DRAGON GATE : LA LÉGENDE DES SABRES VOLANTS – critique (action)

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note 3.5
Carte d’identité :
Nom : Long men fei jia / Flying Sword of Dragon Gate
Pères : Tsui Hark
Livret de famille : Jet Li (Chow Wai On), Zhou Xun (Jade), Kun Chen (Yu Hua Tian), Gordon Liu (Wan Yulou), Lunmei Kwai (la princesse), Yuchun Li (Gu Shaotang), Siu-Wong Fan (Ma Jinliang)…
Date de naissance : 2011
Majorité au : 26 juin 2013 (en DVD)
Nationalité : Chine
Taille : 2h01
Poids : 35 millions $

Signes particuliers (+) : Quelques rares soubresauts rappelant qu’il s’agit de Tsui Hark aux commandes qui reforme enfin son duo avec Jet Li.

Signes particuliers (-) : Un échec artistique total, film passablement ennuyeux sans maîtrise ni narrative ni visuelle, plombé par son artificialité numérique hideuse voire ridicule et son écriture bordélique n’intéressant jamais à ses multiples intrigues ou ses nombreux personnages. A oublier.

 

CETTE PORTE DU DRAGON EST A REFERMER

Résumé : Durant le règne de la Dynastie Ming marquée par la terreur des conseillers eunuques de l’Empereur, l’auberge du dragon, un repaire de voleurs perdu au fin fond du désert, va être le théâtre d’une lutte sans merci pour un fabuleux trésor légendaire enfoui dans quelque part dans le salle et dénichable qu’une fois tous les soixante ans, lorsqu’une tempête de sable frappe les lieux…

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L’INTRO :

Serait-ce le début de la fin pour lui aussi ? Tsui Hark a traversé ses temps-ci une période difficile marqué par des films en demi-teinte voire des échecs artistiques. La pas terrible séquelle La Légende de Zu, le très moyen Black Mask 2, le segment catastrophique dans le projet choral Triangle, un Missing très pauvre et un All About Women carrément pathétique, depuis 2000 et l’excellent Time and Tide, Tsui Hark est à la peine. Pourtant, jamais sa « fin » n’a été évoqué, tout simplement parce que contrairement à d’autres cinéastes à la gloire fanée, il a su aussi se montrer capable de réveil étincelant comme avec Seven Swords en 2005 ou le moins bon mais quand même pas mal Detective Dee en 2010. Sauf qu’aujourd’hui, c’est avec un grand étonnement que l’on voit débarquer son dernier Dragon Gate, La Légende des sabres Volants directement en DVD, sans passer par la case salles obscures et qui plus est, un et demi ans après sa sortie en Chine. Tsui Hark serait-il tombé en disgrâce ? On le saura bien assez tôt avec le traitement réservé à son prochain Young Detective Dee.

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Pour l’heure, concentrons-nous donc sur ce dernier film, une grande fresque historique d’un peu plus de deux heures typique du cinéma chinois, mêlant légendes, histoire et combats d’arts martiaux percutants et chorégraphiés. Tsui Hark retrouve pour l’occasion, un acteur phare du cinéma asiatique qu’il n’avait plus dirigé depuis les années 90 et sa glorieuse saga des Il Etait une Fois en Chine. On parle bien de Jet Li, dont la carrière patine un peu, et qui n’avait plus collaborer avec Tsui Hark depuis le sixième et dernier volet de la saga, en 1997. Tsui Hark + Jet Li dans une fresque historique d’action ? Autant dire qu’il en fallait pas plus pour nous mettre la bave aux lèvres. Pour épauler le comédien, Hark fait également appel à quelques acteurs et actrices de premier choix. Gordon Liu, tout d’abord. On retrouve également Lunmei Kwai (qui avait déjà tourné pour Hark dans All About Women), Zhou Xun (la talentueuse actrice asiatique de Cloud Atlas) ou encore Kun Chen (Balzac et La Petite Tailleuse Chinoise, Mulan). Enfin, Hark réussit à dégoter des financements assez importants pour mettre en boîte son histoire et ses idées folles puisque Dragon Gate s’appuie très gros budget de quand même 35 millions de dollars. De quoi faire quelque-chose de vraiment pas mal avec un film qui permet au cinéaste de revisiter son passé puisqu’il illustre à nouveau, avec quelques changements, un film qu’il avait tourné en 1992. Dragon Gate n’est en effet qu’une sorte de remake de son Auberge du Dragon, déjà lui-même un remake d’un classique de 1966 signé King Hu, Dragon Gate Inn.

