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LA CAGE DORÉE (critique – comédie)

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note 7
Carte d’identité :
Nom : La Cage Dorée
Père : Ruben Alves
Livret de famille : Rita Blanco (Maria), Joaquim de Almeida (José), Roland Giraud (Francis Caillaud), Chantal Lauby (Solange Caillaud), Barbara Cabrita (Paula), Lannick Gautry (Charles), Jean-Pierre Martin (Carlos), Maria Vieira (Rosa), Jacqueline Corado (Lourdes), Nicole Croisille (Mme Reichert), Alex Alves Pereira (Pedro)…
Date de naissance : 2013
Nationalité : France, Portugal
Taille/Poids : 1h30 – 7 millions €

Signes particuliers (+) : Un pur feel good movie franco-portugais enchanteur, drôle, léger, grave, sérieux, nous emportant dans un maelström de tendresse et de sincérité où l’émotion cohabite avec le rire sans prétention ni stupidité crasse.

Signes particuliers (-) : Parfois un peu téléfilmé.

 

LE PORTUGAIS EN CLICHÉS

Résumé : Maria et José Ribeiro triment depuis 30 ans en France avec le doux rêve du pays lointain. Quand un héritage leur offre la possibilité de rentrer au Portugal, la concierge et le maçon songent à leur vie ici et à leur image…

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C’est à partir des plus forts clichés fortement ancrés que les meilleures comédies se construisent, le respect du sujet restant la seule condition sine qua non pour éviter le dérapage. La Cage Dorée en est un énième exemple. L’acteur désormais réalisateur franco-portugais Ruben Alves investit sa culture d’origine et ses racines pour parler de ces immigrés portugais français ayant fuient la dictature du Général Salazar, pour se réfugier en France, y occupant des postes dans la société qui étaient devenus comme leur marque de fabrique. Les mères étaient concierges, les pères étaient maçons. Raciste ? Non. Non car le cinéaste ne part pas d’un cliché abject mais d’un réel constat. Alors certes, il généralise et force un peu le trait mais c’est ainsi que fonctionne l’humour depuis la nuit des temps, par la caricature.

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Pour son premier film après un essai de court-métrage en 2002, Ruben Alves met les pieds dans les chantiers peuplés d’ouvriers portugais, dans les immeubles aux loges de concierge occupées par des familles portugaises, dans les étages nettoyés par des femmes portugaises gérant avec traditionalisme et leur famille et le microcosme dont elle avait la charge. La Cage Dorée est l’histoire d’une famille tiraillée entre retour au pays natal et rester dans celui qui est devenu le leur par adoption. Un plot dramatique mais qui va donner lieu à une comédie empreint de sérieux et de légèreté, tour à tour grave et débridée. Ruben Alves confesse ne pas avoir fait un film autobiographique. Il n’empêche qu’il a puisé dans sa vie, son passé, sa culture et ses racines pour bâtir l’histoire de La Cage Dorée, touchante histoire pleine de sincérité, regardant des personnages hautement attachants avec beaucoup d’amour et de tendresse. Le cinéaste à cheval entre deux cultures, a tenu à faire appel à des purs portugais pour interpréter les rôles (dont Joaquim de Almeida que l’on avait plus l’habitude de voir dans les productions américaines comme Le Masque de Zorro, Fast and Furious 5 ou Che (alors que les amateurs de série quant à eux se souviendront peut-être de lui dans la série 24 Heures Chrono).

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Il y a donc José Ribeiro, le père, maçon de métier passionné par son travail, respecté par son patron et presque « artiste » dans sa profession par son exigence et sa minutie. La mère, Maria Ribeiro, est bien entendu concierge. Appréciée des résidents de l’immeuble qu’elle entretient pour les mêmes raisons, elle se partage entre son travail, sa cuisine, sa famille pour qui elle donnerait tout, sa sœur et ses amies. Tout deux sont généreux, un peu « trop bons trop cons » mais aimant et aimés. Puis il y a leur petite famille. Le fils, Pedro, un jeune ado amoureux d’une copine de classe et un peu honteux de ses parents par moments et la fille, la belle Paula, travaillant dans un cabinet d’avocats, secrètement en couple avec le fils du patron de son père. Une question d’héritage soumis à condition va bouleverser un équilibre décennal et plonger cette famille modeste mais heureuse dans la tourmente d’une décision compliquée à prendre.

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Le Festival du film de l’Alpe d’Huez, spécialisé dans la comédie, ne s’y est pas trompé en décernant à La Cage Dorée, son Grand Prix. Cette plongée dans la culture portugaise d’une époque encore traditionnelle est un enchantement, un authentique feel good movie made in France et Portugal qui réchauffe le cœur autant qu’il galvanise et réjouit. En compagnie de ces personnages hauts en couleur et des valeurs peut-être naïves mais si douces qu’il déploie, ce sont un peu plus d’une heure trente de bonheur que l’on passe avec les Ribeiro et leur entourage truffé de seconds rôles magnifiquement composés par Ruben Alves, entre Francis Caillaud, le patron roublard mais attachant de José (superbe Roland Giraud), Solange, la mère Caillaud un peu dans son monde et décalée (géniale Chantal Lauby), Rosa, la bonne qui fait peur à ses propres employeurs, Lourde, la sœur gouailleuse de Maria, son mari stéréotypé (un excellent Jean-Pierre Martin) ou encore Madame Reichert, l’occupante âgée à la fois gentille mais chiante de l’immeuble (géniale aussi Nicole Croisille)…

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Tout ce beau va s’agiter sur la base d’une nouvelle répandue à la vitesse de la lumière par la rumeur qui court si vite et entre stratagèmes malins ou loufoques, secrets et quiproquos, caricature douce et clichés malicieusement utilisés, La Cage Dorée va nous faire rire aux éclats tout en réussissant par petites touches à nous émouvoir de grâce (la scène de fado est d’une telle beauté que sa chanson mélancolique ne peut que tirer des larmes nés de sa splendeur).

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La Cage Dorée est exactement ce que n’était pas Les Femmes du 6ème Etage juste avant lui, un petit conte amusant et poétique plein de respect et d’espièglerie, modeste et sans prétention aucune, cherchant seulement à faire passer en bon moment à mi-chemin entre le Portugal et la France, à mi-chemin entre deux cultures qui façonnent des personnages remarquablement imaginés et écrits. Ruben Alves ne signe pas un grand film de cinéma mais avec son authenticité et sa sincérité, peut-être l’un des plus doux moments amusés de l’année. Un petit film au destin grand, charmant, harmonieux et sans complexe dans sa façon de confronter la petite bourgeoisie et une France d’en-bas sans médiocrité de ton. Sans manichéisme et sans méchanceté (sa force motrice), La Cage Dorée range au placard les comédies bobos et les inepties franchouillardes idiotes en parlant d’exil, de déracinement et d’intégration avec une justesse de ton qui force le respect par sa légèreté comme une plume ballotée au vent sans pour autant esquiver quelques passages graves mais abordés avec douceur. C’est chaleureux, exaltant, fin, et ça se mange sans faim.

Bande-annonce :

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