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THE IRISHMAN de Martin Scorsese : la critique du film [Netflix]

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : The Irishman
Père : Martin Scorsese
Date de naissance : 2019
Majorité : 27 novembre 2019
Type : sur Netflix
Nationalité : USA
Taille : 3h29 / Poids : NC
Genre : Thriller, Biopic

Livret de famille : Robert De Niro, Al Pacino, Joe Pesci, Harvey Keitel, Bobby Cannavale, Ray Romano, Stephen Graham, Anna Paquin, Jesse Plemons…

Signes particuliers : L’un des plus grands évènements ciné de l’année… est sur Netflix.

SCORSESE EN MODE MAGISTRAL

NOTRE AVIS SUR THE IRISHMAN

Synopsis : La vie de Frank « The Irishman » Sheeran, soupçonné d’avoir fait disparaitre le dirigeant syndicaliste Jimmy Hoffa en 1975.   

Martin Scorsese est véritablement partout en ce moment. Au cinéma, où son impact est tellement visible dans Joker (affilié à Taxi Driver et surtout La Valse des Pantins). Et surtout sur Netflix avec The Irishman, un nouveau long-métrage s’annonçant comme l’apogée de son cinéma. Rencontre entre la petite histoire (celle de la Mafia) et la grande (l’histoire de l’Amérique, de l’élection de Kennedy à la guerre d’Irak), The Irishman est un film d’une ampleur démentielle. Une ampleur qui rivalise avec celle de Casino ou de Gangs of New York.

The Irishman, basé sur le livre I Heard You Painted Houses, est avant tout l’histoire de Frank Sheeran (De Niro), un vétéran américano-irlandais de la Seconde Guerre Mondiale qui, suite à sa rencontre avec Russell Buffalino (Joe Pesci), finit par devenir tueur pour le compte de la mafia. Avant de devenir le garde du corps et l’ami proche de Jimmy Hoffa (Al Pacino), l’un des hommes les plus puissants de l’Amérique, alors aussi connu que Les Beatles selon Sheeran…

Trois heures et demie de film. Il fallait bien cela pour que Scorsese puisse raconter son histoire. Trois heures et demie que l’on observe, conscient du temps qui passe. Car comment parler d’un film sur le vieillissement, sur les regrets des actes passés, et sur la décrépitude en une heure trente ? Car oui, malgré tout ce qui a été dit sur le de-aging des acteurs principaux, la vieillesse est le véritable sujet du film. Le casting en est la preuve. Robert De Niro, Harvey Keitel, Joe Pesci… Tant d’acteurs que l’on a connu jeunes dans le cinéma de Martin Scorsese, qui finissent par devenir vieux aujourd’hui. The Irishman est un film qui est le reflet de la mentalité de son auteur. Celle d’un homme vieillissant qui se rapproche lentement mais inévitablement de la mort. Prêt à s’offrir une dernière valse avec ses compagnons tant qu’il en est encore temps.

Le procédé de de-aging (rendre un acteur plus jeune par effets spéciaux) se justifie pleinement par l’idée de voir des personnages vieillir sous nos yeux. Malheureusement, la technique n’est pas aussi bluffante et réussie que ce que Marvel a pu faire avec Samuel L. Jackson dans Captain Marvel par exemple. Si ce phénomène n’est pas trop dérangeant sur De Niro, invisible sur Al Pacino, c’est surtout pour Joe Pesci qu’il est très (trop) visible. Le procédé est surtout largement visible notamment lorsque que les acteurs en bénéficiant se retrouve entourés de ceux qui n’en bénéficient pas. Heureusement, cela ne dérange pas tant que cela, tant que le scénario et les acteurs sont captivants.

