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ADN de Maïwenn : la critique du film [festival de Deauville]

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Carte d’identité :
Nom : ADN
Mère : Maïwenn
Date de naissance : 2019
Majorité : 28 octobre 2020
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h30 / Poids : NC
Genre : Drame

 

Livret de famille : Maïwenn, Louis Garrel, Fanny Ardant, Marine Vacth, Dylan Robert…

Signes particuliers : La Palme d’or 2020 que l’on aura jamais ?

 

 

MAÏWENN EN PLEINE QUÊTE IDENTITAIRE

NOTRE AVIS SUR ADN

Synopsis : Neige, divorcée et mère de trois enfants, rend régulièrement visite à Émir, son grand-père algérien qui vit désormais en maison de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a élevée et surtout protégée de la toxicité de ses parents. Les rapports entre les nombreux membres de la famille sont compliqués et les rancœurs nombreuses… Heureusement Neige peut compter sur le soutien et l’humour de François, son ex. La mort du grand-père va déclencher une tempête familiale et une profonde crise identitaire chez Neige. Dès lors elle va vouloir comprendre et connaître son ADN.  

 

Au compte-gouttes, on découvre petit à petit les films qui auraient dû animer la sélection « Cannes 2020 » annulée pour les raisons que l’on connaît. Parmi eux, ADN, le nouveau long-métrage de l’actrice-réalisatrice Maïwenn après les excellents Le Bal des Actrices, Polisse ou Mon Roi. Et autant dire qu’en attendant d’avoir pu faire le tour de ce que la manifestation avait à proposer, ADN fait déjà office de coup de cœur et de digne prétendant à une Palme d’Or imaginaire. Dans ADN, Maïwenn déroule la trajectoire de Neige, une mère divorcée partagée entre ses trois enfants et son grand-père d’origine algérienne qu’elle admire et auquel elle rend souvent visite dans la maison de retraite où il finit ses jours aujourd’hui, frappé par la maladie d’Alzheimer. Quand ce dernier décède, la famille se réunit dans une atmosphère de tempête, rapports compliqués, rancœurs et interrogations sur soi remontant à la surface dans un tourbillon hystérique.

La force du cinéma de Maïwenn a toujours été sa justesse. Peu importe les sujets qu’elle a pu aborder, la cinéaste a toujours eu ce don du regard, de la manière juste pour les retranscrire en emportant sur son passage avec une puissance indescriptible, un spectateur incapable de trouver une porte de sortie aux déluges émotionnels qui sont l’une des caractéristiques de son travail. Avec ADN, Maïwenn évolue dans le personnel. Elle s’y raconte beaucoup, mais pas que. Disons qu’elle se sert de son histoire, qu’elle se transforme en héroïne de cinéma, pour aborder des choses qui feront résonance chez tout le monde.

ADN est un chemin tortueux dans l’histoire d’une famille. Dans celle de ce grand-père qui se raccroche à ses souvenirs vaporeux grâce à ouvrage photos confectionné pour lui par sa famille. Dans celle de cette petite-fille qui va se questionner sur ses origines. Dans celle de tous les membres de ce microcosme cosmopolite où chacun a pris des directions différentes. La force du film est d’arriver à raconter ce voyage à partir d’un événement précis sans tomber dans la facilité du flashback pour dérouler le passé et le présent, pour expliquer l’un en montrant l’autre. Il suffit d’un deuil (le décès de ce patriarche-pilier) pour que ce microcosme familial se retrouve. Et de cette réunion affligée, tout va se dire naturellement, sans avoir besoin de remonter dans le temps. Maïwenn arrive à tout dire en restant au présent, en jouant seulement avec les interactions, les disputes, les moments de tendresse ou de douleur. Et malgré quelques maladresses sur la gestion des personnages (qui entrent et sortent du récit de manière parfois un peu hasardeuse), ADN a ce pouvoir de renvoyer ses petits défauts dans les cordes tant il est brillant, tant il brille, tant il bouleverse. Le mot est lâché, bouleversant. Comme avec Polisse, comme avec Mon Roi, Maïwenn a ce talent sans limite pour toujours trouver le chemin des tripes, les siennes qu’elle met ici sur la table et celles du spectateur qu’elle arrache systématiquement à la force de ses récits dans lesquels une connexion directe opère entre l’artiste et son public.

Car s’il aurait pu ressembler à une œuvre faisant dans l’entre-soi parce qu’en partie autobiographique, ADN est tout le contraire, parce que Maïwenn va sans cesse chercher l’universalité dans son sujet. Une famille face au deuil du pilier qui l’unit, comment chacun surmonte le chagrin à sa manière, les incompréhensions, la désunion, les rancœurs et les non-dits qui remontent dans l’épreuve. Comment affronter cet effondrement d’un équilibre fragile, comment il nous renvoie à notre histoire, à nos origines auxquelles on voudrait soudainement s’agripper fortement car un bout d’elles vient de s’en aller. Et ADN de parler non seulement du deuil et des racines mais aussi du multiculturalisme, de la tolérance, de l’humanité.

Des moments de grâce, des larmes, des rires (le personnage quasi-burlesque incarné par Louis Garrel apporte un petit vent de légèreté bienvenue à ce qui du coup ne se résume jamais à un drame hyper-pathoscisé), ADN est comme la vie, un film de montagnes russes, une chronique de sentiments, de ressentis, en prise directe avec l’existence. Chéreau, Pialat voire Sautet se mélangent dans un film abouti, honnête, personnel et universel à la fois. De cette quête identitaire, subsistent plus que des images.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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