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L’AVIS :

Et ça commence plutôt bien avec une ouverture qui n’est pas sans rappeler celle de Missing. Un immense travelling aérien virtuose, survolant un port dans la Chine antique de la Dynastie Ming. Ca fait du bien de retrouver Tsui Hark ! Sauf que voilà, cette entame anecdotique est l’arbre qui cache la forêt avec le début des « festivités » ratées. Dragon Gate nous embarque dans une fumeuse histoire de trésor caché qu’il n’est possible de déterrer qu’une fois tous les soixante ans en profitant d’une tempête de sable. A cela s’ajoute des intrigues et complots nous emmenant dans les sinueux couloirs du monde politique avec les tout-puissants  eunuques proches de l’Empereur et bien entendu la légendaire auberge de la Porte du Dragon, repaire des voleurs chère aux deux précédents films.

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Comme Detective Dee, Dragon Gate est bancal. Sauf que cette fois-ci, les défauts du film ont vite fait d’enterrer complètement l’œuvre tout entière en la couvrant à la fois de ringardise et de ridicule. Oui, Dragon Gate, premier wu xia pian entièrement tourné en 3D, est un nanar voyant un Tsui Hark à la limite de l’auto-parodie gênante. Contrairement à d’autres illustres metteurs en scène qui déclinent faute de savoir innover et recherchant dans leur passé, leur salut, Tsui Hark lui, décline parce qu’il innove. Un comble ! Auparavant pionnier de l’expérimentalisme imbriqué au divertissement, cet artiste qui a toujours tout mis en œuvre pour rester à la page, pour créer, innover, surprendre, tester, mettre en images les idées folles qui lui parcouraient le cerveau, Tsui Hark passerait presque aujourd’hui pour un « vieux qui essaie maladroitement de rester dans le coup ». Le train de la modernité est passé, Hark a essayé de le prendre au passage pour combler son retard. Avec Detective Dee, il découvrait les effets en CGI. Avec Dragon Gate, il s’y jette à corps perdu, livrant un métrage entièrement post-tripoté par ordinateur où l’absence de naturel brûle les yeux. Cascades, combats, trucages, tout est artificiel dans un emploi à tout-va des nouvelles technologies (et pas des meilleures) qui malheureusement, donne un rendu d’une laideur dépassant les bornes du supportable (le gros point noir du cinéma chinois pour l’heure). Sur ce grand n’importe quoi bordélique, ennuyeux et moche, Dragon Gate nous appose une narration indigeste et mal structurée qu’il est difficile de suivre tant elle se révèle peu intéressante ou plutôt mal racontée. On se contrefiche autant des personnages que des multiples intrigues nébuleuses et restent alors seulement des combats et de l’action mais qui rivalisent dans l’horripilant.

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Avec ses problèmes de rythme, d’écriture, de montage et son rendu visuel affreux, Dragon Gate rebute et marque une cruelle désillusion de voir Tsui Hark enchaîner de nouveaux les grands films. Le cinéaste essaie pourtant de livrer un spectacle populaire dense et généreux mais il ne réussit qu’à nous perdre une fois de plus dans un puzzle scénaristique et ce dès les premières minutes et sa séquence de combat hideuse avec des rondins de bois (qui rappelle Il Etait une Fois en Chine au passage), passage qui n’a ni charme, ni authenticité, ni génie. Poussif serait un euphémisme pour qualifier cet échec Dragon Gate, blockbuster déstabilisant de sérieux voyant peut-être trop grand. Les personnages entrent et sortent de l’histoire, viennent, partent, reviennent, au gré des twists et rebondissements intégrés à une histoire mythologique rarement limpide et vertigineuse au point d’en donner la migraine. Comme à son habitude, Hark a des idées foisonnantes mais leur retranscription est catastrophique, au moins autant que la chorégraphie des combats qui partaient pourtant souvent à la base, sur une scénographie intéressante. Seul point au sauver, une élégante 3D qui apporte beaucoup à l’image, ce qui ne fait que renforcer alors notre frustration.

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Œuvre sincère mais vulgairement tape-à-l’œil et faussement intelligente, Dragon Gate est à oublier. Ce Wu Xia lorgnant vers le fantastique est à des années lumières d’un Seven Sword qui, même massacré au montage, déployait bien plus de qualités que cet essai douloureux et brouillon qui marque une réalité : Tsui Hark est encore un grand metteur en scène plein d’idées, d’euphorie et d’emphase mais qui peine à formuler tout ça dans des œuvres dignes de son rang ou plutôt digne de la nostalgie que l’on a de son immense cinéma d’antan. Toutefois, on notera que le film, qui a couru les festivals, semble recueillir de plutôt bonnes critiques même si elles sont parfois nuancées. Fans de Tsui Hark, faites-vous donc votre propre idée.

Bande-annonce :

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