L’acteur phare de ce nouveau Scorsese n’est autre que son nouveau venu : Al Pacino. Celui-ci s’y révèle extraordinaire, et il s’agit sans aucun doute de son plus grand rôle depuis au moins 20 ans. Pacino, comme Jimmy Hoffa, vole la vedette au reste du casting, ainsi qu’aux autres personnages. C’est sa performance à grand coup de « cock sucker » qui cannibalise l’écran. À tel point qu’il apparaît en candidat on ne peut plus crédible à l’Oscar. De Niro, lui, impressionne beaucoup moins tout en étant très juste. Il se « contente » de faire du De Niro tel qu’on a pu le voir dans Les Affranchis ou Casino. Jusqu’à ce qu’arrive la dernière partie où il se montre absolument bouleversant en vieil homme esseulé. Joe Pesci, lui, nous prend à contre-pied en jouant un personnage presque tendre, très calme, très discret, a l’opposé des rôles de brutes dans ses précédentes collaborations avec Scorsese. Les retrouvailles de ces deux immenses acteurs sont celles qui apporteront le plus d’émotion. Dans Raging Bull, Pesci et De Niro étaient deux frères ayant une véritable relation amour-haine. La haine finissant par triompher. Ici, nous avons une relation quasi fraternelle, tenant bien plus de l’amour que de la haine. Une scène en particulier nous fait comprendre que peu importe ce qu’il se passe, Russell (le personnage de Pesci) protégera autant que possible Frank Sheeran. Une scène qui risque de pousser au bord des larmes un grand nombre de spectateurs. Quant à Harvey Keitel, bien que beaucoup moins présent, incarnant ainsi une forme de menace invisible, il réussit à tirer son épingle du jeu, notamment au détour d’une scène hilarante où il se retrouve face à Pesci et De Niro.

On ne pensait pas pouvoir être autant bluffé par la maîtrise de Scorsese, étant donné sa filmographie. On avait tort. Multipliant les plans-séquences et les très longs mouvements de caméra, Scorsese réussit à introduire une énergie folle pendant une longue partie de sa nouvelle œuvre. Avant de ralentir en utilisant bien plus de plans fixes, transmettant une énergie plus tragique, plus mortifère, ralentissant volontairement son récit. Pas de climax ici (ce que l’on observait déjà vu dans Les Affranchis et Casino). Plus le temps passe, plus on est en attente de la fin. Tel le personnage de De Niro qui n’attendra plus qu’une chose : sa destinée.

Mean Street, Les Affranchis, Casino et maintenant The Irishman. La boucle est bouclée. Bien qu’il soit injuste de réduire Scorsese à ces quatre seuls films, on ne peut nier qu’il s’agit du cœur de son œuvre. Une œuvre qui a pour point d’orgue une fresque opératique en 4 volumes. Démarrant au plus bas de la rue dans Mean Street puis allant jusqu’à frôler les plus hautes sphères de la mafia et de la politique américaine, Scorsese semble en avoir définitivement terminé avec le cinéma de gangster. En ayant signé ce qui restera comme les films du genre les plus importants depuis le Nouvel Hollywood (sans oublier Le Parrain et Il était une fois en Amérique), Scorsese réussit à apporter un point final à cette odyssée. Nous n’avons plus besoin de voir un nouveau film de Scorsese avec De Niro, Pesci, etc. Plus la peine de voir un film réunissant Robert de Niro et Al Pacino. The Irishman suffit. Dans Who’s that Knocking at my door, un jeune Harvey Keitel parlait avec passion de La Prisonnière du désert, l’un des plus grands films de John Ford, probablement le réalisateur le plus important de la période classique d’Hollywood. C’était il y a un peu plus de 50 ans. Un demi-siècle est passé. Pour les cinéphiles de nos jours, la génération du Nouvel Hollywood est finalement devenue l’équivalent de celle du Hollywood de l’âge d’or. Légendaire et mythique, passionnée et passionnante. Et Martin Scorsese est probablement le cinéaste le plus représentatif de cette période. C’est une véritable tragédie de ne pouvoir voir The Irishman qu’en exclusivité sur Netflix, tellement ce film (et tous ceux de son auteur) méritent d’être vus sur de grands écrans.

BANDE-ANNONCE :

Par Hugo Turlan

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