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UNE VIE CACHÉE de Terrence Malick : la critique du film

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Nom : An Hidden Life
Père : Terrence Malick
Date de naissance : 2019
Majorité : 11 décembre 2019
Type : sortie en salles
Nationalité : France, Belgique
Taille : 2h54 / Poids : NC
Genre : Drame, Biopic

Livret de famille : August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simona…

Signes particuliers : Fabuleux ou agaçant, même quand il assouplit son style, Terrence Malick divise. 

 

LA SYNTHÈSE DE TERRENCE MALICK

NOTRE AVIS SUR UNE VIE CACHÉE

Synopsis : Inspiré de faits réels. Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

Ces dernières années, l’immense Terrence Malick était devenu davantage un expérimentaliste qu’un pur conteur. Avec sa trilogie Knight of Cups / Voyage of Time / Song to Song, le cinéaste américain s’était attelé à travailler le langage cinématographique autrement. Une mutation qu’il avait commencé à esquisser sur The Tree of Life et qu’il a ensuite cherché à pousser à son paroxysme, en fascinant certains autant qu’il en perdu (beaucoup) d’autres en chemin avec son néo-style fait de narrations décentrées, de romantisme mystique, de poésie naturaliste et d’hypnotisme métaphysique. Avec Une Vie Cachée, Terrence Malick marque un nouveau tournant dans sa carrière, il « sort » de cette phase expérimentale, récupère l’héritage de ses deux grandes époques et les fusionne pour un film-somme qui va allier le Terrence Malick de la période La Balade Sauvage ou Les Moissons du Ciel et celui des années 2010. Ou autrement dit, un film qui va marier le Terrence Malick d’avant et d’après The Tree of Life, comme le fruit d’un geste synthétiste ouvrant ou fermant (l’avenir nous le dira) un chapitre de sa carrière artistique.

Présenté en compétition officielle à Cannes où il concourrait pour éventuellement rapporter une seconde Palme d’Or à son auteur après celle glanée par Tree of Life en 2011, Une Vie Cachée relate l’histoire vraie de Franz Jägerstätter, un fermier autrichien dont le noble idéalisme humaniste, l’a poussé à devenir objecteur de conscience et à refuser de prêter allégeance à Hitler quand l’Autriche a été soumise par le régime nazi. Le film de Terrence Malick s’appuie sur sa correspondance avec sa femme Franziska pour narrer le combat intime et frondeur de cet homme pieu, reconnu martyr par l’Église et béatifié par Benoit XVI en 2007.

L’heure est donc à la synthèse des courants malickien. Pour quel résultat ? Assurément, un qui se heurtera à la défiance de tous ceux qui ont peiné à suivre le cinéaste sur ses voies les plus expérimentales de ces dernières années. Car avec Une Vie Cachée, Terrence Malick revient certes à un cinéma narrativement plus « appréhendable », mais le film n’en demeure pas moins l’héritage des années plus radicales. Comme si le cinéaste, après avoir cherché, essayé, tâtonné, avait enfin trouvé la bonne expression de son travail. Et cette expression reste anticonformiste. On retrouve un peu de l’élégiaque qui a fait sa notoriété mais aussi un langage différent, loin de tout classicisme engoncé. De ses débuts, Une Vie Cachée voit renaître la puissance lyrique et évocatrice du cinéma malickien, cette large amplitude de la mise en scène, ce mélange de sublime terrassant, de naturalisme et de profondeur introspective. De ses recherches formalistes récentes, il y a tout le reste, un ton très existentialiste, une réalisation pénétrante, une voix off omniprésente (cette fois au service de l’histoire puisqu’il s’agit de la correspondance habitée entre Franz Jägerstätter et son épouse). Et le mariage des deux donne lieu à une œuvre extrêmement dense qui transperce la surface et sa carapace taillée dans le superficiel, pour aller s’aventurer au plus profond de son sujet afin de remonter au premier plan, l’essentiel, l’essence généralement laissée en « toile de fond ».

Cet essentiel qui se contemple autant qu’il se médite, c’est la volonté d’aller au-delà du portrait d’un « simple martyr » pour toucher le cœur et l’absolu d’un véritable acte de foi, où un homme a résisté contre le renoncement de ses convictions les plus profondes et les plus profondément humaines. Malick essaie de ne pas verser dans la lourdeur du propos ultra-chrétien, il essaie de dépasser cela pour sublimer un idéalisme aussi désespérément inconscient que fascinant d’admiration. « Je ne peux pas faire ce que je pense être mal » clame Franz. Tout est là. Le moindre compromis serait sa mort (morale), la résistance suicidaire est sa liberté (de conscience). Une Vie Cachée est une intense parabole sur le sacrifice de soi contre les ténèbres de l’inhumanité. A travers cet épisode d’hier, on peut même imaginer que Malick esquisse un propos plus actuel en parallèle, appelant à nouveau à résister contre le nationalisme émergent (de plus en plus en vogue aujourd’hui). Espérons disons, car cela permettrait au film de ne pas se résumer à ce qu’il pourrait sembler être auquel cas.

Porté par un comédien phénoménal (August Diehl aurait bien mérité le prix d’interprétation cannois), Une Vie Cachée est proche de ce que Terrence Malick a pu signer de meilleur depuis longtemps. Un retour au chef-d’œuvre ? Non. Dommage que la puissance de sa fresque intimiste s’effrite sous le poids d’une certaine lourdeur. Lourdeur dans le rythme (interminable et répétitif), lourdeur dans les grigris d’une mise en scène chargée en afféteries ou, parfois, lourdeur dans un symbolisme à la finesse « pompiériste ». On est tour à tour subjugué par la beauté virtuose de la chose ou aplati par son côté indigeste. Un tiraillement que l’on retrouve même dans la réflexion sur la foi justement, réflexion s’éparpillant entre la pureté et l’épuisante ferveur spirituelle, mettant le film en danger d’excès de bondieuserie obsessionnelle. Car sous ses airs de fresque épurée à tous les niveaux, Terrence Malick charge quand même pas mal la mule question motifs religieux, poussant le côté martyr de son personnage jusqu’à en faire un exemple d’exception (alors qu’ils ont été des milliers à faire comme lui – à commencer par les Témoins de Jéhovah qui eux, n’ont pas été emprisonnés avec des possibilités d’échappatoires mais purement et simplement envoyés dans les camps).

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Par Nicolas Rieux

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