient lumineux ou diaboliques, généreux ou égoïstes, brillants ou stupides (Cosmopolitan en était le meilleur exemple). C’est ce qu’il fait une fois de plus ici, notamment avec sa délicieuse Lady Susan, campée par une formidable Kate Beckinsale (chose assez rare pour être soulignée). Tout aussi vipère mesquine et manipulatrice qu’elle soit, Stillman parvient à en faire une superbe héroïne de cinéma, à laquelle on s’attache sans une once d’antipathie, comme on s’attache à l’angélique Frederica, sa fille, ou à ce Sir James, joyeux et gentil benêt drolatique (épatant Tom Bennett).love & frienshipSucrerie adorable, pleine de charme, d’amusement et d’exquise poésie, Love & Friendship ne négligence pas non plus sa présentation, avec ses beaux efforts de reconstitution soignée, ses superbes costumes, sa douce musique ou son élégante photographie. Et derrière l’apparente futilité de ce récit jouant avec l’amour et ses rouages et sous couvert d’une comédie de mœurs tout en volupté et en délicatesse, Whit Stillman de faire ce qu’il sait faire le mieux, comme il l’avait démontré il y a 25 ans avec Cosmopolitan, à savoir parler de l’être humain et de ses mille facettes, de sa versatilité à sa naïveté, de sa faiblesse à son optimisme, de son cynisme à sa beauté souveraine, de sa fourberie à sa tendresse, de son inconséquence à ses craintes… Parce que les êtres humains sont ainsi, aussi semblables de loin que différents de près, comme peuvent l’être mille et une étoiles dans la voie lactée.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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