JUSQU’À CE QUE LA FIN DU MONDE NOUS SÉPARE (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Seeking a Friend for the End of the World
Parents : Lorene Scarafia
Livret de famille : Steve Carell (Dodge), Keira Knightley (Penny), Melanie Lynskey (Karen), Adam Brody (Owen), Gillian Jacobs (Kathy), Connie Britton (Diane), Patton Oswalt (Roache), Derek Luke (Speck), Martin Sheen (Franck), Mark Moses (le présentateur tv)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h45 – 10 millions $

Signes particuliers (+) : Un film bouleversant, abordant différemment la fin du monde. De bons comédiens, de beaux personnages. Un ton original.

Signes particuliers (-) : Quelques baisses de rythme. Une réalisation sans folie.

 

JUSQU’À CE QUE LA FIN NOUS DÉCHIRE…

Résumé : L’astéroïde Matilda est sur le point de frapper la Terre. Toutes les missions ont échoué. L’humanité est condamnée. Il ne lui reste que trois petites semaines à exister. Dans ce chaos choquant, chacun réagit à sa façon. Dodge et Penny, voisins qui ne sont jamais parlés, sont seuls pour affronter les évènements…

Le nom de Lorene Scarafia était franchement inconnu jusqu’à aujourd’hui. La néo-réalisatrice qui signe là son premier film, a été l’auteure du script d’une petite comédie romantique en 2008 avec Michael Cera, Une Nuit à New-York. Basiquement, c’est tout. Il faut admettre en revanche que le pitch de son histoire est probablement le plus intrigant de tous les films sortant dans cet été pas très chaleureux dehors et que l’on aimerait voir un peu plus agréable dans les salles de cinéma. Jusqu’à ce que la Fin de Monde nous Sépare part d’une idée à la fois curieuse et mignonne comme tout : mêler la comédie romantique au film apocalyptique. En clair, comment faire un anti-Armageddon, 2012 en croisant Melancholia et Quand Harry Rencontre Sally.

Avec beaucoup d’humilité, Lorene Scarafia voulait s’attacher, à l’approche de la fin des temps, aux réactions de personnages tout ce qu’il y a de plus ordinaires, ni des héros sauveurs de l’humanité, ni des pères de famille courageux soulevant des montagnes pour sauver les leurs. Des gens normaux. Normaux comme l’acteur Steve Carrell par exemple, acteur star au physique pas spécialement gracieux, pas spécialement attirant, juste d’une banalité sans nom. Avec lui, Keira Knightley, qui elle ferait plus office de petite bombe mignonne mais qui est retravaillée dans son look pour paraître comme la madame tout-le-monde. A partir de ces deux-là et d’une galerie de personnages annexes sur lesquels on ne s’attardera guère mais qui aideront à cerner les différentes possibilités de réactions à l’annonce de la fin du monde et de la mort imminente de tout un chacun, l’apprentie cinéaste croise la comédie romantique, le drame et le film apocalyptique. Le résultat est un bonheur flottant sur un nuage.

Jusqu’à ce que la Fin de Monde nous Sépare ne cherche pas à être spectaculaire. Son état d’esprit est solidement ancré dans une triste réalité. Comment vivre ces trois semaines quand on se sait condamné. Comme le film le dit si bien, l’homme n’est pas fait mentalement pour pouvoir supporter la pression de se savoir voué à une mort certaine à une date définie. L’angoisse du passage à l’autre monde est une terreur tapie dans chacun de nous mais nos esprits en sont délivrés par l’absence d’une matérialisation prédéfinie. On ne sait pas quand, comment en c’est ce qui nous permet de vivre. Les personnages du film, eux, savent que la fin est prévue. Ils savent quand, comment, ils savent qui ne leur reste que trois semaines d’existence. Comment les vivre, quoi faire est la question ? On serait tenté de se dire qu’il faut profiter au maximum. Mais la réalité est que c’est plus facile à dire qu’à faire car l’éternel problème du « à quoi bon ? » est présent à chaque minute, renforcé par l’angoisse du temps qui file en nous menant droit vers une mort inéluctable et terrifiante. Alors il y a ceux qui s’éclatent, qui vivent toutes les folies, ceux qui font tout ce qu’ils n’ont jamais fait, ceux qui basculent dans l’anarchie violente, motivé en réalité par la peur, ceux qui attendent avec mélancolie, résignés, ceux qui continuent le train-train quotidien pour donner un semblant de sens à ces trois semaines aussi courtes que longues à la fois, ceux qui baissent les bras et préfère mourir tout de suite plutôt que reculer l’échéance fatidique… Chacun réagit à sa façon devant la mort. Dodge, lui, ne sait pas comment la vivre. Il est paumé, choqué. D’autant plus depuis que sa femme l’a quitté brutalement en apprenant la nouvelle, sortant de la voiture qui les menait vers chez eux un soir où la douloureuse nouvelle est tombée à la radio. Leur vie commune n’avait déjà plus de sens depuis un moment alors à quoi bon la prolonger jusqu’au bout. Dodge se retrouve seul. Et s’il y a bien une chose qui est pire que voir la mort en face, c’est bien de devoir l’affronter seul. Il serait facile, dans ces temps troublé, de trouver quelqu’un d’aussi seul. De partager cette fin mais encore une fois à quoi bon ? Dodge ne veut pas s’attacher à quelqu’un maintenant, en sachant qu’une date de péremption frustrante viendrait mettre un terme à tout bonheur trouvé dans ces temps ultimes. Sa démarche n’est pas idiote. Il n’y aurait rien de plus cruel que de succomber au charme de quelqu’un maintenant. Il basculerait en pleine tragédie de vie devant un bonheur fulgurant qui a peine commencé devrait prendre fin. Cette frustration, Dodge préfère la refuser. Quitte à rester seul. Mais parfois, quand le Destin a décidé quelque chose, comment le contredire. Penny, elle, a choisi le pire moment pour rompre avec son petit-ami. Ces deux voisins qui ne sont jamais parlé se retrouvent comme deux âmes en peine, démunis devant l’horreur. Alors pourquoi pas la vivre ensemble ? C’est ainsi que va naître une fabuleuse histoire d’amour. Une histoire d’amour condamnée, qui sera éphémère, péremptoire. Dodge va faire exactement ce qu’il refusait catégoriquement de faire : trouver quelqu’un, vivre quelque chose. Mais ce bonheur est marqué par une oppressante épée de Damoclès qui surplombe leurs têtes.  Cette astéroïde qui fonce sur la Terre et qui va balayer tout sur son passage, leur vie, leur bonheur naissant.

