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MY BEAUTIFUL BOY de Felix Van Groeningen : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : My Beautiful Boy
Père : Felix van Groeningen
Date de naissance : 2018
Majorité : 06 février 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h01 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Steve Carell, Timothée Chalamet, Jack Dylan Grazer, Maura Tierney, Timothy Hutton, Kaitlyn Dever…

Signes particuliers : Bouleversant et porté par d’exceptionnels comédiens.

HEU… POURQUOI STEVE CARELL N’EST PAS AUX OSCARS DÉJÀ ?!

LA CRITIQUE DE MY BEAUTIFUL BOY

Synopsis : Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire. Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à l’héroïne et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance. Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille. 

Trois ans après Belgica, le réalisateur des plébiscités La Merditude des Choses et Alabama Monroe poursuit son ascension et signe son premier film américain. Avec My Beautiful Boy, le flamand Felix van Groeningen s’attaque à un drame dur et poignant racontant l’histoire douloureuse d’un père qui s’est battu sans relâche, encore et encore pendant plus de dix ans, pour sortir son fils de l’enfer de la drogue. Produit par Plan B, la société de Brad Pitt, My Beautiful Boy est l’adaptation de deux romans conjugués en un seul long-métrage. D’un côté, celui de David Sheff, le père en question ici interprété par Steve Carrell, qui avait raconté ce combat difficile dans un livre de mémoires particulièrement bouleversant. De l’autre, celui de Nic Sheff, son fils incarné dans My Beautiful Boy par l’étoile montante Timothée Chalamet, qui avait également publié un livre parallèlement à celui de son paternel, où il racontait la tragédie de son addiction.

 Dans un style très différent, My Beautiful Boy pourrait bien venir se ranger aux côtés des plus grands films témoignant du fléau de la drogue, sur l’étagère où reposent les Panique à Niddle Park, Trainspotting et autre Requiem for a Dream. L’apport du film de Van Groeningen au genre, en plus de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle la drogue est souvent associée à la précarité et aux bas-fonds de grandes villes, est d’apporter un nouvel éclairage sur ce Mal en explorant non pas le combat d’un jeune homme ou sa tentative de reconstruction après des années de déchéances (ce qui a été fait mainte et mainte fois), mais d’observer conjointement l’addiction, les tentatives pour s’en sortir, l’espoir et les rechutes, le tout à travers le prisme d’une famille toute entière ébranlée par cet engrenage infernal. Et plus qu’un simple pamphlet contre la drogue, My Beautiful Boy de devenir une histoire d’amour filiale, une histoire de résilience et de fatalisme, mais aussi une histoire questionnant les rapports parents-enfants et l’éducation via le portrait de ce père impliqué en plein désarroi qui s’interroge sur les liens forts et complices créés avec son fils et qui semblent se retourner contre lui aujourd’hui.

Incarnée par deux immenses comédiens qui offrent des interprétations viscérales et dévastatrices de conviction (Chalamet brille encore et mention à Steve Carrell dont c’est clairement l’année du sacre après ses fabuleuses performances dans Marwen et le prochain Vice), l’histoire de My Beautiful Boy est une déflagration émotionnelle dont la dureté est à aller chercher dans le réalisme que tente d’entretenir Van Groeningen pour traiter son sujet. En mêlant à son drame le portrait d’un adolescent qui essaie de comprendre sa souffrance et pourquoi il a vrillé, et celui d’un père qui cherche où il a pu échouer, My Beautiful Boy s’enrichit constamment en s’efforçant d’explorer, même brièvement, toutes les pistes et directions qui s’offrent à lui. A ce titre, peut-être que le film aurait mérité davantage de longueur pour justement avoir le loisir de devenir une fresque cinématographique plus ample et totale. Mais déjà en deux heures, Van Groeningen arrive à faire beaucoup avec un mélodrame qui remue en profondeur.

Seul reproche à ce bel effort, sa bande originale. On connaît le penchant du cinéaste flamand pour la musique. Dans Alabama Monroe et surtout Belgica, Félix Van Groeningen avait démontré que son style se caractérisait par un mariage permanent et indissociable entre images et chansons. L’ennui, c’est que dans le cas de My Beautiful Boy, la musique qu’il affectionne tant devient un frein à la mise en scène d’une histoire, qui en appelait au silence et à la simplicité. Désireux d’injecter beaucoup de morceaux, le metteur en scène en place tout du long, utilisant d’ailleurs la musique comme un ressort narratif pour illustrer un lien entre ce père et son fils autour de cette passion commune. L’idée était bonne mais Van Groeningen se loupe dans son exploitation. Au lieu de se contenter d’utiliser et de filmer la musique comme une passion commune réunissant ses deux personnages, le cinéaste cherche à en mettre partout, tout le temps, surtout quand elle n’a pas lieu d’être. Le schématisme de cette manière de forcer la musique sur les images finit par devenir agaçant, d’autant qu’aussi belles soient-elles (on parle de John Lennon ou de Neil Young quand même), les chansons ont tendance à régulièrement surcharger des passages qui auraient clairement gagné à être épurés, silencieux, pour mieux se reposer sur l’émotion qu’ils amenaient d’eux-mêmes. Ce manque de discernement et cette gratuité de la musique à tout prix gâchent l’impact de plusieurs scènes parmi les plus fortes du film. A l’avenir, Van Greoningen va devoir apprendre à adapter son style à ses histoires et non pas imposer aveuglément sa recette à tout ce qu’il touche au risque d’échouer.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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