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PROXIMA d’Alice Winocour : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Proxima
Mère : Alice Winocour
Date de naissance : 2019
Majorité : 27 novembre 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h47 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Eva Green, Matt Dillon, Sandra Hüller…

Signes particuliers : Un traitement original (et profondément émouvant) du film sur la conquête spatiale.

UN FILM SPATIAL… LES PIEDS SUR TERRE

NOTRE AVIS SUR PROXIMA

Synopsis : Sarah est une astronaute française qui s’apprête à quitter la terre pour une mission d’un an, Proxima. Alors qu’elle suit l’entraînement rigoureux imposé aux astronautes, seule femme au milieu d’hommes, elle se prépare surtout à la séparation avec sa fille de 8 ans. 

Que donnerait Ad Astra selon un regard plus auteuriste délaissant la science-fiction pour le drame intimiste ? Peut-être une sorte de Proxima justement, le nouveau long-métrage de la réalisatrice Alice Winocour. Parce que la aussi il est question d’amour filial sur fond de quête spatiale. Mais la comparaison va vite s’arrêter là tant les deux films sont chacun aux antipodes du spectre cinématographique. La dernière fois que l’on a eu affaire au cinéma de l’ex « fémisarde » Alice Winocour, c’était avec Maryland, épouvantable sortie de piste avec Diane Kruger et Matthias Schoenaerts présentée au festival de Cannes. Quatre ans plus tard, la cinéaste livre son troisième long-métrage et elle montre enfin ce dont elle est vraiment capable. Proxima y suit une spationaute française (Eva Green) choisie pour une mission spatiale d’un an en compagnie de deux confrères américain et russe. Si la pression est intense, encore plus parce qu’elle est une femme dans un milieu d’hommes, la préparation dans un centre spatial en Russie l’est encore plus. A cet entraînement physique très difficile, s’ajoute le psychologique, surtout quand on est mère et que l’on va devoir abandonner sa petite fille de huit ans au nom de son rêve. Sarah va devoir gérer le mélange de joie, de douleur et de déchirement.

Paradoxalement, Alice Winocour signe un film le plus terrestre de tous les films spatiaux. Car au cœur du film, il n’est finalement pas tellement question de quête interstellaire, de planètes lointaines et d’expédition spectaculaire. De l’espace, on ne verra d’ailleurs rien, aucune image. Proxima reste vissé au plancher des vaches et s’attache à travers la préparation de cette astronaute prête à s’envoler vers son rêve, à raconter une émouvante relation mère-fille, à dresser le portrait d’un conflit intérieur déchirant quand une femme est sur le point d’accomplir un exploit dont elle rêve depuis toute petite, mais que la réalité de sa vie de mère lui rappelle ce qu’elle est sur le point de sacrifier. En cela, Proxima explore un sujet magnifique et finalement souvent relégué dans la marge. A tout voyage dans l’espace, il y a un départ. Et à tout départ, il y a des adieux avec les êtres qui nous sont chers. C’est cela qu’Alice Winocour a choisi de raconter et de filmer, la peur et la douleur des adieux qui laisse une pointe d’amertume dans l’excitation de l’aventure.

Intimiste, sensible, subtil, profondément maternel et un peu féministe aussi, Proxima quitte donc le terrain de la science-fiction imaginaire et lui préfère le drame du réel. Alice Winocour évacue volontairement l’envol vers les étoiles pour nous immerger pleinement de la période passionnante qui le précède, entre stimulation et conflit moral complexe, elle évacue le lyrisme du spectacle factice pour rechercher un réalisme sensoriel. Son film nous imprègne fortement du parcours du combattant subi par les astronautes, de la dureté de la préparation à la façon dont chacun gère les séparations. Très documenté et constamment dans l’exactitude du monde qu’il dépeint (au point de s’offrir un caméo du respecté Thomas Pesquet), Proxima en devient très immersif, charnel, solaire, authentique, aidé dans sa tâche par une saisissante Eva Green dans l’un des rôles les plus puissants de sa carrière. La comédienne, hyper investie, donne tout pour cette histoire et magnifie chaque plan par la force de son jeu sorti des tripes. Au final, sans jamais quitter le sol terrestre, Proxima nous fait vivre un grand voyage, nous expédie dans une odyssée vibrante à la fois fascinante et universelle. Fascinante comme ce monde à part des astronautes héroïques. Universelle comme cette ouverture vers une réflexion sur ce que l’on est prêt à sacrifier pour nos rêves.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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