Jusqu’à ce que la Fin de Monde nous Sépare est un petit bijou d’intelligence qui nous renvoie, certes avec beaucoup de facilité, a une réalité simple mais que l’homme, dans toutes ses contradictions, oublient sans cesse, encore et encore à chaque fois qu’il en pend conscience, retombant dans ses travers. La vie est courte de toute manière, surtout pour le bonheur. Nous sachant condamnés de toute manière par « l’imperdurabilité » de nos enveloppes charnelles, nous n’aurons jamais assez de temps pour vivre nos vies comme on en rêverait, nous n’aurons jamais assez de temps pour profiter du bonheur. Ce triste constat fataliste en apparence mais réaliste, est valable que nous vivions 30, 50 ou 80 ans. Alors, si le bonheur doit être éphémère, réduit à trois pauvres semaines, doit pour autant le dénier ? Doit-on lui tourner le dos sur ce prétexte limité et contredit par le fait que, de toute manière, même avec dix ans de plus, il nous semblera toujours fugace ? L’histoire d’amour qui va naître entre Dodge et Penny n’en sera au contraire que plus forte. Tout sera accéléré. Pas le temps de tourner autour du pot, pas le temps de minauder, pas le temps de prendre son temps, qu’ils n’ont pas, au demeurant. Et peut-être sera t-il furtif mais au moins, il sera fort et vibrant, permettant de surmonter ces derniers instants. Au moins, la mort n’en sera que plus douce. Oui, c’est frustrant mais qu’importe d toute manière.

Jusqu’à ce que la Fin de Monde nous Sépare a l’air lourd, tragique, mélancolique. Et indéniablement, il l’est. Pourtant, ce qui est sublime chez Lorene Scarafia, c’est sa propension à ne finalement pas parler de la mort, du chaos, de la tragédie de cette situation désespérée. Son film parle au contraire de la vie, de la lumière, de l’espoir, de beauté. Les thématiques soulevées par le film sont paradoxales en regard de son sujet mais la cinéaste marche avec grâce dans son univers apocalyptique et nous donne une puissante parabole de la nécessité de vivre le temps présent avec passion, d’en savourer chaque seconde, chaque minute car chacune d’elles compte et comptera au final, au moment de lâcher prise. La mort n’attend pas, le temps non plus, mais le bonheur lui aussi n’attend pas. Le saisir quand il se présente, au mépris des circonstances est une absolue nécessité. Et c’est ce sublime message d’espoir que la réalisatrice déploie dans un film à la fois drôle, émouvant, bouleversant.

Lorene Scarafia débute. Son premier long-métrage n’est pas exempt de défauts bien sûr. Quelques petits ralentissements de rythme ça et là, dans un scénario riche. Une réalisation pas forcément virtuose, simple. Mais la puissance qui s’en dégage, son optimiste qui parvient à surclasser avec brio son fatalisme, résonne encore dans les têtes longtemps après la fin d’une projection qui nous retourne les cœurs. Voir ces deux personnages succomber à une romance trahie par le temps mais muée par la force de vivre ce qu’il reste à vivre, est une douloureuse leçon de vie douce-amère que l’on espère marquée d’un happy end qui serait aussi salvateur que mérité. Car se connaître si tard, trop tard, est injuste. Jusqu’à ce que la Fin de Monde nous Sépare est tenu par un ton aussi grave que léger, par une drôlerie décalée qui fait face au dramatique. La fable est facilement illustrée, c’est vrai. Mais l’alchimie qui naît entre ses personnages donne à l’œuvre une authenticité audacieuse débordante. Dépressif en apparence, il devient lumineux grâce à ce couple asymétrique, tordu par leurs différences et pourtant ravissant et complémentaire dans l’âme. On pense à Gondry. Parfois. Mais ce mélo burlesque sentimental sous forme de road movie qui part dans tous les sens à l’image du monde qu’il dépeint, réussi son pari avec une certaine étrangeté. On pourrait presque prendre peur face à certaine conventionalités mais il faut se méfier systématiquement des apparences avec Jusqu’à ce que la Fin de Monde nous Sépare. Le meilleur exemple resterait la fin qui pourrait paraître navrante de prime abord avant qu’elle ne nous délivre la plus belle scène du film. Magnifique.

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2 commentaires à propos de “JUSQU’À CE QUE LA FIN DU MONDE NOUS SÉPARE (critique)

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